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mardi, 19 mars, 2019
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Marche grandiose à Kherrata (Béjaïa) : «Nous sommes en deuil !»

17 février 2019 à 11 h 15 min

Une marche, aux couleurs du deuil, mémorable pour les habitants de Kherrata. Dans la matinée d’hier, des milliers de citoyens ont marché dans cette ville historique, située à une cinquantaine de kilomètres à l’est de la ville de Béjaïa, pour crier leur opposition à la candidature au «5e mandat» de Abdelaziz Bouteflika.

De grandes banderoles et des drapeaux noirs ont été hissés, donnant à la procession les allures d’un cortège funèbre qui s’est ébranlé par une journée froide et sous un ciel triste. «On est en deuil et nous le resterons jusqu’à la chute de ce régime.

Ce n’est pas un deuil de trois jours, il restera jusqu’à ce que le pouvoir revienne au peuple», a lancé, dans un microphone, un citoyen désabusé. Une grande et profonde fronde dans les déclarations. «Un mort-vivant a postulé pour un 5e mandat, c’est un coup d’Etat contre le peuple algérien. C’est de la folie», s’est exclamé un avocat. «En 1945, les enfants de Kherrata sont tous sortis pour dire à la France coloniale de dégager. Aujourd’hui, nous sommes là pour dire aussi à ce régime : dégage !» déclare un autre jeune militant. La revendication est aussitôt reprise par la foule révoltée : «Dégage, dégage !»

L’appel à cette manifestation a été lancé cinq jours plus tôt par «des jeunes de la daïra de Kherrata», issus du mouvement associatif, dans un communiqué invitant la population «à participer en force à la marche pacifique contre le 5e mandat et le régime corrompu qui fait sa promotion».

La marche a démarré du stade communal pour finir devant le siège de la daïra au rythme d’une colère maîtrisée, puisque aucun incident ne l’a perturbée. Dominée par le noir, la manifestation a été celle du deuil et du ras-le-bol. Pour seules couleurs, celles du drapeau national, du drapeau amazigh, et de deux banderoles frappées, en rouge, d’un «FLN dégage» et d’un «non au 5e».

Le signe du deuil devait se mêler à la colère des manifestants qui ont crié, tout le long du trajet, «Pouvoir assassin», et «Bouteflika-Ouyahia, houkouma irhabia (Gouvernement terroriste)», soit un bout de diatribe qui n’a pas perdu de sa charge de révolte depuis que le duo est au sommet de l’Etat. Les noms de Sidi Saïd, Ali Haddad, Gaïd Salah et autres soutiens du régime ont alimenté les cris des manifestants qui ont rappelé, comme à chaque action de rue, que la résolution «oulach smah oulach» (pas de pardon) est toujours de mise. On a puisé dans toutes les littératures pour faire entendre le message. Le slogan phare des «révolutions arabes» est aussi re-convoqué inlassablement pour dire que «le peuple veut faire tomber le régime» (Chaâb yourid iskat en nidham).

«La misère, mieux que la chita»

Deux banderoles noires ont couvert toute la largeur de la procession humaine. L’une a porté un mot d’ordre populaire : «Non au 5e mandat de la honte», l’autre a résumé un vieux réquisitoire populaire inusé : «Pouvoir assassin». Dans la foule, des marcheurs ont crié leur désapprobation de l’instrumentalisation de la misère des gens et de «l’insulte à l’intelligence des Algériens pour faire accroire que la candidature pour le 5e mandat est une demande populaire». «La misère, mieux que la chita (brosse)», ont scandé des jeunes qui n’ont connu de président algérien que Abdelaziz Bouteflika, nés sous son règne de vingt ans.

Les commerces de la ville ont fermé le temps de la manifestation, à l’appel des organisateurs de la marche, qui a abouti à un meeting devant le siège de la daïra, où le discours anti-pouvoir a été sans concession. «Par notre marche réussie, nous leur avons donné une leçon de pacifisme, de conscience politique et de citoyenneté. Nous sommes les héritiers de nos valeureux moudjahidine de 1954. Nous sommes un peuple conscient», a lancé un intervenant à l’issue de la marche.

De jeunes citoyens, dont des enseignants et avocats, se sont relayés à la tribune pour traduire un sentiment de répulsion incontrôlable à l’égard des promoteurs du 5e mandat. «On est en train d’assister à la mascarade du XXIe siècle. La mafia qui nous gouverne a mis en avant des candidats fous pour nous dire que si ce n’est pas Bouteflika, voilà ce qui vous attend. Nous préférons n’importe qui parmi ces fous, que Bouteflika. Nous en avons assez de vos humiliations», s’est écrié un autre citoyen. La foule a observé, au milieu du rassemblement, une minute de silence à la mémoire de tous les martyrs du pays.

Les organisateurs de la marche ont expliqué, dans une déclaration lue, que la marche a été décidée pour exprimer le «refus catégorique de toutes les pratiques aventureuses du régime politique en place à l’encontre du peuple et de l’Etat». Les milliers de manifestants ont dit leur refus «de la continuité de la politique de dilapidation, corruption, fraude et impunité».

Dans la déclaration, ils considèrent que le projet du 5e mandat auquel ils opposent un «refus total et clair» «se moque de l’esprit du peuple et il est une atteinte à l’histoire du pays et un crime à l’encontre de la nature et de l’homme». Les manifestants se sont dispersés dans le calme avec la promesse de réinvestir la rue plus nombreux et le vœu de voir le peuple rassemblé autour du même objectif «pour sauver le pays et déjouer le complot».

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