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Lyes Merabet. Président du SNPSP : «Le système politique a abandonné le secteur à la violence»

01 septembre 2019 à 10 h 25 min

La violence dans les hôpitaux a pris de l’ampleur ces derniers mois. Comment expliquez-vous la récurrence des actes violents contre les personnels médical et paramédical à l’intérieur les établissements de santé ?

En effet, c’est un phénomène qui a fini par s’installer dans l’espace des soins médicaux et pas uniquement en milieu hospitalier, puisque toutes les structures de santé, y compris celles de proximité, sont devenues la cible de ces actes de violence. Trouver des explications, c’est en quelque sorte vouloir justifier l’incivilité de ces comportements indignes et condamnables, quels que soient leurs auteurs ou leurs motivations. Néanmoins, le SNPSP rappelle que cette situation a commencé à être posée en termes de revendications auprès du ministère de la Santé depuis une dizaine d’années et qu’elle a motivé plusieurs actions de protestation au niveau local et national, y compris au nom d’autres corporations des professionnels de la santé, puisque tout le personnel est victime d’actes de violence. En 2015, une enquête réalisée par le SNPSP dans une vingtaine de wilayas sur une période de 8 mois a permis de recenser plus de 2700 cas d’agression dont ont été victimes des agents d’accueil et d’orientation, des paramédicaux, des sages-femmes et des médecins.

En dehors de l’approche sociétale qui pourrait structurer le phénomène (impact de la violence de la décennie noire, déperdition scolaire, chômage, usage de drogues et autres produits stupéfiants), il y a aussi la faillite d’autres secteurs (Affaires religieuses, Education nationale, Jeunesse et Sports, Culture…) qui ont été incapables d’assurer une influence positive sur les citoyens, notamment en sensibilisant nos jeunes sur les impacts d’un tel comportement sur la bonne marche des services de santé dans notre pays.

Le traitement orienté et irresponsable d’une certaine presse écrite et audiovisuelle des dossiers relatifs au secteur de la santé depuis quelques années déjà est un élément majeur aggravant. Malheureusement, dans le sens des orientations imposées par certains ministres, dont la mission principale à la tête de ce secteur consistait à ternir l’image de la structure et des professionnels du secteur public pour justifier la privatisation. Le secteur de la santé a aussi une grande responsabilité dans son incapacité à organiser l’offre de soins, la couvrir et accompagner ses fluctuations à travers une répartition équitable et de manière continue des moyens humains ou matériels sur tout le territoire national, en coordination avec d’autres secteurs interférents comme ceux de l’enseignement supérieur et de la sécurité sociale.

Quelles sont les conséquences de ce phénomène ?

Les conséquences immédiates sont, tant au niveau personnel que collectif, d’ordre psychologique. Un ressenti de «hogra» et d’ingratitude qui remet en cause chez le professionnel de santé quelque chose d’essentiel : l’amour du métier et le dévouement pour servir et soigner de peur de subir l’humiliation d’un geste, d’une parole ou d’une agression. Il est indéniable de constater, aujourd’hui, que des milliers de praticiens médicaux, spécialistes et généralistes, ont décidé de quitter le secteur public pour le privé en raison des conditions de travail difficiles, du statut socioprofessionnel indigne et démotivant, mais aussi pour fuir ce stress et ce risque devenu permanent, notamment dans les structures d’urgence et les maternités.

Les autorités de tutelle n’ont rien pu faire pour endiguer ce phénomène, malgré l’annonce de l’installation d’une commission interministérielles (2018). Comment l’expliquez-vous ?

Le système politique mafieux avait d’autres priorités et s’occupait plus à gérer la carrière des responsables qui se sont succédé à la tête de ce secteur sensible, gérer surtout le temps au mieux des intérêts des lobbys installés dans différents segments, tels que le médicament, l’équipement médical, l’infrastructure…. Endiguer le phénomène n’a jamais été dans les priorités des ministres avec lesquels le SNPSP a négocié des mesures pour protéger les professionnels de la santé.

Justement, que propose votre syndicat pour faire face à ce phénomène ?

La solution à ce phénomène est complexe. Elle relève du comportement des individus qui sont les professionnels de santé, le malade et ses accompagnateurs. Influer sur le comportement relève autant de conditions matérielles à dispenser sur le lieu de travail, du recrutement d’un personnel formé et qualifié pour assurer la sécurité des personnes et des structures que de l’implication continue des différents services de sécurité affectés au maintien de l’ordre aux alentours des points de gardes, des pavillons des urgences et des maternités. Un travail en profondeur est aussi nécessaire pour endiguer ce phénomène à long terme ; impliquer d’autres secteurs comme l’éducation nationale, la jeunesse et  le sport, la communication, la culture, les affaires religieuses… sur l’intérêt de la sensibilisation et le secteur de la justice accompagné des représentants des différents ordres professionnels pour la mise en place d’un véritable cadre juridique capable d’assurer le droit des malades aux soins dans l’équité et la dignité et aux professionnels celui d’exercer dans la sérénité et la quiétude. 


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