Noureddine Bouderba. Consultant en questions sociales : «Les droits sociaux sont indivisibles des droits politiques» | El Watan
toggle menu
mardi, 20 octobre, 2020
  • thumbnail of elw_30092020






Noureddine Bouderba. Consultant en questions sociales : «Les droits sociaux sont indivisibles des droits politiques»

05 novembre 2019 à 10 h 28 min

De nombreux mouvements sociaux secouent plusieurs secteurs depuis quelques semaines sur fond d’une crise politique. Pourquoi, selon vous, cette résurgence des mouvements sociaux en plein hirak ?

Je pense que c’est une évolution tout à fait normale. Si aujourd’hui le volet social commence à reprendre un peu du poil de la bête, il me semble que les acteurs sociaux, politiques et syndicaux avaient négligé la question sociale à côté de la question politique.

Après neuf mois du hirak, tout le monde ne parle que de la question politique, ce qui est fondamental, mais la question sociale est aussi importante. Il me paraît que les acteurs politiques et sociaux, y compris les syndicats, ont fait une erreur monumentale en laissant de côté l’aspect social au profit de la question politique. Or, les droits sociaux fondamentaux ont la même importance que les droits politiques publics. La Déclaration universelle des droits l’homme stipule que les droits sociaux fondamentaux sont indivisibles des droits politiques. Moi, je n’arrive pas à comprendre certains politiques qui veulent les séparer, en répétant de ne pas poser la question sociale et économique et attendre la résolution du problème politique. Ce n’est pas vrai ! La question politique ne peut pas être résolue si on ne résout pas en même temps, avec elle, son contenu social et économique.

S’il y a un problème de mouvements sociaux, c’est qu’il y a une accumulation depuis plusieurs décennies de frustrations et d’inégalités, ce qui explique aussi le hirak. Ce denier n’est pas seulement une question électorale. Je vous rappelle le mouvement des médecins résidents qui a duré près de six mois avant être réprimé, les milliers d’associations qui ont disparu avec la loi 12-06, les différentes grèves des enseignants, celles syndicales concernant les retraites, aussi réprimées alors que le pouvoir d’achat n’a pas bougé depuis 2012.

Pour moi, c’est le signe d’une bonne santé de la société que les questions sociales reviennent au-devant de la scène, sans pour autant négliger les questions politiques. C’est aussi une leçon pour les syndicats : la nouvelle Algérie dont rêvent les Algériens ne se limite pas seulement à un processus électoral, mais elle est aussi importante pour les droits fondamentaux, la répartition équitable des richesses nationales et la dignité des travailleurs. Je pense que cela ira crescendo, même après l’élection présidentielle et le processus transitoire. Tout le monde pensait que la transition est une affaire électorale. Or, elle peut prendre beaucoup de temps, et la question sociale ne peut pas attendre. Aujourd’hui, les politiques, les syndicats et les acteurs sociaux sont interpellés pour intégrer la question sociale dans la problématique politique qui se pose dans le pays.

Pensez-vous que la gestion répressive des mouvements sociaux par les autorités est de nature à exacerber les tensions sur le front social ?

Depuis l’avènement de la loi 12-06, qui réglemente les droits associatifs, on estime à 50 000 le nombre des associations qui ont disparu, c’est-à-dire que le dialogue social, la négociation, le droit d’expression, d’organisation des masses ont été complètement laminés par le pouvoir dictatorial de Bouteflika. Même si le droit de grève était garanti sur le papier, il est de facto interdit sur le terrain. La répression des grèves des travailleurs et des mouvements sociaux explique aussi le déclenchement du hirak, qui est venu en réponse à un besoin de s’organiser, de s’exprimer et de poser les problèmes politiques et sociaux.

Les frustrations exprimées par les mouvements sociaux renforceront-elles le hirak ?

C’est son essence même ! La question démocratique consacre la liberté de s’organiser, le droit de constituer librement un syndicat pour pouvoir faire grève et défendre des droits. A côté de cela, pour avoir une vie meilleure, la question sociale joue un rôle fondamental. Aujourd’hui, les politiques, les organisations sociales et les syndicats sont interpellés par cette question sociale. A titre d’exemple, les syndicats autonomes, qui nous ont habitués à poser le problème des travailleurs juste avant le hirak, ont mis entre parenthèses la question sociale. Actuellement, ils sont dépassés par leurs bases qui réclament que la question sociale soit remise sur le devant de la scène.

Le hirak a posé avec force la question économique et sociale à travers le rejet du projet de loi sur les hydrocarbures et celui sur la retraite. Ceci n’est pas l’œuvre des politiques ni des syndicats, mais des masses populaires. Le hirak lui-même se nourrit de cela ! Pour la première fois, depuis trois semaines, le hirak a donné une leçon aux politiques et aux associations sociales en mettant en avant un contenu économique et social concret au mouvement populaire.

 

 

Propos recueillis par Hocine Lamriben

Advertisements


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!