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Disparition de Mme Thuy-Rosendor, ancienne agent de liaison de Omar Boudaoud en Belgique : Merci Suzy !

02 septembre 2020 à 11 h 30 min

L e 19 août 2020, Suzy Rosendor, ancienne militante anticoloniale, agent de liaison de Omar Boudaoud – chef de la Fédération de France du FLN – en Belgique, nous a quittés.

Elle avait 87 ans. C’est son ami, l’historien Paul-Emmanuel Babin – qui a consacré une grande partie de ses travaux au «Front du Nord» et aux réseaux belges de soutien à la cause algérienne – qui nous a appris la triste nouvelle. Nous avons eu le plaisir de voir Suzy et d’écouter son témoignage ici même, à Alger, à l’occasion d’un colloque organisé par l’ambassade de Belgique, le 29 octobre 2017, à la Bibliothèque nationale sous le titre : «Le Front du Nord. Des Belges et la Guerre d’Algérie (1954-1962)».

Suzy était venue en compagnie de plusieurs anciens «porteurs de valise» belges. Parmi eux, il y avait, on s’en souvient, Henriette Moureaux, l’épouse de Me Serge Moureaux, responsable du Collectif des avocats belges du FLN. Il y avait également Adeline Liebman, Anne Somerhausen, Marc Rayet, Mateo Alaluf…

Ce colloque aura été ainsi l’occasion de belles et émouvantes retrouvailles. Elles ont surtout permis à Suzy de retrouver son vieil ami Omar Boudaoud. Ce dernier n’est, lui aussi, plus de ce monde, malheureusement. Il nous a quittés, rappelle-t-on, le 9 mai 2020.
Une note biographique élaborée par Paul-Emmanuel Babin livre de précieux éléments sur le parcours militant de la défunte. Suzy Thuy-Rosendor est née le 18 septembre 1933 à Anvers, en Belgique. «Sa famille est originaire de Faleshty et de Resina, près de Kichinev en Bessarabie (empire russe). Ses parents fuient la répression tsariste puis les persécutions nazies», peut-on lire dans cette note biographique. «De retour en Belgique, elle entame ses études à l’ULB (Université libre de Bruxelles).

Elle s’engage aux Etudiants communistes puis au Parti communiste belge (PCB).» Le PCB la dissuade de «s’engager pour la Révolution algérienne». Mais Suzy n’en fera qu’à sa tête et, en 1958, alors qu’elle est une «jeune mère de famille», elle se jette corps et âme dans le combat pour l’indépendance de l’Algérie avec «l’appui de son mari, André Thuy». Elle était alors proche de l’avocate Cécile Draps, une figure emblématique du Collectif des avocats belges du FLN. «Elle décide d’apporter son aide aux militants algériens en raison de son histoire familiale et de ses convictions humanistes et internationalistes», précise l’historien Paul-Emmanuel Babin dans la bio qu’il lui a consacrée.

Il ajoute : «Electron libre par rapport aux différents réseaux de soutien, cette position singulière se traduit par des contacts directs avec les membres du Comité fédéral de la Fédération de France du FLN (surtout Kaddour Ladlani, parfois Omar Boudaoud) ou avec Rabah Nehar (responsable de l’UGTA) mais aussi avec le responsable du FLN pour la Belgique, Titouche Abdelmajid.» S’agissant de ses activités militantes, Paul-Emmanuel Babin souligne : «Parmi les différentes missions qu’elle reçoit d’eux, elle assure le transport régulier des cadres et des militants de l’Organisation et de la Spéciale vers Paris, Lille, Amsterdam ou Cologne, mais aussi les liaisons au-delà des frontières en ayant plusieurs fois la charge des documents et archives du FLN. Enfin, elle est également chargée de trouver des logements à Bruxelles pour les militants en clandestinité et participera aussi à la filière médicale.» Après l’indépendance de son deuxième pays en 1962, Suzy «devient une libraire engagée et travaillera avec son mari ingénieur sur différents projets, en Guinée et en Irak».

«Quelle responsabilité tu avais !»

