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Mise sous mandat de dépôt pour port de l’emblème amazigh : Une dérive gravissime et une démarche démesurée

24 juin 2019 à 10 h 23 min

Des acteurs politiques, personnalités nationales, défenseurs des droits de l’homme, hommes de loi, médecins et enseignants ont tous dénoncé l’arrestation de manifestants pour avoir brandi, ce vendredi, l’étendard amazigh. Ils ont qualifié de «scandaleux», de «dérive gravissime» et de «démarche démesurée», la mise sous mandat de dépôt de ces jeunes manifestants. Les responsables de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) n’ont pas caché leur inquiétude quant à ces arrestations et poursuites qui reflètent, de leur avis, une volonté politique de confrontation.

A l’unisson, des hommes de loi expliquent que sur le plan juridique, il n’y a aucun texte de loi qui criminalise le port d’un autre emblème et encore loin, l’emblème amazigh, qui est reconnu sur le plan constitutionnel comme une composante de l’identité algérienne.  «Le port du symbole de cette identité amazighe a tout le temps existé et accepté par l’ensemble de la population. Poursuivre ces jeunes et de surcroît les accuser de porter atteinte à l’unité de la nation, c’est le comble, puisque que l’on doute dans ce cas-là de leur appartenance à cette patrie», s’exclame Abdelmoumène Khelil, secrétaire général de la LADDH, qui rappelle que l’unité nationale a été clamée et réclamée haut et fort et sauvegardée par l’ensemble de la société algérienne durant toutes les marches du vendredi depuis le 22 février.

La LADDH s’interroge sur les motifs d’une telle décision : s’agit-il d’une manœuvre pour casser le mouvement unitaire ? Ou alors d’une dérive autoritaire qui est en droite ligne avec ce que produit le système depuis toujours ? En attendant des réponses, les responsables de la Ligue demandent l’abandon des poursuites et la libération des personnes arrêtées et exigent que la liberté d’expression soit respectée ainsi que celle de clamer son appartenance à une identité reconnue par tout le monde.

Une manœuvre pour casser le mouvement

Le RCD, par la voix de Atmane Mazouz, s’insurge contre ces procédés. Pour lui, les mandats de dépôt prononcés hier à l’encontre des manifestants interpellés ne fera que renforcer leur détermination à aller jusqu’au bout. «Gaïd Salah, l’apprenti dictateur, doit savoir qu’il est le premier qui doit être poursuivi pour atteinte à l’unité nationale. Durant les années 1970, Boumediène, avec sa cour de sûreté de l’Etat qu’il convoque contre les opposants, n’a pas réussi, sous son ère, à mettre à genoux le peuple algérien», rappelle ce cadre du RCD, qui estime que leur combat est juste et pacifique et rien n’entamera la détermination des Algériens à instaurer un Etat de droit. En position de défiance, Atmane Mazouz lance à l’adresse de Gaïd Salah : «Si l’emblème amazigh, symbole de l’unité nord-africaine, vous dérange, nous serons encore des millions à le porter vendredi prochain à travers le territoire national pour vous signifier que rien ne pourra nous diviser, maintenant que les Algériens ont compris que le malheur de votre système pourri et corrompu est dans notre union», Le RCD incite les Algériens à être nombreux et solidaires contre la mafia qui nous gouverne : «Nous plaidons coupables d’appartenir à ce glorieux peuple amazigh ! Nous avons arboré l’emblème amazigh et nous continuerons à le faire.

Vous avez perdu ! Vous ne pouvez pas mettre tout un peuple en prison.»  Ramdane Taazibt, du Parti des travailleurs, dénonce énergiquement ces arrestations qui stigmatisent les Algériens qui brandissent l’étendard de l’amazighité de notre pays. «C’est une dérive gravissime et une atteinte à l’unité du peuple, dont l’identité amazighe est admise et reconnue, y compris dans la Constitution», accuse Taazibt, qui pense que la mise sous mandat de dépôt des jeunes pour avoir brandi l’emblème de l’amazighité est «inacceptable» et est «une provocation pour susciter la division» alors que le peuple est mobilisé depuis quatre mois dans l’unité et avec le désir de se débarrasser du régime et d’exercer sa souveraineté.

Une provocation qui suscite la division

De son côté, Soufiane Djilali, leader de Jil Jadid, estime que mettre de façon arbitraire sous mandat de dépôt des jeunes pleins de générosité pour avoir arboré l’emblème amazigh est une «décision dangereuse» et «sans fondement légal».

Des enseignants se sont aussi insurgés contre la démarche du pouvoir. Meriane Meziane, président du Syndicat national des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest), a tenu à préciser que l’étendard amazigh est nord-africain et ne concerne pas seulement l’Algérie. «Interpeller et poursuivre des jeunes pour l’avoir brandi est un non-sens, on ne peut pas arrêter des millions d’Algériens ! L’étendard n’est pas la cause de la dilapidation de 1000 milliards de dollars. L’étendard n’est pas la cause de la corruption généralisée dans le système politique», s’insurge Meriane, et de se demander s’il s’agit là d’une énième provocation qui n’a aucun sens. «On doit sauvegarder l’unité de la nation et non pas encourager la division qui peut mettre la cohésion nationale en danger», a-t-il averti.

Du côté des praticiens de la santé, Lyes Merabet du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP) qualifie cette démarche de démesurée et d’injustifiée : «Cela fait des années maintenant que cet étendard est exhibé dans différentes régions du pays, il symbolise les origines berbères des peuples de l’Afrique du Nord et ne remet en aucune façon en cause le drapeau national sous lequel tous les Algériens sont unis et rassemblés.» Merabet invite le pouvoir à faire la part des choses : «Les discours qui appelle à la division et au morcellement de notre peuple et de notre pays, il faudrait les condamner fermement quelles que soient les entités ou les personnes qui les véhiculent.» Ce syndicat condamne toute interpellation en rapport avec ce motif et appelle à la mise en liberté des personnes concernées.

En référence à Naïma Salhi et de ses semblables, Merabet affirme que «certains responsables politiques ou députés multiplient des déclarations racistes et font des appels à l’affrontement entre Algériens, et nous considérons que c’est beaucoup plus grave que ces jeunes qui manifestent pacifiquement depuis le 22 février 2019 dans les rues d’Alger et d’ailleurs enveloppés du drapeau algérien et de cet étendard symbole de notre identité berbère». Pour Merabet, les Algériens sont dans la rue depuis plus de quatre mois pour une rupture avec un mode de gestion mafieux qui a ruiné le pays, pour un changement démocratique réel et irréversible. Le reste n’est que diversion.


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