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Louisa Hanoune. Secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) : «Les partisans du maintien du système deviennent de plus en plus fous et incontrôlables»

18 février 2019 à 10 h 45 min

Dans l’entretien qu’elle nous a accordé, la secrétaire générale du PT (Parti des travailleurs), Louisa Hanoune, décrit la situation préélectorale comme la plus «inquiétante» qui «menace l’existence» même du pays. Pour elle, «on veut maintenir un système agonisant quel qu’en soit le prix à payer parce qu’il sert une minorité et les partis qui ne doivent leur survie qu’à la fraude (…).» Pour Mme Hanoune, l’option du 5e mandat est le choix de «ceux qui ont intérêt à ce que cette situation perdure (…) Ils ont dû se battre avec acharnement pour que le Président se succède à lui-même.»

 

D’une succession en douceur à une prolongation de mandat, pour finir avec un 5e mandat. Quelle analyse faites-vous de cette évolution et surtout que pensez-vous de cette conférence nationale dont parlent les partisans de la continuité ?

En réalité, cela dépasse le quatrième ou le cinquième mandats. Le problème n’est pas tant celui d’une personne, en l’occurrence la personne du président de la République, mais d’un système incapable de se régénérer, à bout de souffle, et que ses partisans veulent maintenir coûte que coûte. Ils évoquent la chute des prix du pétrole comme argument pour justifier la faillite, alors que c’est faux. Il suffit de voir les chiffres officiels du ministère des Finances, des Douanes, de la Cour des comptes, des services de sécurité relatifs à l’évasion fiscale.

Il suffit de se référer aux crédits non remboursés, à la surfacturation, à la réévaluation des projets, à l’importation de containers pleins d’immondices, ainsi que la cascade d’affaires relatives aux détournements massifs de fonds publics via des marchés (publics) pour réaliser qu’il y a eu un pillage systématique des deniers publics par des prédateurs qui constituent aujourd’hui un danger pour le pays. La chute des prix du pétrole a fait tomber les masques sur la nature réelle du système et sur ceux au service desquels il s’est mis.

Quel que soit l’état de santé du Président, si on avait une Assemblée réellement élue qui exerce son pouvoir de contrôle, un gouvernement qui agit dans la transparence, une presse qui joue pleinement son rôle, une justice réellement indépendante, le pays ne serait pas ruiné, le Trésor public ne serait pas à sec et le gouvernement n’aurait pas dû avoir recours à la planche à billets d’une manière aussi aventurière. Il y a un tel délitement des institutions parce que le système agonise et on veut le maintenir quel qu’en soit le prix parce qu’il sert une minorité et les partis qui ne doivent leur survie et leur hégémonie qu’à la fraude…

Peut-on dire que la décision d’aller vers un 5e mandat émane de ces forces qui font le système, à savoir les partis qui existent grâce à la fraude et les oligarquesqui vivent des deniers de l’Etat ?

Ces forces ont fait en sorte qu’il y ait un 5e mandat. Le bilan qu’elles font du 4e mandat est en contradiction totale avec à l’état de délabrement du pays. A qui a profité le dernier mandat ? Nous sommes en régression dans les domaines économique et social, mais également sur le terrain des libertés. Le système est en crise. Il ne peut plus gouverner. Les institutions sont dans un état de délitement très avancé à cause de la collusion entre l’argent et la politique qui met en péril l’existence même de l’Etat. Cette minorité d’oligarques et de prédateurs a pillé des sommes colossales en devises et en dinars. L’Etat est gangrené de l’intérieur. Il risque de s’effondrer.

Qui contrôle l’ANDI ? on ne sait pas ? Qui contrôle les projets financés par la planche à billets ? Qui supervise la gestion de cette planche à billets qui a atteint des proportions épouvantables ? Les grands prédateurs qui ont des liens politiques ne paient pas leurs impôts. Les chiffres officiels font état de 12 500 milliards DA d’impôts non recouvrés à la fin de 2016. Par contre, les travailleurs, les petits commerçants, les petits agriculteurs, les professions libérales paient rubis sur l’ongle leurs impôts.

Qui, dans ce système, a le plus d’influence sur les centres de décision ? Est-ce les forces de l’argent ou les forces politiques ?

