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Ahmed Fettoum. Coordinateur du Conseil national autonome des directeurs des lycées : «Nous exigeons plus de moyens pour appliquer le protocole sanitaire»

22 novembre 2020 à 10 h 48 min

Dans cet entretien accordé à El Watan, le coordinateur du Conseil national autonome des directeurs des lycées appelle le ministère de l’Education nationale et le gouvernement à mieux doter les écoles de moyens pour une application rigoureuse du protocole sanitaire. A ce jour, 14 proviseurs sont décédés suite à leur contamination à la Covid-19, et 371 de leurs collègues sont aussi atteints.

– Plusieurs voix s’élèvent aujourd’hui pour réclamer la fermeture des écoles au vu de la situation pandémique. A l’intérieur des établissements, le respect du protocole sanitaire ne fait pas l’unanimité. Quel état des lieux en faites-vous aujourd’hui ?

Le protocole sanitaire pour lutter contre la propagation de la Covid-19 est appliqué mais pas rigoureusement, tel qu’édicté par la commission nationale de suivi de l’évolution de la pandémie. A l’intérieur des établissements, difficile, en effet, de le faire respecter par les lycéens. Encore pire à l’extérieur.

Dans le transport scolaire, par exemple, aucune mesure barrière n’est malheureuse-ment respectée. Et cette situation est valable pour les deux autres paliers.

J’estime qu’il existe un manque flagrant de sensibilisation et de prise de conscience, particulièrement chez les élèves, d’où ma réunion élargie, tenue récemment avec les président des APC, les chefs de daïra, les chefs des établissements, les associations de parents d’élèves et les responsables des Unités de dépistage scolaire (UDS).

L’objectif étant de trouver un moyen pour mieux responsabiliser les élèves, qui s’appliquent peu dans le respect du protocole sanitaire. Mais aussi les sensibiliser à cet enseignement exceptionnel. Malheureusement, aucune démarche n’a eu d’impact positif sur leur comportement, peu responsable. C’est là aussi où les parents doivent intervenir pour nous aider.

– A ce jour, le ministère de l’Education ne communique pas le nombre de contaminations dans le secteur, ce qui a laissé libre cours à plusieurs rumeurs. Avez-vous réellement des difficultés à recenser les cas et mieux cerner la situation ?

Il existe à ce jour 371 directeurs contaminés à la Covid et nous avons malheureusement perdu 14 de nos collègues. Pour le reste du personnel ou les élèves, nous n’avons pas les moyens pour recenser ou vérifier. Par exemple, à l’entrée du portail, si on constate une température élevée, l’élève est immédiatement renvoyé chez lui avec la recommandation de se faire tester.

Mais au bout de quelques jours, il revient sans analyse. Nous le savons tous, il existe, malheureusement, une certaine honte de dévoiler sa contamination. C’est pour cette raison que j’insiste aujourd’hui pour réclamer une prime Covid pour le personnel.

Le staff administratif fait face à une véritable crise, d’où aussi mon appel au ministre de l’Education et au gouvernement d’appliquer immédiatement le décret présidentiel 14-266 de 2014 portant révision du statut du personnel, notamment le staff administratif.

Car à ce jour, le texte est applicable partout, sauf au secteur de l’éducation, d’où le manque d’intérêt pour les postes de surveillant général ou censeur, très utiles, particulièrement dans cette situation.

Ce décret permettra aux personnels d’être plus stables. Il faut savoir que pendant les examens nationaux, le protocole avait été mis en place et avait été désigné un agent-adjoint chargé de suivre et de contrôler l’application sur le terrain des mesures barrières.

Mais, à la scolarité, seuls les proviseurs en sont responsables. Il est également nécessaire, à mon sens, de mettre en place une cellule, au moins dans chaque daïra, en collaboration avec les équipes médicales, pour convaincre les lycéens, mais aussi les collégiens de dévoiler leur contamination pour limiter la propagation du virus.

– Est-ce que le personnel encadrant a les moyens de faire appliquer ce protocole par la «force» ?

A l’intérieur des établissements, les adjoints de l’éducation et le personnel encadrant tentent tant bien que mal de faire respecter les mesures barrières, comme d’exiger le port de la bavette.

Mais, nous avons affaire à de jeunes adolescents et la tâche se complique de plus en plus, d’où mon message aujourd’hui aux parents de sensibiliser leurs enfants davantage pour une meilleure prise de conscience.

Je dois également dire que l’établissement supporte aussi les frais d’achat des masques pour les offrir à certains élèves qui n’en disposent pas.

– Un fonds exceptionnel a été créé justement pour aider les établissements à mieux respecter le protocole…

C’est notre dernier espoir, surtout que le budget, pas consommé au troisième trimestre, expirera bientôt. Tout a été dépensé pour ce que nous appelons opération Covid. L’acquisition des gels, des produits d’entretien et les opérations de désinfection nécessitent en effet beaucoup de moyens.

Nous en exigeons plus. Cette enveloppe, qui nous sera octroyée, devrait en principe régler plusieurs défaillances. Mais cela ne résoudra pas tout. Nous réclamons la valorisation conséquente des budgets qui portent aussi sur les moyens pédagogiques, tables, chaises, tableaux ou matériel de labo…

Il existe encore des lycées qui ne se sont toujours pas dotés de tableaux blancs avec marqueur. Cette doléance a été soulevée à maintes reprises au ministère de l’Education, dont la dernière séance de travail a eu lieu le 27 septembre passé. Mais nous n’avons rien vu venir.

– Des disparités régionales dans la distribution du matériel ont été en effet soulevées…Qu’en dites-vous ?

Malheureusement, oui. Des disparités régionales existent, notamment dans la distribution du matériel pédagogique, d’où l’occasion aujourd’hui d’interpeller le ministre de tutelle et les autorités concernées afin d’ouvrir le dossier du Centre d’approvisionnement et de maintenance des équipements et des moyens didactiques (Camemd), qui opère dans une totale opacité.

Nous réclamons à cet effet un droit de regard sur les marchés attribués et aussi la participation de notre coordination aux décisions, au moins en tant qu’observateur.

– Vous recevez aussi des inspections régulièrement, une occasion pour mieux discuter des problèmes sur terrain…

Nous les recevons d’une manière périodique, mais on aurait aimé qu’elles soient là pour écouter nos doléances quant au volume horaire exigé et aux emplois du temps qui n’arrêtent pas de changer.

La dernière circulaire pour fixer le timing des matières est tombée mercredi dernier. Nous devons tout changer pour la quatrième fois consécutive depuis la rentrée scolaire. L’élève et son enseignant ont besoin d’avoir une certaine stabilité. Toute cette démarche administrative, il fallait l’achever avant la rentrée des classes.

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