7e sit-in de solidarité avec Khaled Drareni : «Nous sommes revenus aux années les plus sombres de la pensée unique» | El Watan
toggle menu
vendredi, 07 octobre, 2022
  • thumbnail of elwatan10072021

7e sit-in de solidarité avec Khaled Drareni : «Nous sommes revenus aux années les plus sombres de la pensée unique»

06 octobre 2020 à 10 h 50 min

Le 7e rassemblement de solidarité avec notre confrère Khaled Drareni et avec l’ensemble des détenus d’opinion, à la maison de la presse Tahar Djaout, a coïncidé ce lundi avec le 32e anniversaire des émeutes d’Octobre 1988.

Aussi, il y avait un peu plus de ferveur au rassemblement d’hier.

Les manifestants arboraient pour nombre d’entre eux un t-shirt à l’effigie de Khaled Drareni.

Il y en avait aussi qui s’affichaient avec un maillot floqué du visage de Mohamed Tadjadit. Nawel, une hirakiste chevronnée, revêtait pour sa part un t-shirt rouge barré du slogan : «Yetnahaw ga3 !» (qu’ils dégagent tous).

Une étudiante brandit une pancarte assortie de ce message : «Les journalistes sont notre voix. Justice pour Khaled Drareni». Un jeune soulève de son côté une affiche sur laquelle on peut lire : «5 Octobre 2020. 61 détenus d’opinion en Algérie».

Pendant près d’une heure, les manifestants ont scandé : «Sahafa horra, adala moustakilla !» (Presse libre, justice indépendante) ; «Harrirou el mouataqaline !» (Libérez les détenus), «Libérez l’Algérie», «Djazair horra dimocratia», (Algérie libre et démocratique), «Khaled Sahafi machi khabardji» (Khaled est un journaliste, pas un informateur) ; «Khaled Drareni sahafi horr !» (Khaled Drareni est un journaliste libre)…

A un moment, les protestataires martelaient : «5 Octobre echouhada» (5 octobre les martyrs).

Ils ont répété également des slogans «typiques» du hirak : «Dawla madania, machi askaria !» (Pour un Etat civil, pas militaire) «Klitou lebled, ya esseraquine» (Vous avez pillé le pays, bande de voleurs), «Ya ehna ya entouma, ma ranache habssine !» (C’est nous ou bien vous, on ne s’arrêtera pas).

En écho à la campagne référendaire qui va débuter dans quelques jours, on pouvait entendre aussi : «Makache intikhabate maâ el issabate» (Pas d’élections avec les bandes) ; «Makache intikhabate bla houriyate !» (Pas d’élections sans liberté)…

Présent à cette manifestation comme tous les lundis, Sid Ahmed Semiane alias SAS, l’auteur d’«Octobre, ils parlent», estime que la séquence autoritaire que nous sommes en train de vivre est pire qu’une «régression» en pensant aux «acquis» d’Octobre 1988.

«Quand tu dis ‘‘régression’’, ça veut dire que nous serions face à un processus régressif. Et dans tout processus régressif, il y a cette possibilité de rebondir immédiatement pour limiter la régression justement. Mais nous n’en sommes pas là.

J’ai l’impression qu’aujourd’hui, en cette journée du 5 octobre, on ne peut même pas présenter les choses en termes de régression», analyse Sid Ahmed Semiane, avant d’ajouter : «On a toujours pensé qu’Octobre a été une digue ; qu’on pouvait reculer, reculer, mais cette digue, à chaque fois, elle nous protégeait.

Les 20 ans de Bouteflika ont fissuré cette digue. Boutef ne l’a pas cassée mais il l’a fissurée. Le passage Gaïd Salah lui a fait un trou.

Et Tebboune a rompu la digue. Nous sommes aujourd’hui à un moment très complexe avec tous ces emprisonnements, l’incarcération de Khaled Drareni, les détenus politiques…

Nous sommes revenus aux années les plus sombres de la pensée unique, du parti unique, et de cette redoutable machine qui était celle de la sécurité militaire, et qui, aujourd’hui, prend bien sûr d’autres formes, d’autres avatars.

C’est terrifiant ce qui nous arrive. La digue a été rompue. Nous sommes revenus très loin en arrière».

En 2018, pour le 30e anniversaire du soulèvement d’Octobre 1988, Sid Ahmed Semiane nous avait accordé une interview parue sous ce titre aux accents prémonitoires : «Il faut se méfier des sociétés fatiguées».

Deux ans plus tard, SAS maintient ses mises en garde : «Je maintiens et je répète qu’il faut toujours se méfier des sociétés et ne pas tirer de conclusions hâtives» insiste-t-il.

«Il y a eu un mouvement extraordinaire qui est celui du hirak. Je pense que c’est la plus belle chose qui nous soit arrivée depuis très, très, longtemps. Des raisons objectives et subjectives ont fait que ce hirak a été mis sous cloche.

Mais comme je l’ai dit il y a deux ans dans cette interview, il faut se méfier des sociétés qui dorment, des sociétés fatiguées… Nous sommes exactement dans ce même process.»

L’ancien chroniqueur prévient : «Il peut y avoir un autre moment populaire, un autre mouvement populaire, et j’ai peur que cette fois-ci, ça soit moins ‘khawa-khawa’. J’ai peur que ça aille vers des formes de violence.

Je ne justifie pas et je ne justifierai jamais la violence. Seulement, il y a des moments où la violence peut être légitime parce qu’ils sont en train de la provoquer, cette violence.

Il y a une surdité absolue de la part du régime. Si tu n’arrives pas à écouter les gens qui te parlent, quand ils passeront à une autre forme d’expression, tu ne dois t’en prendre qu’à toi-même.»


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!