Marasme profond à l’ENTV de Constantine : Des travailleurs dénoncent des «années de gabegie» | El Watan
toggle menu
mardi, 23 avril, 2019
  • thumbnail of elwatan20190423

Marasme profond à l’ENTV de Constantine : Des travailleurs dénoncent des «années de gabegie»

13 octobre 2018 à 1 h 10 min

Depuis plusieurs mois, un marasme profond frappe l’unité régionale de l’ENTV à Constantine, l’une des plus anciennes en Algérie, ayant connu son âge d’or durant les années 1970 et 1980. Des travailleurs et des journalistes ont décidé de briser le silence, bravant les menaces de représailles, pour dénoncer une gestion qualifiée de «désastreuse» de l’actuel directeur général, en poste depuis 17 ans.

Dans une longue requête, dont El Watan détient une copie, intitulée «17 ans ça suffit», les concernés énumèrent une série de griefs, notamment au chapitre de la mauvaise gestion. «La station régionale de Constantine, devenue une simple annexe de la direction générale, est gérée par un directeur qui la prend pour une propriété privée. Nous avons vécu des années de gabegie durant lesquelles les compétences de la station ont été marginalisées puis poussées vers le départ ; nous subissons une terrible pression et un abus d’autorité caractérisé de la part du directeur ; tous ceux qui ont osé dénoncer cette situation ont été menacés de perdre leur emploi ou mis à l’écart. Nous craignons sérieusement pour l’avenir de cette station», déplorent l’une des contestataires.

Un chantier entamé en 2011 et inachevé à ce jour prive les employés de tout le premier étage de l’immeuble, rendant les conditions de travail «déplorables». Un autre problème et pas des moindres est en train de menacer la sécurité même de l’établissement et des travailleurs, à cause de l’emplacement du groupe électrogène au sous-sol et les infiltrations des eaux de pluie au risque de provoquer un incendie, soutiennent-ils.

Gabegie

Le chapitre de la gabegie revient à travers ce que les travaillent qualifient «d’utilisation des moyens de la station à des fins personnelles». «Durant 13 ans, le directeur mobilisait le véhicule de la station et son chauffeur au profit de son épouse ; mais le véhicule ne revenait guère le soir à la station. Il était même utilisé par le chauffeur en personne ; ce dernier sera d’ailleurs promu chef de parc», dénoncent-ils. Le directeur est accusé aussi de favoriser «ses proches et fidèles» aux dépens d’autres dont les projets sont refusés. «La station a engagé des productions avec des personnes de l’extérieur ou des réalisateurs partis à la retraite, en utilisant les propres moyens de l’établissement.» Ils ne manqueront pas de déplorer le net recul de la production, en termes de quantité, et surtout de qualité, ainsi que l’état des archives «conservées dans des conditions déplorables menaçant de faire disparaître la mémoire vivante de la station de Constantine».

Contacté par El Watan, le directeur général de la station régionale de l’ENTV de Constantine, Kamel Brouki, a nié toutes ces accusations, à commencer par le chantier à l’arrêt et dont le sort est entre les mains de la justice, explique-t-il, suite à la plainte déposée contre l’entreprise. Au sujet de l’état des groupes électrogènes, il a rappelé avoir saisi les services de Sonelgaz pour trouver une solution et déplacer les équipements vers un lieu sûr.

«Cela demande des procédures à suivre, des études et un financement pour les travaux ; ce que nous avons pu avoir avec Sonelgaz à l’issue d’un PV de réunion signé le 8 juin 2016 et le problème sera prochainement réglé», précise-t-il. Mais pourquoi cette opération traîne-t-elle alors depuis 2013 ?

Tout aussi surpris par notre question sur la mobilisation d’une voiture avec chauffeur pour son épouse et la promotion contestée de ce chauffeur, K. Brouki a vivement réagi en déclarant : «Ce sont des mensonges ; je ne charge le chauffeur de ramener mon épouse qu’une fois par jour, l’après-midi, et le véhicule retourne au parc ; et puis j’ai le droit d’avoir un chauffeur, et c’est dans mes prérogatives de promouvoir des travailleurs de la station.»

Soutien du syndicat

Au sujet de la marginalisation des compétences de la station et le recours à des personnes de l’extérieur, K. Brouki s’autorise à le faire en vertu du cahier des charges de l’établissement et avec l’accord de la direction générale, dit-il. Réfutant les accusations de recul de la production, il avance une pile de bilans chiffrés. «Pour preuve, c’est la première fois dans l’histoire de la station que nous avons produit un feuilleton de 28 épisodes diffusé durant le Ramadhan dernier ; c’est un exploit pour moi», poursuit-il. Toutefois, K. Brouki reconnaît que les archives sont mal conservées, promettant d’y remédier.
Le syndicat des travailleurs, affilié à l’UGTA, adoube les protestataires. Son secrétaire général, Mohamed Boukerzaza, l’affirme : «Nous sommes entièrement d’accord avec ceux qui accusent le directeur de mauvaise gestion ; c’est une situation qui a énormément affecté le climat de travail dans la station de Constantine ; il y a beaucoup à dire, notamment sur l’acquisition de matériel jamais exploité ; ce que nous avons dénoncé en adressant des rapports à la direction générale de l’ENTV et à l’Inspection du travail, mais nous n’avons reçu aucun écho.» Le syndicat se mêle aussi à la contestation née au lendemain du ratage de la couverture des inondations du 19 septembre dernier. «C’est inadmissible pour une station qui se trouve à quelques encablures des lieux. Toutes les chaînes étaient présentes, sauf la station de Constantine», poursuit Mohamed Boukerzaza.

Kamel Brouki soutient pour sa part que la station de Constantine ne dispose pas de moyens pour couvrir cet événement instantanément, et que pour faire du direct il faut toute une préparation à l’avance.

Lire aussi

Loading...

Related Post

S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!