Les deux en même temps, nous parlons ici des forces politiques du système. En 2015, cette oligarchie est apparue au grand jour comme une force qui interfère ouvertement dans la politique. Des tentatives de caporalisation de toutes les institutions, l’Assemblée, le Sénat et même l’armée à travers l’industrie militaire étaient clairement affichées. Il y a eu une caporalisation du FLN avec l’injection dans le comité central de ministres qui n’ont jamais milité au sein de ce parti et une orientation dans ce sens ciblait les syndicats. L’oligarchie existe partout dans le monde, mais chez nous elle est prédatrice. Il y a, d’un côté, une minorité qui s’enrichit et, de l’autre, une majorité qui s’appauvrit.

Cette politique dure depuis 2016 et monte crescendo. La règle 51/49 dans les accords de partenariat est devenue un moyen de pillage. Les 51% pour les prédateurs et les 49% pour les étrangers. Tout récemment, le CPE n’a rien trouvé de mieux à dire que les entreprises publiques sont noyées dans des dettes, mais pourquoi ne pas parler des entreprises privées qui ne remboursent pas leurs crédits, ne paient pas leurs impôts et ne déclarent pas leurs employés ? L’année 2014 a marqué une rupture avec les trois premiers mandats durant lesquels il y a eu des oscillations, des régressions, mais aussi des redressements et des acquis.

Depuis 2015, c’est la descente aux enfers et c’est une supercherie que de dire que c’est à cause de la chute des prix du pétrole. La faute incombe au système. Jusqu’à 2012, au Parti des travailleurs on pensait qu’on pouvait réformer le système, pour peu que s’exprime la volonté politique au plus haut sommet de l’Etat. Le gouvernement a présenté des projets de lois relatifs aux libertés et à l’exercice de la politique porteurs de certaines avancées démocratiques. Mais les députés de la majorité les ont vidés de tout aspect de progrès. C’est devenu pratiquement des contre-réformes qui ont aggravé la décomposition et la pollution politiques.

C’est une majorité présidentielle, comment peut-elle être à contre-courant des décisions du Président ?

Il y a des intérêts partisans, mais il y a aussi les intérêts particuliers qui entrent en jeu et qui sont beaucoup plus forts que l’allégeance au président de la République. Cette allégeance est respectée tant que les intérêts ne sont pas touchés. En 2011, le Président avait promis des élections transparentes pour la construction d’institutions élues inattaquables et l’assainissement de la pratique politique. Où en est-on aujourd’hui ? C’est la décomposition totale.

Cette interférence des forces politiques et de l’argent dans la gestion de l’Etat n’est-elle pas la conséquence de l’affaiblissement du Président en raison de sa maladie ?

Certainement, mais si on avait des institutions qui fonctionnent selon les normes de la démocratie, la fonction du Président devient formelle. Nous sommes dans un régime présidentialiste. Les institutions sont en total délitement. Nous sommes arrivés à un point de non-retour. La situation sociale est effrayante. Le pays est en danger. Pour nous, cette élection pose la question de la sauvegarde de la nation en rapport avec la nature du système. En 2012, le Président a donné des orientations pour que les élections législatives soient transparentes amorçant les réformes politiques. Mais sur le terrain, c’est le contraire qui a été fait.

L’administration intervient ouvertement. Elle continue à le faire jusqu’à ce jour et de manière grossière. Lors des sénatoriales, des walis ont inscrit d’autorité des élus hors alliance présidentielle sur la liste du FLN, juste pour gonfler les chiffres et cette dérive s’est aggravée par rapport à la présidentielle du 18 avril. Des chefs de daïra ont donné des directives aux élus leur interdisant de signer pour d’autres candidats, hormis le Président-candidat. Ailleurs, c’est par le chantage aux projets que les élus locaux sont dépossédés de leur libre arbitre. Et depuis l’annonce de la candidature du Président, les élus sont sommés de donner la priorité à ses formulaires, donc ceux des autres candidats sont mis de côté. Plus grave encore, les formulaires pour la candidature du Président sont distribués parfois par l’administration. Des ministres en poste sont en campagne électorale et même l’ANP est impliquée par le sommet.

