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Dr Lyes Merabet. Médecin et président du SNPSP

«L’information a été gérée de façon administrative et politique»

25 août 2018 à 0 h 56 min

– Plusieurs cas de choléra sont confirmés à travers le territoire national. Quelles en sont les causes possibles ?

Le choléra est une maladie infectieuse contagieuse, transmissible par voie hydrique essentiellement. Elle relève de la liste des maladies à déclaration obligatoire.

Le vibrion cholérique (l’agent infectieux en cause) est de transmission oro-fecale ; il peut se transmettre à travers les mains sales ou la consommation d’aliments souillés. Mais la voie principale de contamination est la voie hydrique, d’où la classification du choléra parmi les maladies à transmission hydrique (MTH).

– Pourquoi les autorités ont-elles tardé pour déclarer cette maladie ?

Pour la déclaration, les médecins ainsi que les services de prévention rattachés aux établissements de santé sont tenus de déclarer les cas suspects et demander les examens complémentaires nécessaires à la confirmation du diagnostic. L’autorité sanitaire est la seule habilitée à déclarer officiellement la maladie.

La cause de ce retard est le fait que l’information a été gérée de façon administrative et politique. Il faut savoir également que le secteur de la santé, dans ce genre de situation sanitaire, est victime de la défaillance dans plusieurs autres secteurs, mais aussi de l’incivisme de la population.

– De quels secteurs s’agit-il ?

Les pénuries d’eau poussent les citoyens à s’approvisionner à partir de plusieurs sources et à stocker l’eau dans des conditions d’hygiène pas toujours idéales. Il y a la vétusté des réseaux d’alimentation en eau potable et des eaux usées, ainsi que l’absence de réseaux d’assainissement pour les constructions illicites et l’utilisation des fosses septiques parfois à proximité des nappes phréatiques. Des eaux usées sont utilisées dans l’’irrigation des terres agricoles.

Les marchés informels des fruits et légumes qui pullulent dans nos villes et au bord de nos routes proposent à la consommation des produits non contrôlés et sans aucune traçabilité. Il y a également ces dépôts sauvages d’ordures autour des zones urbaines.

Donc, vous remarquerez de par ce constat que les secteurs concernés sont les collectivités locales à travers leurs différents services de voiries chargés d’alimenter la population en eau potable. D’autres secteurs le sont aussi : le commerce, l’agriculture et les services de sécurité doivent tous lutter pour endiguer les risques de contamination. C’est un problème d’hygiène publique et de sécurité.

– On parle actuellement de l’absence de prise en charge au niveau des établissements hospitaliers. Qu’en dites-vous ?

Ce n’est pas vrai. Je ne peux que rassurer nos concitoyens sur la disponibilité des conditions et des moyens de prise en charge. Et je tiens justement à saluer tout le personnel soignant mobilisé dans l’ensemble de nos structures de santé. Il faut savoir qu’ils sont tous exposés à la menace de la contamination. Je cite les médecins, infirmiers, agents polyvalents, ambulanciers, agents d’accueil et femmes de ménage.

Je tiens également à rassurer quant au traitement qui reste simple : on procède à l’hospitalisation des cas suspects ou confirmés et qui sont immédiatement placés en isolement. Une démarche importante et obligatoire vu que le malade reste contagieux pendant 7 à 14 jours.

Les malades sont réhydratés par voie orale ou par perfusion. Ils sont aussitôt mis sous traitement antibiotique. L’entourage du malade est aussi examiné et des prélèvements d’eau et des selles sont faits. Les visites des malades sont interdites pour éviter le risque de contamination. Dans plus de 80% des cas, l’évolution est favorable.

– Est-ce que nos établissements hospitaliers sont prêts pour y faire face ?

C’est selon l’étendue de l’épidémie. A ce niveau-là, je pense qu’il n’y a pas de soucis. On verra pour la suite. Cependant, c’est une occasion pour nous tous de corriger nos mauvaises habitudes et revenir au respect des normes et de la réglementation en vigueur. Le vibrion cholérique ne doit pas se trouver dans un verre d’eau.

Il est aussi capital de donner de l’importance et de l’autorité aux services d’hygiène et de sécurité sanitaire concernés, ceux qu’on appelle communément chez nous les BHC (Bureaux d’hygiène communaux) qui sont sous la responsabilité des présidents d’APC mais qui manquent considérablement de moyens humains et matériels.


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