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vendredi, 24 janvier, 2020
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L’islamologue Ghaleb Bencheikh à Alger : «L’islam n’est pas un mode de gouvernance»

11 janvier 2020 à 10 h 04 min

L’islam et la démocratie ne sont pas dans le même registre. Le premier est une tradition religieuse et un système pourvoyeur d’éthique et d’élévation spirituelle. Il n’est pas un mode de gouvernance. Ce qui n’est pas le cas pour la démocratie, qui veut que ce soit le pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple.» C’est en ces mots que l’islamologue Ghaleb Bencheikh El Hocine a choisi de commencer sa conférence, tenue jeudi, au Centre culturel du moudjahid à Alger.

Organisée par les associations Sauvons La Casbah d’Alger et Arts et patrimoine d’Alger, cette conférence, portant sur le thème «Islam et démocratie», a vu l’animation d’un vif débat autour de plusieurs sujets, dont essentiellement le hirak, qui était hier à sa 47e semaine, l’Etat islamique et civil, la laïcité, l’égalité dans les droits et devoirs entre les hommes et les femmes ainsi que les dérives idéologiques qui prennent en otage l’islam.

Président de la Fondation de l’islam de France (FIF) et de la Conférence mondiale des religions pour la paix, M. Bencheikh a estimé que le hirak est un formidable sursaut du peuple algérien et un mouvement impressionnant qui a dévoilé au monde entier l’engouement de la jeunesse algérienne pour un Etat de droit et de civilisation. Selon lui, ce mouvement populaire a levé tout doute sur le caractère pacifique et civique du peuple algérien. Pour lui, la démocratie telle que ses différentes définitions la schématisent n’est pas la même et diffère d’un pays à l’autre. «En Algérie, nous sommes bien loin de cette démocratie qui exige l’égalité dans les droits et les devoirs entre les hommes et les femmes, l’alternance au pouvoir et l’équilibre entre le pouvoir et le contre-pouvoir», constate-t-il avant de rebondir sur la relation entre la religion qu’est l’islam et ce mode de gouvernance. Pour lui, aborder la relation entre l’islam et ce mode de gouvernance n’est pas d’une grande pertinence étant donné que ce sont deux choses différentes.

La laïcité, l’athéisme et l’Islam

Dans ce volet, il évoque le sujet de la laïcité. Pour l’islamologue, «être laïque ne veut en aucun dire devenir athée. La laïcité n’est autre que la séparation entre la religion et la politique». Pour lui, cette séparation de la religion des modes de gouvernance lui permet d’être libre des idéologies des uns et des autres, de la manipulation et des différentes compréhensions, incompréhensions et intérêts. Il cite, dans ce sens, l’exemple du prêche du vendredi, dont le thème est commandé par le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs.

Il estime que cela transforme l’imam en fonctionnaire, alors que l’imam doit choisir le thème de son prêche selon les spécificités de sa région et ses besoins d’actualité. Selon lui, l’islam, ou plutôt le terme en lui-même, est pris en otage. Il cite dans ce sens la barbarie et l’horreur de Daech qui se proclame islamique. «Si l’on doit s’attarder sur la démocratie et l’islam en Algérie, le plus urgent est de sauver cette nation algérienne malade d’une religiosité aliénante, d’une raison religieuse dévote et de la pensée magique qui favorise la démission de l’esprit, l’abdication de la raison, le néantissement de la réflexion et l’agonie de l’intelligence. On ne peut la soigner si nous sommes dépourvus de l’étique du dialogue et du désaccord», ajoute-t-il. Dans une déclaration choquante, il réfute la présence d’un modèle de gouvernance islamique. Il cite, à titre d’exemple, la République islamique d’Iran, dont le mode de fonctionnement est identique aux autres républiques du monde. L’unique différence est, selon ses propos, dans la forme, voire dans l’uniforme imposé aux hommes et aux femmes.

Respect des dignités et des libertés

Pour construire un Etat démocrate, il faut, selon M. Bencheikh, respecter la dignité des uns et des autres, leurs libertés et instaurer l’égalité entre hommes et femmes. Pour lui, les avancées qu’avait apportées l’islam, il y a 14 siècles de cela, doivent également évoluer. «A l’époque, les femmes ne travaillaient pas ou peu. Aujourd’hui, les choses ont changé et les femmes et les hommes travaillent côte à côte. D’où justement ce besoin de revoir tous ces acquis et les mettre à jour avec les nouveautés imposées par ces temps modernes», déclare M. Bencheikh, qui cite justement dans ce sens l’histoire de l’égalité dans les parts d’héritage.

Pour lui, l’interprétation du Coran est variable. Il est également tout à fait possible, dans un Etat laïque, de recourir à la loi positive. Ces déclarations ont suscité un vif débat parmi les présents à cette conférence, qui s’est tenue au Centre culturel national du moudjahid. Selon Nahla El Fatiha Naili, présidente de l’association Arts et patrimoine d’Alger, cette rencontre ouvre le bal d’une série de conférences portant sur l’héritage culturel et spirituel de l’Algérie. Cette démarche vise à lutter contre la violence extrémiste et s’en prévenir par la science, l’éducation et la culture.
   

Asma Bersali


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