Avec une telle déliquescence, ne pensez-vous pas que l’option du 5e mandat ne soit pas celle du Président, mais celle de ceux qui l’entourent ?

La démarche de la conférence nationale véhiculait l’option de prolongation de mandat. Le Président voulait, nous disait-on, achever les réformes politiques profondes qu’il n’a pas pu réaliser durant le 4e mandat. Mais l’option est tombée à l’eau. Ceux qui ont intérêt à ce que cette situation perdure ont dû se battre avec acharnement pour que le Président se succède à lui-même. Ils pensent que ce mandat sera comme le 4e, même s’il y a des télescopages entre différentes institutions synonymes d’une crise majeure. Le système est figé. Il n’est même plus capable de trouver un candidat de rechange. Les forces politiques et les oligarques que le maintien du système arrange imaginent que cette situation de statu quo peut perdurer. Mais ils se trompent. L’histoire de l’humanité est faite de mouvements. Un statu quo, c’est en fait un mouvement entravé par quelque chose de figé à l’intérieur.

C’est en fait la régression, comme cela a été le cas durant le 4e mandat, avec néanmoins des luttes et des résistances. Le pays est en total dysfonctionnement. La corruption a atteint de telles proportions parce qu’il n’y a pas de justice indépendante, et que l’impunité des responsables est érigée en système. Lorsque je lis qu’un député est concerné par la dernière affaire de cocaïne et qu’aucune procédure de levée d’immunité n’est engagée, c’est qu’il y a problème grave. Des députés ont violé, ont été arrêtés avec des mineurs, d’autres sont coupables de crimes économiques mais n’ont jamais été inquiétés, même pas après la fin de leur mandat. Lorsqu’un ministre utilise sa fonction pour s’enrichir en octroyant des marchés à sa propre boîte, c’est-à-dire à sa personne, et signe sans vergogne de son propre nom sans que cela n’inquiète, c’est qu’il y a un problème grave.

Le garde des Sceaux en personne a reconnu le recours à l’achat des voix et des consciences, alors qu’il s’agit d’actes réprimés par la loi. N’est-ce pas là un aveu d’échec ?

C’est indiscutable, mais ce n’est pas le seul problème. Nous sommes dans une période de pré-campagne électorale.Tout responsable gouvernemental, à commencer par le Premier ministre, ou de toute autre instance exécutive nationale ou locale qui s’engage dans une campagne électorale doit quitter son poste. Sinon cela devient une pression sur les consciences et un abus de biens publics. Les aveux du ministre de la Justice auraient dû, à mon avis, entraîner la dissolution du Sénat. Il y a eu recours à l’achat de voix. Le ministre ne peut pas faire comme si de rien n’était. Aujourd’hui même, il y a des candidats qui achètent des signatures au su et au vu de tous. Parmi les 172 candidats qui ont retiré les dossiers, certains ont retiré les formulaires pour les faire signer et les revendre. C’est une pratique ancienne. La collecte des signatures n’est pas la même pour tout le monde. Ce système est gangrené. Il n’y a aucune brèche à colmater. Il n’est plus réformable. Il doit partir pour la sauvegarde de ce pays.

Mais les partisans de la continuité proposent la conférence comme solution à la crise. Est-ce possible ?

D’abord, le Président est candidat et il s’engage à faire des choses une fois élu. Je pense qu’il n’a pas besoin d’attendre après. Il peut faire beaucoup de choses maintenant…

En a-t-il le temps ?

Quand on a la volonté, on peut tout faire. Il parle de l’augmentation du pouvoir d’achat, pourquoi ne pas le faire tout de suite pour au moins réduire les souffrances de très larges couches de la population ? Cela est faisable. Je n’ai pas à douter ou pas de ses intentions, mais il est candidat pour un nouveau mandat, donc il doit soumettre, tout comme n’importe quel autre candidat, un programme, c’est-à-dire expliquer vers quel type de régime il veut aller et les réformes qu’il promet…

Ne voyez-vous pas que le contenu de cette lettre d’intention s’inscrit dans une logique de continuité et non pas d’un nouveau programme ?

