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Arrestations et emprisonnements de militants du hirak : L’inquiétude monte

23 juin 2020 à 10 h 11 min

Des dizaines de militants et activistes du hirak ont été arrêtés, poursuivis ou condamnés pour leurs publications sur Facebook. Vendredi dernier, plus de 500 personnes ayant pris part aux marches ont été arrêtées, selon le CNLD, et une centaine d’entre elles ont été présentées devant la justice. Selon les militants des droits de l’homme, la chasse aux hirakistes s’est accentuée depuis le mois de mars dernier.

Arrestations, condamnations à des peines de prison, contrôle judiciaire, procès en cascade… Les «sanctions» pleuvent sur les militants et activistes du hirak qui repeuplent à nouveau les prisons du pays, après la fermeture rapide de la parenthèse de janvier dernier, lorsque les autorités avaient décidé de remettre en liberté des dizaines de détenus d’opinion.

Alors que les observateurs et les acteurs politiques s’attendaient à de nouvelles mesures d’apaisement pour enclencher un processus de règlement de la crise actuelle, c’est le contraire qui s’est produit.

La poursuite en justice des «têtes d’affiche» du mouvement populaire prend, depuis le mois de mars dernier, des proportions alarmantes. On ne sait pour quel objectif le pouvoir est passé à la vitesse supérieure dans sa chasse aux hirakistes, avec une nouveauté cette fois-ci : l’engagement de poursuites pour des propos diffusés sur le réseau social Facebook. Le droit à l’expression devient désormais «un nouveau délit».

En effet, les craintes exprimées par les défenseurs des droits de l’homme après la présentation, en mars dernier, du projet de loi sur «la discrimination et le discours haineux» s’avèrent finalement justifiées.

Depuis son entrée en vigueur, le texte a servi plutôt de prétexte pour fouiner dans l’espace bleu et les pages des activistes afin de déceler «la moindre preuve» nécessaire pour justifier leur arrestation et emprisonnement.

Chaque semaine, ou presque, les défenseurs des droits de l’homme et le Comité national pour la libération des détenus d’opinion (CNLD) signalent des arrestations, des procès et des condamnations lourdes contre des acteurs, trop visibles, du hirak.

«La pandémie est mise à profit par le pouvoir pour durcir la répression. Plus de 200 personnes ont été arrêtées à leur domicile pendant le confinement, journalistes, activistes connus ou anonymes, essentiellement pour délit d’opinion, pour leurs propos tenus sur les réseaux sociaux qui sont contraires à l’agenda du pouvoir», s’alarme Saïd Salhi, vice-président de la LADDH.

Des accusations standards

Les personnes arrêtées, durant ces derniers mois, sont toutes accusées des chefs d’inculpation standards : «incitation à attroupement», «atteinte à l’intérêt et l’unité nationale» et «offense»… La moindre critique émise sur les réseaux est considérée, selon les avocats, comme un délit, selon le nouveau moule des scrutateurs à temps plein du Net.

Les militants, Hakim Addad, Fodil Boumala, Amira Bouraoui et l’ensemble des jeunes ayant fait l’objet d’arrestation durant ces dernières semaines ont tous été interrogés par les services de sécurité, puis par la justice, sur leurs publications sur Facebook.

Hakim Addad a été, rappelons-le, placé sous contrôle judiciaire. De son côté, Fodil Boumala a été mis sous mandat de dépôt, avant d’être libéré le lendemain.

Quant à Amira Bouraoui, elle a été jugée en comparution immédiate et condamnée à un an de prison ferme avec mandat de dépôt à l’audience. Environ une soixantaine de jeunes, selon le CNLD, ont été aussi placés en détention provisoire ou condamnés à une lourde peine pour toujours leur activisme sur… le Net.

Plus de 500 personnes arrêtées vendredi 19 juin

Outre la traque du virtuel, la chasse du réel prend aussi de l’ampleur. Vendredi dernier, plus de 500 personnes ayant participé à des marches du hirak et rassemblements ont été arrêtées dans 23 wilayas.

Craignant visiblement une reprise du mouvement, les autorités ont déployé  une armada de policiers pour empêcher les actions initiées par des hirakistes. Le plus grand nombre d’arrestations a été enregistré à Tizi Ouzou (150 manifestants) et à Béjaïa (32 marcheurs). Certes, la plupart ont été relâchés sans poursuite.

Mais une centaine de personnes sont maintenues en garde à vue et ont été présentées, dimanche et lundi, devant les tribunaux. Ces derniers n’ont pas hésité à recourir à la mesure exceptionnelle, devenue la règle, selon les avocats, de placement sous mandat de dépôt de nombreux manifestants, notamment à Bouira, Tlemcen et Annaba.

Cette méthode, estime la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), «ne règle pas la crise politique actuelle».

L’organisation présidée par Me Nourreddine Benissad  condamne, dans un communiqué, «vigoureusement cette répression qui constitue une atteinte caractérisée aux principes fondamentaux des droits de l’homme, dont le droit à la liberté d’expression et de rassemblement pacifique».

La LADDH, lit-on dans le même communiqué, «s’alarme d’une situation grave et dangereuse où l’on fait jouer à la justice un rôle qui n’est pas le sien».

«Une crise politique marquée par un déficit abyssal de confiance entre les citoyens et les autorités n’est pas soluble dans les commissariats, les tribunaux et les prisons», souligne la ligue, qui préconise «un dialogue sérieux sur les revendications citoyennes portées par le hirak».

Celui-ci, lit-on dans le même communiqué, doit être précédé par l’arrêt des atteintes aux libertés qui créent un surcroît de tension. «Ce dialogue est à même de faire sortir le pays de la dangereuse impasse où il est délibérément mis», note la LADDH. 



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