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Meziane Meriane. Syndicaliste : «Le marasme aigu a engendré de nombreuses inégalités sociales et salariales»

02 mai 2021 à 11 h 11 min

Meziane Meriane, coordinateur du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest), dénonce les conditions déplorables dans lesquelles vit la majorité des travailleurs algériens. Il explique pourquoi la situation risque d’être encore plus intenable pour le monde du travail à l’avenir. Entretien.

  • En ce 1er mai, Journée internationale des travailleurs, quel constat peut-on faire de la situation des travailleurs dans notre pays ?

Avec la crise économique qui touche en premier lieu les couches sociales vulnérables, peut-on parler de fête ? Nous sommes toujours dans un marasme politico-social qui s’est accentué avec la pandémie et la disparition de la classe moyenne. Toutes les couches sociales évoluent dans la précarité. Il est regrettable que malgré les importantes recettes engrangées grâce au pétrole, nous n’avons pas pu mettre en place une économie productrice de richesses et améliorer les conditions de vie des travailleurs. Chez nous, les inégalités sont criantes : de hauts cadres touchent en une journée ce que perçoit un ouvrier pendant un mois. Ce n’est pas normal. Un goût de lutte inachevée pour l’annulation du décret 97/13 qui touche la retraite des ouvriers.

  • Selon des experts, 34% des travailleurs algériens sont menacés de pauvreté. La classe moyenne est-elle appelée à disparaître complètement ?

La hausse de l’inflation et la baisse du pouvoir d’achat sont une donne incontestable. L’absence de contrôle et de régulation par les pouvoirs publics est intolérable. Nous n’avons toujours pas enclenché le virage économique à même de nous faire sortir de cette économie de bazar et de rente qui caractérise notre pays. La situation présente empêche d’assurer des salaires décents aux travailleurs et un avenir meilleur pour les générations futures. Ce marasme social aigu a également engendré de nombreuses inégalités sociales et salariales. Il faut désormais que les pouvoirs publics s’attardent sur la problématique relative à la politique salariale, et ce, pour sauvegarder les intérêts socioprofessionnels des travailleurs qui, malgré les augmentations arrachées par des années de lutte des syndicats autonomes, sont revenus à la case départ. Les ouvriers ont du mal à boucler leurs fins de mois, l’inflation rogne leur pouvoir d’achat à cause de la dévaluation du dinar.

  • Après deux années d’accalmie en raison de la pandémie de Covid-19, la contestation est de retour et le front social est en ébullition. Que revendiquent les syndicats des différents secteurs ?

Les ouvriers en général et les fonctionnaires en particulier sont conscients des enjeux. C’est une erreur monumentale pour un responsable que de se dire qu’ils sommeillent. Rien n’est enclenché pour améliorer le pouvoir d’achat. Aucun dialogue social sérieux n’est mené. Comment voulez-vous que cela ne débouche pas sur des manifestations ? Les revendications sont menées pour la sauvegarde du pouvoir d’achat et la retraite. C’est une aberration de bénéficier d’une retraite équivalente à 32 ans de cotisations et représentant 80% de la moyenne des salaires des cinq dernières années, alors que d’un autre côté, le FSR assure des retraites de 100% aux hauts cadres, quel que soit le nombre d’années de cotisations. C’est une injustice criante et que l’on juge anticonstitutionnelle. En un mot, les ouvriers réclament une justice sociale.

  • Beaucoup d’observateurs estiment qu’un salaire national minimum garanti de 18 000 DA est de loin très insuffisant. Les travailleurs à travers leurs syndicats remettent en cause la manière avec laquelle est calculé le pouvoir d’achat. Quel est votre avis sur la question ?

C’est une incongruité de dire que l’on peut nourrir une famille de trois personnes avec un salaire de 18 000 DA. Que ceux qui disent que c’est possible, nous les répartissent sur un mois avec toutes les charges familiales : à savoir le loyer, l’eau, l’électricité, l’alimentation, le transport… Le salaire d’un instituteur des années 1960 était de 600 DA, mais en valeur du pouvoir d’achat, c’était l’un des meilleurs, le besoin journalier d’une famille de cinq personnes à l’époque était de 6 DA, un pain coûtait 20 centimes, un kilo de viande 1,5 DA, à titre d’exemple, avec son salaire, l’instituteur pouvait se permettre 100 besoins quotidiens. En faisant une extrapolation en 2021, le besoin quotidien d’une famille de cinq personnes est de 1800 DA. Si on le multiplie par 100 par comparaison aux années 1960, l’instituteur actuellement doit toucher 180 000 DA pour retrouver le pouvoir d’achat des années 1960. Alors qu’un enseignant débute actuellement avec un salaire de 32 000 DA. Peut-on vraiment parler de classe moyenne ?

  • Quelles sont les catégories socioprofessionnelles les plus impactées par cette crise sanitaire ?

Les catégories les plus touchées sont les smicards et les journaliers, qui ont vu leurs sources de subsistance disparaître avec la pandémie et les différentes mesures sanitaires adoptées. Malgré tous ses sacrifices, l’ouvrier reste marginalisé, harcelé de la part des pouvoirs publics et du patronat. Souvent, ils remettent en cause ses acquis et ses droits. Et s’il manifeste aujourd’hui, c’est pour plus de considération et pour ne pas rester le dernier maillon de la chaîne des valeurs.

Entretien réalisé par  Nabila Amir


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