Si c’est le cas, cela veut dire qu’il y a une contradiction majeure. On ne peut pas parler de réformes politiques profondes et en même temps parler de continuité et dresser un tableau paradisiaque de l’état du pays. S’il y a continuité, cela signifie que l’état actuel extrêmement dangereux, le délitement des institutions, la décomposition terrifiante, la défiance causée par la fraude et les politiques meurtrières vont s’aggraver. Encore une fois, la continuité du statu quo relève du domaine de l’impossible. D’abord, la colère gronde, même si je sais que le peuple algérien est responsable et refuse le chaos. Les réactions que nous enregistrons sont plutôt empreintes d’une profonde réflexion et une angoisse à l’idée que les choses restent en l’état. On ne peut pas faire du neuf avec du vieux. On ne peut pas faire appel au même personnel qui a ruiné le pays pour prétendre par la suite reprendre sur de nouvelles bases.

On ne peut pas compter sur des partis responsables de l’explosion de l’oligarchie et de la décomposition politique pour mener des réformes politiques profondes. Leur demander d’organiser des élections libres et démocratiques, c’est leur demander de se faire hara-kiri. La lettre parle de cette conférence qui est une sorte de foire d’empoigne qui pourrait enrichir la Constitution. Est-ce sérieux ? Cette conférence aurait pu avoir un sens si elle avait été organisée avant les élections pour qu’il y ait un débat autour de la situation et des solutions entre les acteurs politiques, pas pour décider d’une réforme constitutionnelle, mais pour baliser le terrain et dégager les dénominateurs communs possibles.

En réalité, celui qui veut réellement convaincre les Algériens qu’il est pour des réformes politiques profondes, il a deux choix : soit convoquer de vraies élections pour une Assemblée constituante qui discutera de la nature du régime politique, des bases d’une véritable démocratie, soit aller vers une élection anticipée réellement transparente d’une nouvelle Assemblée nationale, qui sera représentative et légitime pour réformer la Constitution voire même élaborer une nouvelle. Puis adapter toutes les nouvelles lois à la Constitution.

Si on veut aller vers ces réformes, il faut donner des garanties maintenant, pas après. Commençons par la séparation de l’argent de la politique, assurer la transparence du scrutin du 18 avril prochain, stopper la marche au totalitarisme en cours. Aller vers une conférence dans les conditions énumérées dans la lettre d’intention est un aveu d’échec et d’inexistence des institutions de la République. Si on la convoque, on dit aux Algériens que cette Assemblée n’en est pas une. Elle n’a ni les capacités, ni la légitimité, ni la crédibilité nécessaires pour réformer une Constitution. Je suis d’accord avec ce constat, tout comme je suis d’accord lorsque l’on dit indirectement que ce gouvernement n’est pas capable d’organiser ces réformes et que les critères pour la désignation des responsables doivent changer. Tout est donc à reconstruire. C’est ainsi qu’on peut parler d’amorce d’un renouveau.

Qu’en est-il du rôle de l’institution militaire ? A-t-elle joué un rôle dans ce choix ?

Personnellement, je ne le crois pas. C’est une lecture personnelle, même si on a demandé l’avis du chef de l’état-major comme c’est la tradition. Nous sommes des Algériens, nous voyons tous les jours comment les rapports de force se font et se défont, etc.

Mais en cas d’explosion sociale, c’est à elle que le pouvoir politique fait appel pour rétablir l’ordre…

Le Premier ministre a bien dit que les forces de la gendarmerie et de la police sont capables de maintenir l’ordre. Il fait dans la provocation. A partir d’Addis-Abeba, il a déclaré que le peuple algérien est heureux de l’annonce du 5e mandat. Il n’a pas le droit de parler au nom du peuple algérien, tout comme moi d’ailleurs et nul n’a le droit de le faire. Il ne peut pas attribuer au peuple algérien une position qu’il n’a pas exprimée. Il avait dit avant que personne n’avait le droit d’empêcher le Président de gagner. Il faut plutôt veiller à empêcher la fraude. Nous sommes pour le respect du libre arbitre. Pour le Premier ministre, en cas de contestation, il fera appel à la police et à l’armée.

