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mardi, 30 novembre, 2021
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Education : Marasme profond à Constantine

11 mai 2021 à 10 h 49 min

Il était à peine 10h par cette journée ensoleillée de lundi 10 mai, quand la rue Sellami Slimane, dans le quartier du Coudiat à Constantine, recevait les premiers participants au deuxième jour de grève et de protestation organisé à l’appel de 14 syndicats du secteur de l’éducation. C’est le Syndicat national des directeurs des écoles primaires (Snadep) qui installe le premier son «quartier».

Une large banderole et des écriteaux ont déjà été collés sur le mur du siège de la direction de l’éducation. Un espace traditionnel de rassemblement qui a pris les allures d’une tribune d’expression libre improvisée à «l’anglaise», avec chaise et mégaphone où toute personne peut prendre la parole. Les enseignants grévistes arrivent par groupes.

Des femmes ont ramené avec elles leurs enfants. Soumia et Amel, deux enseignantes du primaire ont pris place sur le trottoir situé en face de l’accès de la direction de l’éducation. «Ce mouvement est une expression de colère contre la situation que nous vivons depuis des années, sans aucun changement ; cela traduit aussi un marasme profond qui perdure dans le secteur alors que la tutelle fait semblant de dialoguer et de donner des promesses aux syndicats. Mais depuis la pandémie, la situation est devenue encore plus critique pour nous ; nous n’arrivons plus à boucler les fins de mois avec un salaire de 32 000 DA après des années d’exercice, surtout avec la cherté de la vie et les charges des enfants», explique Soumia.

Comme pour enchaîner, Amel note que des enseignantes stagiaires n’ont pas été payées depuis 8 mois. «Je suis mère de trois enfants et je me déplace chaque jour de Constantine vers Ain El Kerma, sur plus de 30 km, pour enseigner ; alors sans parler des frais de transport, avec un salaire de 30 000 DA, j’ai toujours des soucis à la fin du mois. Comment voulez-vous vivre avec un salaire qui stagne durant des années pour se retrouver avec une augmentation insignifiante chaque cinq ans», proteste-t-elle. La question des salaires est désormais la principale revendication des enseignants qui réclament de relever le point indiciaire à 90 DA. D’autres manifestants ont soulevé la surcharge des programmes scolaires.

Un calvaire aussi bien pour les enseignants que les élèves. «Nous avons réclamé depuis des années un allègement des programmes, mais le ministère est resté sourd ; on ne peut plus demander à l’enseignant d’assurer cinq matières à la fois ; ceci sans parler des tâches extra-pédagogiques que nous continuons d’assurer dans les cantines scolaires à cause de l’absence du personnel», ajoute Halima, enseignante dans une école primaire à Constantine.

Sortir les écoles du giron des communes

«La situation est devenue insupportable. On ne peut plus gérer les écoles sous la tutelle des collectivités locales qui n’ont aucune notion de gestion. D’ailleurs nous subissons le diktat des responsables communaux qui nous livrent des budgets à leur guise, ce qui ne nous permet pas d’assurer le bon fonctionnement des écoles.

Ceci sans parler des manques de postes pour les agents communaux, alors on se retrouve dans des cas où on doit se débrouiller pour assurer l’hygiène dans les établissements, c’est un véritable calvaire. Nous demandons qu’on soit rattachés directement à la direction de l’éducation, comme c’est le cas pour les CEM et les lycées et pouvoir disposer d’un vrai budget et d’un économe», a révélé le directeur d’une école primaire.

Pour les directeurs des établissements qui mènent aussi leur grève avec le corps enseignant, il s’agit beaucoup plus de la revalorisation de la fonction de directeur qui subit toutes sortes de dépassements. Il est question de revoir également les conditions de départ à la retraite et de relancer la retraite anticipée.

Un point qui fait aussi l’unanimité au sein des travailleurs des corps communs et des conseillers pédagogiques.

Mais au-delà de toutes ces revendications, que la plupart des citoyens jugent légitimes au vu des conditions socioprofessionnelles dans lesquelles est plongée la corporation du secteur de l’éducation, le prolongement de ce débrayage qui coïncide avec les examens de fin d’année pèse avec ses conséquences sur une année scolaire qui avait été déjà amputée d’un trimestre, et entamée tardivement à cause de la pandémie de coronavirus, mais surtout avec la réduction des emplois du temps.

Une situation qui n’est pas passée sans provoquer des inquiétudes chez les parents. «Déjà avec tout ce qu’on a vécu l’année dernière, nos enfants sont en retard dans les programmes et cela va se répercuter sur leur niveau pour la suite de leur cursus dans le cycle moyen», a commenté une mère de famille. «La décision de mener cette grève cyclique de trois jours a été prise dans l’intérêt des enseignants, mais aussi des élèves ; nous aussi nous avons des enfants scolarisés et nous ne pourrons jamais penser à les sacrifier, car il s’agit de tout un système qui devra être revu de fond en comble», répond une enseignante gréviste.

Face au silence du ministère et les accusations portées contre ce mouvement, les parents d’élèves ne voient pas encore jusqu’où pourra mener ce durcissement.


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