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Me Salah Brahimi. Bâtonnier de l’Ordre des avocats de Tizi Ouzou : «Les détenus d’opinion doivent être libérés sans condition»

05 août 2019 à 10 h 20 min

Dans l’entretien qu’il a accordé à El Watan, le bâtonnier de l’Ordre des avocats de Tizi Ouzou, Me Salah Brahimi, revient sur les détenus d’opinion. S’agissant du port de l’emblème amazigh, il affirme, sans ambages, que si le délit existait vraiment, «il fallait recourir à la comparution immédiate devant le juge pénal et non instruire les dossiers par les juges instructeurs juste pour maintenir la pression sur les détenus, leurs familles et le peuple, comme acteur principal du hirak».

 

Les deux détenus qui ont comparu, aujourd’hui, devant le tribunal de Chlef pour port de l’emblème amazigh ont été condamnés à deux mois de prison avec sursis. Ils devront être libérés dans la soirée. Quelle lecture faites-vous de ce verdict, quand on sait que le réquisitoire du procureur était très lourd ?

Je tiens à remercier l’ensemble des consœurs et confrères du barreau de Tizi Ouzou, de Blida et surtout ceux de la wilaya de Chlef, qui nous ont soutenus. A ce titre, je rappelle que l’Union des barreaux d’Algérie a pris une résolution lors de l’assemblée générale du 6 juillet, qui a eu lieu à Béjaïa, de défendre tous les détenus du hirak.
Les deux détenus, qui ont comparu devant le juge de la section correctionnelle du tribunal de Chlef, étaient poursuivis pour «atteinte à l’unité nationale» (art. 79 du code pénal). L’action qui est considérée comme atteinte à cette unité réside dans le port de l’emblème amazigh.

Cet article n’a pas précisé les faits qui peuvent être considérés comme une atteinte à l’unité nationale, laissant ainsi le juge à son pouvoir discrétionnaire. Le législateur n’a pas voulu limiter ces faits pour pouvoir poursuivre facilement tout citoyen. Je vous laisse le soin de me dire en quoi le port de cet emblème amazigh peut porter atteinte à l’unité nationale, sachant qu’il a toujours été utilisé dans les manifestations culturelles, sportives, etc., nonobstant qu’il est le symbole de l’Afrique du Nord (Tamazgha), il représente à ce titre l’unité nord-africaine et renforce davantage l’unité nationale. Les deux détenus libérés feront appel de la décision de deux mois de prison avec sursis, qui reste toujours une condamnation même s’ils ont retrouvé leur liberté.

Nous comptons, en tant que défense, utiliser tous les moyens légaux pour infirmer cette décision.

D’autres détenus d’opinion attendent toujours leur procès. Il y aurait une soixantaine de prisonniers, parmi lesquels figure l’ancien commandant de la Wilaya IV, LakhdarBouregaâ. Les chefs d’inculpation retenus à leur encontre sont très lourds : «atteinte à l’unité nationale et/ou au moral de l’armée»… Ces arrestations sont jugées arbitraires par des militants et des personnalités politiques. Un commentaire sur ces sentences ?

Je me demande, en tant que praticien du droit, pourquoi saisir le juge d’instruction dans ce genre de délit. Les arrestations ne devraient pas avoir lieu, car elles étaient sans fondement, puisque depuis le 22 février, des millions d’Algériens soulevaient cet emblème qui n’a guère gêné personne, comme c’est évident dans le discours du général Ahmed Gaïd Salah (AGS) du 19 juin 2019 (je ne fais pas allusion au 19 juin 1965). Pourquoi la police judiciaire n’a découvert que cet emblème touche à l’unité nationale que lors des marches du 21 juin ? Comme je viens de le signaler, si le délit existait vraiment, il fallait recourir à la comparution immédiate devant le juge pénal, et non instruire les dossiers par les juges instructeurs pour juste maintenir la pression sur les détenus, leurs familles et le peuple, comme acteur principal du hirak. Les détenus d’opinion doivent être libérés sans condition, car ils veulent un changement positif pour leur pays et ne sont jamais un danger à la République : bien au contraire ! Ils veulent du bien à leur pays et je trouve injuste qu’ils croupissent dans la même prison à côté de ceux qui ont ruiné l’Algérie. Lakhdar Bouregaâ, qui a participé à la libération de son pays, ne mérite pas une minute d’arrestation, quels que soient les propos qu’il aurait tenus, car l’ANP, qui ne doit pas oublier sa mission républicaine, ne peut être déstabilisée par personne, sauf par les ennemis de l’Algérie. Le peuple algérien a refusé la forfaiture et a assumé ses responsabilités, lorsque l’intégrité du territoire était en danger : à ce titre, il est toujours utile de rappeler que ce sont les citoyens patriotes qui ont prôné la résistance en 1994, alors que des responsables ont fui le pays.

Certains observateurs considèrent que la libération des détenus par les autorités ne peut être acceptée comme une arme de chantage. D’ailleurs, beaucoup constatent que ces personnes sont des «otages» d’un dialogue promu par le chef de l’Etat, Bensalah. Partagez-vous ces appréhensions ?

Nous refusons que des personnes utilisent les libertés des citoyens comme marchandage pour faire admettre et faire passer un dialogue de sourds. L’Algérie peut s’en sortir s’il y a une bonne volonté du côté des décideurs et ils doivent comprendre que le peuple a atteint un niveau de maturité et d’engagement sans précédent. On ne doit pas avoir peur de la volonté populaire, et celui qui ne saisit pas cette opportunité pour un changement démocratique sera condamné par l’histoire.

Malgré la levée du contrôle judiciaire qui lui était imposé, Me Salah Dabouz poursuit sa grève de la faim pour dénoncer un «déni de justice». Que pourriez-vous en dire ?

Concernant la grève de la faim de mon confrère Me Salah Dabouz, je tiens à saluer son courage et à lui affirmer tout mon soutien dans sa résistance face aux nombreuses accusations qui lui sont collées. Je serai présent lors de son procès et j’estime qu’il sera relaxé. Notre confrère est avant tout militant et il n’est un secret pour personne concernant les pressions exercées sur les militants des droits de l’homme dans la vallée du M’zab, en particulier, et en général dans tout le pays. L’Algérie a ratifié des conventions internationales et, en ce sens, il faut les respecter et libérer les esprits conservateurs. Je ne souhaite pas la même tragédie du Dr Fekhar à mon confrère et j’espère une issue heureuse à son périple juridique. La responsabilité de ceux qui l’ont entraîné dans ce chemin est engagée.



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