C’est le propre des régimes impopulaires. Lorsque j’ai vu des hélicoptères de la gendarmerie lancer des grenades lacrymogènes sur les retraités et les mutilés de l’armée qui marchaient pacifiquement sur Alger, j’ai eu honte et peur. Lorsque ceux qui défendent la continuité se mettent dans l’état d’esprit de «ça passe ou ça casse», cela nous inquiète. Pour eux, le sort de la nation importe peu.

Est-ce cette crainte qui vous a poussée à exprimer votre sentiment de peur d’aller vers le scrutin ?

C’est la première fois que j’exprime un avis personnel en public. C’est une situation inédite et porteuse de tous les dangers… Nous n’avons jamais vécu cela, même durant la tragédie nationale. Aujourd’hui, l’Etat est très fragile et le fossé entre la majorité du peuple et les institutions de l’Etat est énorme.

Pourquoi est-on passé à un 5e mandat alors qu’il était question d’aller vers une succession en douceur ; est-ce en raison de l’absence de candidat idoine ou parce que le 5e mandat était dès le départ l’unique option ?
Je pense qu’il n’y a pas eu accord sur la succession en douceur.

Il n’y a pas eu accord ou pas de candidat idoine ?

Les deux en même temps parce qu’il est difficile de concilier les intérêts et visions des uns et des autres. Si je pars des critères qui, de mon point de vue, doivent présider au choix d’un candidat, je verrais un candidat patriote qui préserve et renforce la souveraineté nationale. Un candidat propre et compétent, et ce, même s’il a été dans le système, mais qui s’engage sur le terrain de la démocratie, de la rupture véritable avec le système, de la lutte contre la corruption, qui met un terme au pillage, etc. Un tel candidat dérange beaucoup d’intérêts. Ceux qui veulent maintenir la continuité ne veulent pas d’un homme pareil. Il les bousculerait. Il les éjecterait des centres de décision.

Toutes ces démarches vouées à l’échec n’étaient-elles pas finalement engagées juste pour gagner du temps ?
En fait, nous ne sommes pas devant un bloc homogène. Une jonction s’est opérée entre des appareils politiques et des centres d’intérêts économiques, financiers et commerciaux. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que la décision d’aller vers un 5e mandat a été prise bien avant. Jusqu’au début du mois de janvier, il y a eu réellement une tentative de trouver une issue. Après, le débat tournait autour de la conférence nationale qui faisait partie de la démarche. Le Président n’allait pas se représenter mais, nous disait-on, il voulait parachever les réformes qu’il n’a pas pu mener avant d’achever son mandat. Puis, la conférence nationale est tombée à l’eau parce qu’elle n’a pas suscité d’adhésion.

Ne pensez-vous pas que l’objectif du 5e mandat est de permettre au Président de finir au pouvoir en tant que tel ?

En fait, le 4e mandat avait pour objectif des réformes politiques profondes, pour laisser, comme l’avait déclaré le Président en 2012 à Sétif, une Algérie sereine et prospère. Mais comme la politique a horreur du vide, durant ces cinq dernières années, il y a eu un recul sur le terrain démocratique et une régression terrible sur le plan socioéconomique. Le 4e mandat ne ressemble ni au 3e, ni au 2e, ni au 1er. C’est le trou noir. Comment remonter la pente ? La réponse était censée être apportée par cette conférence nationale et dans un délai de 2 ans, pas plus. Le 5e mandat est-ce uniquement pour parachever les réformes ? Pourquoi faire le bilan de 20 ans ? Le bilan du 4e mandat a été contourné non pas parce qu’il n’y a rien eu, mais plutôt parce que ce qui a été fait n’est pas présentable. C’était la chute libre.

Un 5e mandat après un 4e marqué par un échec, n’est-ce pas là un forcing des partisans de la continuité ?

C’est certain. Je l’ai vu le jour de son investiture en 2014. Nous avions eu des échanges de propos. Certes, il ne marchait pas, mais tenait une discussion. Il m’a même posé des questions sur ma campagne électorale, sur l’Assemblée constituante, le système LMD, etc. Cela veut dire qu’il suivait l’actualité. On devait poursuivre la discussion, mais je ne l’ai plus revu. Juste après, il y a eu une montée d’une extrême violence de l’oligarchie, puis la caporalisation des institutions. Je sais qu’il intervient parfois pour remettre de l’ordre dans certaines situations, et je reconnais ses idées à travers certaines décisions. Je ne peux pas dire que ce sont ces forces qui ont opéré le forcing pour imposer le 5e mandat, parce que je ne sais pas ce qui s’est passé. J’ai interpellé tous les patriotes, y compris ceux qui sont dans les institutions pour que le peuple algérien puisse exercer sa souveraineté, qu’il n’y ait pas de répression, ni contre ceux qui ne veulent pas participer, ni pour imposer un choix. Car pour nous, ce scrutin est lourd de dangers.

