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Lynchage médiatique sur les TV publiques et privées : La dérive de trop

02 juillet 2019 à 10 h 20 min

Radio-télévision libre des Mille Collines (RTLM) à la sauce locale. La Télévision publique a diffusé des informations diffamatoires portant atteinte à la réputation de Lakhdar Bouregaâ, commandant la Wilaya IV historique.

Juste après son arrestation, à 14h à son domicile de Hydra, une alerte est diffusée par l’universitaire et militant Fodil Boumala sur sa page Facebook. Le procureur près le tribunal de Bir Mourad Raïs viendra confirmer l’arrestation en précisant les chefs d’inculpation : «atteinte au moral de l’armée» et «outrage à corps constitué». Au même moment, une alerte est diffusée sur la télévision publique.

Sans se contenter de rapporter le contenu du communiqué du procureur A. Rezik, le bandeau qui défilait au bas de l’écran de la chaîne terrestre mentionnait une information autrement plus insidieuse : Lakhdar Bouregaâ, baroudeur de la Wilaya IV historique, serait un fieffé menteur ! Selon un premier texte, il aurait «usurpé» l’identité de son compagnon, le chahid Rabah Mokrani dit Si Lakhdar (1934-1958). L’information sera immédiatement reprise telle quelle par les autres chaînes privées, Echourouk, Ennahar et El Bilad entre autres.

Lors du JT de 20h, l’animateur Khaled Ahmed Khelfaoui lira, sans sourciller, le texte en y maintenant le passage diffamatoire. Mais comble du ridicule, quelque heures après, la même chaîne se ravisa en changeant, toute honte bue, de version : l’ex-commandant de la Wilaya IV aurait utilisé le nom de son frère !

D’habitude plutôt muette, la télévision publique s’aligne, à la faveur de ce fait inédit, sur les pratiques des chaînes offshore dont la mission est de s’attaquer aux opposants, de les dénigrer et de réécrire les parcours des uns et des autres. Pourquoi cette remise en cause honteuse du service public ? Les médias audiovisuels, plus suivis par les Algériens, sont-ils instruits de désinformer et de faire du révisionnisme ? Qui en est le responsable ? Mais, surtout, dans quel but ?

Au fait de la cuisine interne, Fodil Boumala, universitaire et ancien animateur d’une émission à succès sur l’ex-ENTV, n’est guère étonné : «C’est une pratique classique. C’est le même régime qui a toujours fait dans l’invective, la violence et la corruption. Si l’APS a repris de manière professionnelle les chefs d’inculpation retenus par le procureur, la télévision publique a rajouté le commentaire insidieux, c’est du pur révisionnisme.

L’information diffusée parle de l’usurpation par le concerné de l’identité de Rabah Mokrani, dit Si Lakhdar, avant de rectifier en affirmant qu’il s’agissait plutôt de son frère. C’est une énorme erreur historique, politique et morale. Il faut préciser que les chaînes Echourouk, Ennahar et El Bilad ont repris le même texte avec les mêmes erreurs.

C’est la preuve que ces dernières ont la même source qui leur a transmis le texte par écrit. Toutes les chaînes de la place sont au service du régime et du chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah. Le pouvoir a à sa solde des partis, des médias devenus des armes contre le peuple en lutte. Le pouvoir qui utilise des pratiques fascisantes est prêt à arrêter, s’il le pouvait, les 30 millions d’Algériens qui sortent chaque vendredi.»

Cercles en dehors de l’ENTV

L’infox (fausse information) a-t-elle fait réagir à l’intérieur de l’immeuble du boulevard des Martyrs et dans les chaînes offshores à large audience ? «A la Télévision, rien ne fait réagir les journalistes», regrette une source interne, dont nous tairons le nom. Le texte a-t-il été discuté en interne ? Pour notre source, la diffusion de telles informations «dangereuses» dépasse la direction de l’information et le directeur général lui-même.

«L’actuelle direction de l’information, nommée après l’arrivée de Lotfi Cheriet en remplacement de Toufik Abed, est censée suivre le contenu, mais, comme nous le savons, quand il s’agit d’une information importante, la décision revient à d’autres cercles en dehors de l’ENTV. Tout est ficelé ailleurs, et ils n’ont qu’à exécuter les ordres de ces cercles», atteste notre interlocuteur, que les pratiques brejneviennes de la télévision publique n’étonnent plus.

La famille Bouregaâ a décidé de déposer plainte contre l’EPTV. «La famille déposera plainte contre l’ENTV pour diffamation. Des avocats sont prêts. D’ailleurs, ils sont partis le voir à la prison d’El Harrach pour le consulter sur ce point justement. C’est une diffamation grave. Les gens prennent Facebook pour du Coran, alors qu’ils auraient pu consulter les livres écrits par des gens comme Yves Courrière, Henri Alleg ou Massu, que Dieu le maudisse», a confié à El Watan le fils aîné de Si Lakhdar, Mohamed Bouregaâ.

Les campagnes de dénigrement, les attaques ad hominem se multiplient sur les chaînes publiques et privées. Les cibles : les manifestants du mouvement populaire dont les messages sont dévoyés. Les professionnels des médias ne sont pas prêts à réagir et à changer une situation qui semble les arranger.

Une réaction néanmoins, celle de Meriem Abdou, la très courageuse animatrice de l’émission «L’histoire en marche» (Chaîne 3), censurée au début du mouvement populaire. «La diffusion de ce type d’information est une atteinte à la déontologie journalistique, personne n’a le droit de se considérer comme le bras armé de la justice et traiter en des termes aussi vils une personnalité qui est partie intégrante de notre histoire nationale (de surcroît à la veille du 5 Juillet).

Honte à ceux qui veulent transformer notre pays en brasier. Honte à ceux qui traînent dans la boue des symboles», écrit-elle sur sa page Facebook. D’autres journalistes soutiendront le contraire et attaqueront, tels des trolls, les défenseurs de Lakhdar Bouregaâ.

A l’ENTV, un collectif de travailleurs de l’audiovisuel fait de la résistance. Hier, il a appelé à un énième sit-in pour dénoncer la «désinformation» et la «censure».


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