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Ouargla invente ses lieux de parole et de partage

12 avril 2019 à 9 h 30 min

La ferveur insufflée par la mobilisation citoyenne a mis en branle de belles initiatives de réappropriation de l’espace public à Ouargla, où des groupes de réflexion et de débat s’installent dans la rue, sous les arbres et les palmiers, au gré d’une idée, d’un appel sur les réseaux sociaux ou du hasard d’une rencontre. Le vendredi après la manifestation hebdomadaire, le verbe «vendredire» est conjugué collectivement par des millions d’Algériens.

 

Outre la vaste campagne de nettoyage et d’embellissement baptisée Trash_Ouargla – notamment menée par Fatma Bendaoud et ses amis qui sillonnent les arrêts de bus de la ville et les points névralgiques pour nettoyer les murs et les trottoirs avant le passage des artistes du collectif Al Massa –, un cercle de débat citoyen intitulé à bon escient «Jalsat Ouargla» se tient le vendredi depuis deux semaines en plein air, sur la place du 27 Février 1962.

Les idées avancées par une trentaine de citoyens de tous bords mettent le focus sur l’évaluation, les perspectives et le rôle des intellectuels dans l’accompagnement de la mobilisation. Afin d’éclairer le maximum de personnes, le débat et ses résultats sont synthétisés sur les réseaux sociaux et connaissent un bel engouement dans une interactivité remarquable, qui maintient le côté proactif de la lutte citoyenne à Ouargla. Parmi les idées culminantes de ce débat, le renforcement de la mobilisation.

Pour ce faire, Mohamed Negadi, un des animateurs du mouvement, souligne que «la mobilisation doit rester forte et unifiée sans leader unique et doit maintenir au maximum son atout principal, à savoir les revendications nationales».

Constituée de personnes ne se connaissant pas forcément avant, «Jalsat Ouargla se veut un espace de sensibilisation et d’entretien du regain d’intérêt pour la chose politique et le débat public», affirme Djamel Benmenine, autre animateur du mouvement, qui affirme vouloir «accompagner ses concitoyens à réfléchir et discuter de l’avenir de l’Algérie à long terme et profiter au maximum de la détermination des Algériens qui veulent en découdre avec le régime en place pour marquer une rupture avec le passé, permettre une refonte de la société algérienne et la naissance d’un projet de société où chacun se reconnaîtra».

Mohamed Negadi parle d’une évolution positive du débat, sans contrainte et dans le respect des constantes nationales qui unissent les Algériens, auquel chaque partie devrait apporter sa touche et ses propositions. «Ouargla fera ses propositions dans ce sens et respectera celles des autres pour arriver à un consensus.»

Un autre animateur de Jalsat, Mechri Habib, estime que «le mouvement citoyen réussira s’il reste ouvert et sans couleur politique, s’il maintient son unité et limite les infiltrations», tout en ne faisant «pas de concession sur ses revendications, dans la transparence et le rappel constant des motifs de cette révolte et ses idées, tout en structurant localement cette mobilisation».

Il faut «discuter des alternatives et intéresser les médias à ces débats citoyens». L’idée des ateliers politiques ayant été largement acceptée, le groupe s’attellera ce vendredi à proposer des mécanismes efficaces permettant de trouver des espaces de discussion libre et ouverte au grand public.

Un parti politique en gestation

«Takatol Tayar Watani», le Rassemblement du courant nationaliste, est l’autre projet politique lancé à Ouargla.Une vingtaine de personnes, ralliées par des citoyens de plusieurs wilayas, proposent au débat la création d’un parti politique national se réclamant de Abdelhamid Ben Badis et ayant pour charte morale la Déclaration du 1er Novembre.

Ce parti escompte «défendre le droit à la parole et l’engagement politique des jeunes Algériens, rebutés par la participation à la vie politique», explique Salim Abadou, un des initiateurs du projet, qui pense que le pays traverse un moment historique très opportun pour mettre à contribution des gens ne s’étant pas mouillés dans le jeu politique d’antan, afin d’apporter leur contribution aux orientations futures du pays.

Ce parti en devenir appelle à construire «la République de Novembre, plateforme pédagogique, basée sur la science, la justice, l’efficacité et la loyauté envers la patrie».

Symbiose université-peuple

Ces trois espaces ont en commun la présence d’étudiants et d’enseignants universitaires qui, aussitôt la rentrée faite, ont permis de reprendre le cours de la mobilisation entamée avant les vacances imposées par Hadjar. Pour réagir à l’intronisation de Bensalah comme chef d’Etat par intérim mardi dernier, une marche a regroupé des centaines d’étudiants des trois pôles universitaires et leurs enseignants, mercredi 10 avril.

Rochdi Brahim, à l’avant-garde des étudiants, porte l’enthousiasme d’une jeunesse qui veut imposer les revendications de la rue : «Je m’adresse d’abord à l’armée, qui doit accompagner le peuple et non pas le guider.

Quant à la justice, il est grand temps que les magistrats cessent de manifester et rentrent dans leurs bureaux pour ficeler des dossiers d’accusation.» Nabiha parle de «solutions provisoires contestées» par le peuple : «Nous sommes résolument contre Abdelkader Bensalah et pour le départ de tout les éléments de l’ancien régime. Nous voulons de nouveaux visages, des jeunes.»

La cohorte d’étudiantes est sertie en corolle par les enseignants et enseignantes pour une marche de plusieurs kilomètres jusqu’à la place de la Rose des sables. «Bensalah dégage», « Gaïd Salah nous attendons la mise ne œuvre des arrestation du gang», «La justice doit s’impliquer tout de suite»… les slogans étaient clairs et concis et ne souffraient d’aucune équivoque.

A la tête du peloton, Djamel Benmenine n’en démord pas : «Nous sommes là pour soutenir et porter les revendications du 7e vendredi de mobilisation et pour dire que nous ne céderons pas.»

De loin, la voix de Belkhir Bekkari s’élève pour crier : «Soyez clairs dans vos revendications mes amis, nous sommes censés éclairer l’opinion publique sur les revendications de cette phase cruciale.»

Aux abords du palais de justice, le cortège s’est longuement arrêté sous les fenêtres des magistrats, les appelant à se positionner une nouvelle fois et ouvrir des instructions judiciaires contre toute personne impliquée dans les affaires louches, la dilapidation des deniers publics et la corruption.

Fatima Meddi, professeur à l’université Kasdi Merbah, estime que «la mobilisation ne doit pas fléchir en ce moment précis et la rue doit à tout prix s’organiser pour une longue lutte sans répit et nourrir son souffle par des échanges constructifs et des propositions de solutions concrètes».

Trente ans après sa création, l’université de Ouargla a sorti cette semaine la crème de ses enseignants et étudiants, du moins les plus engagés en matière d’intérêt public et ceux n’ayant pas peur de se montrer publiquement. L’acceptation du poste de ministre de la Formation professionnelle par un ancien des leurs, Dada Moussa Belkheir, n’est toujours pas passée, une «honte» pour certains universitaires.

Abdelhak Idder, un autre enseignant, parle d’accompagner une jeunesse qui a prouvé le bienfondé de sa mobilisation et a été à la hauteur de sa réputation : «Ces jeunes courent vite, mais nous les vieux, nous connaissons le chemin…»

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