Certains accusent le PT de retarder sa décision de participation ou non à l’élection parce qu’il attendait celle du Président. Est-ce le cas ?

A moins d’avoir des garanties de l’extérieur et ou d’une fraction de l’armée, aucun candidat ou parti sérieux ne peut considérer la candidature du Président comme un fait anodin voire une question secondaire car, pour nous, ce n’est pas tant la question de la personne du Président, mais du rapport entre sa candidature et l’impasse dans laquelle le système périmé a plongé le pays et veut le maintenir pour assurer sa survie ; elle est donc en rapport avec la nature du scrutin et de l’aggravation de la crise car les partisans du maintien du système deviennent de plus en plus fous et incontrôlables.

Cela est vérifié sur le terrain à travers les dépassements gravissimes depuis l’annonce de la candidature du Président. En ce qui nous concerne, c’est la première fois que nous nous retrouvons devant une situation d’une telle complexité. J’ai exprimé ma position personnelle sans exercer de pressions sur les consciences. J’ai laissé le débat libre. Il faut différencier le boycott de l’abstention. Jamais le PT n’a été pour le boycott. Cette position ne s’arrête pas au fait de ne pas voter et d’appeler à ne pas voter ; elle peut aller jusqu’à empêcher le déroulement du vote. Cela devient une atteinte à la liberté de conscience et peut provoquer des désastres incontrôlables. Nous sommes contre de tels dérapages. Nous voulons que les Algériens aient le choix de s’exprimer librement. Tout comme nous sommes contre la fraude et contre ceux qui empêchent le libre choix..

Que pensez-vous de cette initiative de certains partis de l’opposition qui veulent aller à l’élection présidentielle avec un candidat unique ?

Ce type de démarche dans des périodes de crise comme celle que traverse notre pays est très dangereux. De plus, je vois mal un des candidats se désister en faveur d’un autre. Chacun des trois candidats les plus en vue qui ont annoncé leur candidature clame haut et fort qu’il sera élu. Dans une situation de crise, lorsqu’il y a un candidat président sortant et un autre de l’opposition, cela crée une bipolarité. Ce qui ouvre la voie à la confrontation, puis à une ingérence étrangère. Dès lors que les résultats sont contestés par le candidat de l’opposition – souvent issu de l’intérieur du système –, cela devient un conflit ouvert. Nous avons les cas des pays de l’Europe de l’Est, comme la Géorgie, l’Ukraine, et de nombreux Etats africains.

Dernièrement, au Congo, c’est le ministre des Affaires étrangères français qui a contesté publiquement l’élection. Au Kenya, en 2017, l’administration américaine est intervenue pour imposer un partage du pouvoir entre les deux candidats alors que leurs programmes étaient très différents.

En fait, les exemples sont légion concernant des scrutins présidentiels qui ont provoqué la guerre civile. Nous voulons des élections algériennes sans interférences étrangères. Pour que les élections restent algériennes, chaque candidat doit présenter son programme aux Algériens et non pas à l’extérieur.

Celui qui donne des gages à l’extérieur et reste très vague ou évasif sur son programme ne peut que soulever des interrogations. Bien évidemment, la responsabilité du gouvernement et donc de la présidence, est totale concernant la préservation de la souveraineté nationale en rapport avec le scrutin du 18 avril. En clair, si le scrutin n’est pas libre et transparent, il portera la responsabilité des dérives qui peuvent survenir. Pour autant, il est hors de question pour nous de cautionner un appel à l’ingérence étrangère émanant d’un candidat.Tout comme nous combattons la fraude, nous combattons une telle attitude aventurière et antinationale. Car, pour nous, les solutions aux problèmes doivent rester exclusivement algériennes.

 


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