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Mohamed Baghdad. Auteur et journaliste

«Notre élite religieuse est défaillante»

10 août 2018 à 23 h 51 min

Auteur prolifique, Mohamed Baghdad, directeur de l’information au Haut conseil islamique (HCI), signale dans l’entretien qu’il nous a accordé la défaillance des élites religieuses. Mettant en avant la difficulté de comprendre certains comportements sociaux visibles sur les réseaux sociaux, le chercheur regrette que la société algérienne soit privée d’une élite religieuse capable de la «prendre en main» pour lui éviter les dangers qui la guettent.

– Des appels à l’interdiction des galas sont souvent lancés ces jours-ci sur les réseaux sociaux. Des individus recourent à des prières de rue pour protester contre des «manifestations de débauche». Comment expliquez-vous ces comportements ?

Il n’y a pas de discours culturel ou religieux capable de répondre aux nouvelles données produites par les grandes transformations que connaît notre société. L’institution scientifique s’est malheureusement retirée de l’arène et a laissé l’espace public face à son sort et sous l’influence des nouveaux leaders d’opinion. Il n’y a pas d’étude ou de livre sur les transformations que connaît aujourd’hui notre société.

Tout phénomène social exige beaucoup d’efforts pour le comprendre. Et aujourd’hui, nous constatons une «concurrence» dans la délivrance pour émettre des jugements sur tel ou tel phénomène, sans que cela ne nous permette de saisir le sens des attitudes sociales visibles sur les réseaux sociaux. Produit d’un imaginaire collectif, ces attitudes ne représentent pas, je le pense, un danger. Je persiste à penser que ces comportements nécessitent un débat franc et des études pour en comprendre les ressorts.

– Justement, d’aucuns ont remarqué l’augmentation de manifestations, de signes ou comportements religieux dans l’espace public. Des femmes sont harcelées sur leur manière de s’habiller… Notre société devient-elle plus conservatrice et moins tolérante ?

Disons-le franchement, à la base, la société algérienne est un modèle de tolérance et de coexistence. Elle a fourni de nombreux exemples qui le confirment. Mais l’étape actuelle se caractérise par une faiblesse de l’élite religieuse dont le rôle est de permettre l’émergence des valeurs de coexistence et de paix que notre société a connues par le passé. Un suivi attentif nous permet de faire ce constat : le discours religieux a failli.

Il est incapable de comprendre les transformations actuelles de notre société. Il n’existe pas d’institutions capables de produire des concepts et promouvoir des valeurs humaines solides. Les années de terrorisme ont laissé des séquelles psychologiques et culturelles que l’élite n’a pas détectées afin de prémunir la société contre leurs conséquences.

Par ailleurs, le discours religieux actuel ignore les nouvelles générations, ne respecte pas leur culture, les traite violemment et leur demande l’impossible. Les élites religieuses négligent également l’influence puissante des révolutions induites par les technologies modernes de la communication et des vastes horizons qu’elles ouvrent à de nombreux groupes sociaux.

– Les réactions d’un courant religieux, le salafisme en l’occurrence, se manifestent dans la rue, mais aussi dans certaines mosquées, où des imams sont menacés et parfois agressés. Les salafistes ont-ils pris le pouvoir ?

Il est très important de clarifier le sens des mots qui sont employés d’une manière inappropriée, tels que ceux de «salafia» et de «madkhalia» (adeptes de Rabi’ Al Madkhali, un prédicateur saoudien, ndlr). En fait, il n’y a pas de «salafisme» ni de «madkhalia», mais des lectures et des concepts qui existent dans l’héritage islamique et qui apparaissent dans les comportements individuels et collectifs.

Ces comportements existent depuis des siècles. Il s’agit de s’interroger sur leur persistance. Qui a le courage de répondre à cette question ? Le problème est dans ce grand vide laissé par les élites religieuses qui s’efforcent de promouvoir des mots et des courants afin de couvrir le déficit de la production d’un discours religieux conforme aux spécificités de la société algérienne.

Les médias promeuvent ces comportements et attitudes dans des campagnes soutenues par des élites religieuses défaillantes. En même temps, nous constatons que ces mêmes médias n’ont pas la capacité et le professionnalisme nécessaires pour comprendre les comportements de la société. In fine, il s’agit de la capacité d’exercer une emprise sur l’opinion publique, qui nécessite des élites fortes et une rhétorique efficace.

– Que faut-il faire ?

Notre problème réside dans l’incapacité à comprendre les transformations majeures qui se produisent tant au niveau national qu’international. La société actuelle est privée d’une élite active et d’institutions qui interprètent les transformations et apportent les réponses appropriées aux questions actuelles qui se posent à nous. Il est essentiel d’avoir des élites responsables et réhabiliter les institutions spécialisées, seules capables d’éviter à la société les dangers qui la guettent.

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