Le mardi 25 août 2020, une cérémonie a été organisée en hommage à feue Suzy Rosendor. A cette occasion, l’historien Paul-Emmanuel Babin a tenu à lui adresser ces mots si touchants : «Je t’ai rencontrée comme historien et tu es devenue une amie très importante qui donne foi en l’humanité.» Dans son intervention, M. Babin a rappelé l’une des toutes dernières actions initiées par Suzy ; un geste mémoriel qui témoigne de son puissant attachement à l’Algérie. «Aujourd’hui, je salue la présence de l’ambassadeur d’Algérie avec qui nous avions réussi notre dernier projet (avec Suzy, ndlr) en mars : apposer à Ixelles, 60 ans après, une plaque pour un étudiant algérien de l’ULB, assassiné sur ordre du gouvernement gaulliste.»

Il s’agit ici du chahid Akli Aissiou, étudiant en médecine et ancien responsable de l’Ugema en Belgique, assassiné le 9 mars 1960 à Ixelles, près de Bruxelles. M. Babin fera remarquer : «Pour la première fois en Europe, une plaque au nom de la Fédération de France du FLN avec le drapeau algérien est inaugurée. C’était ton idée. Tu as tenu avec détermination, tu en avais vu d’autres, quand une semaine avant, la commune était terrorisée par la portée politique du geste vis-à-vis de l’ambassade de France.»

L’historien revient sur les derniers mois de Suzy. «Cette période, écrit-il, où tu reparlais de ton engagement pour l’Algérie à travers tes anecdotes toujours drôles ou émouvantes, car elles faisaient finalement ressortir l’humanité. Un combat de libération à hauteur d’homme, ou plutôt de femme.» Il rapporte au passage cette anecdote : «J’avais rédigé ta biographie et tu étais très heureuse du qualificatif trouvé : celui d’électron libre, en dehors des réseaux et même de la discipline de ton parti, le PCB.» M. Babin révèle dans la foulée : «Tu parlais 60 ans après des copains algériens comme ‘‘Pedro’’ ou ‘‘Marc’’ qui venaient à la maison.

Mais ces Algériens étaient ni plus ni moins que les dirigeants de la Fédération de France du FLN. Et surtout le n°1 du FLN en Europe, Omar Boudaoud, dont tu étais l’agent de liaison, et avec qui tu passais les frontières. Pour restituer qui était M. Boudaoud, je me contenterai de rappeler ici deux chiffres : il avait la responsabilité des 400 000 Algériens en France et il représentait 80% du financement de la Révolution algérienne. Quelle responsabilité tu avais ! Omar Boudaoud était resté ton ami, avec son épouse Inge, jusqu’à son décès en mai dernier.»

Autre hommage émouvant : celui de l’avocate Cécile Draps, dont M. Babin nous a aimablement transmis le témoignage écrit. «La première fois que je t’ai rencontrée, nous étions en 1959, raconte Me Draps. C’était l’été et tu prenais l’air à la terrasse d’un grand hôtel d’Aix-en-Provence avec André et ses parents. Je n’imaginais pas que cette jeune femme souriante, qui m’avait tout simplement proposé de me laver les cheveux dans sa chambre, serait l’amie de toute une vie.»

Me Cécile Draps évoque cet épisode croustillant : «En 1960, Lucien et moi, nous étions engagés aux côtés du peuple algérien en lutte. ‘‘Marc’’, le responsable du FLN pour la Belgique (Marc Dujardin, de son vrai nom Abdelmadjid Titouche, ndlr), était à la recherche de militants de l’ombre et nous avait annoncé avoir trouvé quelqu’un que vraiment personne ne connaissait. Quelle ne fut pas sa déconvenue lorsqu’il t’amena à la maison : nous sommes tombées dans les bras l’une de l’autre. Ceci dit, nul n’était mieux qualifié que toi pour assumer des responsabilités au plus haut niveau.

Discrétion et maîtrise de soi.» Cécile Draps insiste à son tour sur l’importance symbolique du geste de Suzy envers la mémoire d’Akli Aissiou : «Ton dernier fait d’armes : avoir compris la première l’importance de la mémoire de cette période où des Belges se sont engagés aux côtés du peuple algérien et son point d’orgue, la plaque apposée à Ixelles en hommage à Akli Aissiou, tombé le 9 mars 1960 sous les coups des services secrets français, sous le sinistre nom de la ‘‘main rouge’’.»

Repose en paix chère Suzy et… éternelle gratitude !



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