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Said Boukhelifa. Opérateur et expert international en tourisme, président du Syndicat national des agences de voyages (SNAV)

«Nos homologues tunisiens pensent à une nouvelle stratégie pour capter davantage d’Algériens»

13 août 2018 à 20 h 59 min

Il y a eu cet été, et même avant, une grosse polémique sur le nombre des vacanciers algériens qui se sont rendus en Tunisie. On a parlé de boycott et de bouder ce pays. Qu’en est-il exactement ?

C’était une tempête dans un verre d’eau, car on a amplifié à tort, sciemment ou inconsciemment, deux incidents importants qui ont vu deux groupes de nationaux, l’un à Sousse, l’autre à Djerba, débarquer sans confirmation dans des hôtels. Cette grave défaillance est du ressort de deux bureaux d’affaires, l’un de l’ouest du pays et l’autre du Centre, qui n’ont pas assumé leur inaptitude à organiser des voyages. Deux vidéos furent publiées sur Youtube et beaucoup d’internautes crièrent précipitamment «haro sur le baudet», incriminant les hôteliers tunisiens, alors que les fautes ont été commises de notre côté. Dans le monde des voyages, les relations entre agences de voyages et les hôteliers reposent sur des contrats clairs et précis. Notamment, ce que j’appelle le RCP : Réservation, Confirmation, Paiement.

Beaucoup d’agences travaillent sans contrat et ignorent le RCP, certaines se sont permis d’envoyer des groupes sans retour de confirmation ou sans paiement anticipé des frais de séjour. Quand les hôteliers ont des chambres disponibles, par solidarité et humanisme, ils acceptent les groupes. Mais quand c’est complet, à l’impossible nul n’est tenu !
Il n’y a aucun boycott, il s’agissait de velléités de circonstances, sans lendemain.

Indéniablement, et les chiffres le prouvent, le flux annuel vers la Tunisie est en progression et cela va durer. Comment l’expliquer ?

Effectivement, les flux touristiques n’avaient de cesse de progresser, nonobstant la polémique sordide, car les juilletistes de retour de Tunisie racontaient, que pour eux, ce furent des vacances agréables sans aucun problème. Les hôtels sont archi-pleins et complets en août par la présence des autochtones, des Algériens, des Russes, et quelques Européens. Les retardataires algériens n’ont pas réservé les chambres auprès des agences de voyages, il n’y avait de disponibilité qu’après l’Aïd et notamment en septembre, lorsque les tarifs de moyenne saison sont à la baisse.

Les flux en masse continueront vers la Tunisie dans le futur, certainement encore dans les dix années à venir, car tant que nos plages seront rebutantes, sales, agressives, et maintenant meurtrières, les nationaux iront se reposer au pays de Carthage, dont le tourisme offre le meilleur rapport qualité-prix du bassin méditerranéen. Par contre, notre pays offre le plus mauvais rapport dans la même région En outre, 50 000 lits balnéaires demeurent largement insuffisants pour juguler et prendre en charge la demande nationale, estimée à 2 millions, et satisfaire ceux qui aspirent à passer convenablement des vacances, en étant hébergés dans de bonnes conditions.

Vous avez récemment rencontré à Tunis vos homologues tunisiens. Comment envisagent-ils l’avenir avec les vacanciers algériens qui atteindraient selon des prévisions 2,2 millions de personnes en 2018 et qui seraient, selon des confrères, victimes de ségrégation ?

Nos homologues tunisiens sont en train de concevoir une nouvelle stratégie pour capter davantage d’Algériens, les séduire en amont et bien les accueillir en aval. Le marché algérien demeure pour eux le premier marché étranger, suivi par celui des Russes et des Européens. Par voie de conséquence, il est inconcevable que certains hôteliers fassent de la ségrégation à l’endroit des nationaux qui, dans leur majorité, se comportent bien et honorent notre pays. Une infime minorité de nos compatriotes, sans savoir-vivre et sans civisme, se comporte mal, comme elle le fait chez nous. Elle essuie des remarques de la part de certains hôteliers, puis, de retour au pays, elle gémit et se plaint de mauvaise foi à leur encontre et s’acharne à ternir un tant soit peu l’image du pays de Hannibal. Je connais et maîtrise cette destination depuis plus de vingt ans et je peux rappeler à certains de nos compatriotes ce dicton chinois : «On ne doit pas montrer les fautes des autres avec un doigt sale.» La Tunisie atteindra, en 2019, trois millions de touristes algériens.

Et dans tout cela, où en est le tourisme chez nous ?

Ce sera dans un épais ouvrage de 600 pages que je viens de terminer. Il est en publication pour sortir au moment du SILA et du Sitev en octobre prochain. Mémoires touristiques algériennes 1962-2018 Souvenirs, témoignages, portraits et statistiques. C’est le premier du genre depuis l’indépendance. Il rassemble six années de recherches et de notes. Il fait appel à la mémoire, avec un recueil de témoignages des pionniers du tourisme en Algérie.


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