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Mohamed Lahlou. Membre fondateur du FFS : «Les tiraillements à l’intérieur de l’instance présidentielle du parti ont ruiné l’esprit de collégialité»

23 juin 2020 à 10 h 08 min

Mohamed Lahlou, professeur en psychologie, est un des membres fondateurs du FFS de 1989. Nous l’avons sollicité pour nous donner un meilleur éclairage sur la crise qui secoue le FFS, particulièrement après la disparition de son leader, Hocine Aït Ahmed…

– Monsieur Lahlou, le FFS est traversé depuis plusieurs mois par une crise interne qui dure dans le temps… Comment expliquez-vous cette situation et pouvez-vous nous éclairer sur les raisons de cette discorde qui ternit l’image du parti ?

Vous faites bien de rappeler que le FFS est en crise depuis plusieurs mois. Il l’est en fait depuis plusieurs années, et ce, depuis le décès de Hocine Aït Ahmed. Les crises sont devenues récurrentes et de plus en plus graves.

La mort du leader du FFS a laissé un grand vide, non pas parce qu’il n’y avait pas de militants et de cadres intègres et compétents pour assurer la relève, mais parce que son aura ne pouvait avoir ni de successeur, ni de remplaçant.

C’est ce qui est toujours arrivé avec les grands hommes de par le monde.

De son vivant et très tôt, Aït Ahmed, qui a toujours été contre le ‘‘zaïmisme’’, a voulu l’éviter au FFS, en optant pour des responsabilités tournantes.

C’était une belle expérience de démocratie et de formation à la démocratie, mais cela n’a pas empêché la multiplication des ego. Le congrès de 2013 a essayé de réduire les appétits de pouvoir en instaurant une Instance présidentielle (IP) de cinq (5) membres.

C’était également une idée judicieuse, mais toutes les grandes idées ont leur perversion ; et les tiraillements à l’intérieur de l’IP ont ruiné l’esprit de collégialité. La réflexion sur les orientations politiques du ffs et la consolidation de ses structures de base ont conduit à l’improvisation en matière de décision et à la clanisation du fonctionnement institutionnel.

Pendant ce temps, la préparation du 6e congrès qui était une des missions de l’IP a été mise aux oubliettes et le ffs s’est retrouvé face à un vide politique.

L’unité du parti a laissé place aux effets des appétits individuels et à des tensions claniques sur le plan organique. Tout cela a entraîné une marginalisation des compétences et une désertion des structures par les militants. Le FFS s’est retrouvé pratiquement nu.

– Une partie de la direction du FFS appelle à la tenue d’un congrès du parti que vous avez rejeté à travers un appel rendu public récemment. Pourquoi ?

Il faut d’abord préciser les choses : ce n’est pas une partie de la direction du parti qui a appelé à la tenue d’un congrès, puisque le FFS se retrouve sans direction, mais ce sont d’anciens responsables autoproclamés qui ont décidé d’organiser un congrès extraordinaire.

Il faut rappeler que le FFS a hérité, en 2013, d’une première IP qui a montré son incapacité à construire un consensus pour aller à un congrès national en 2017. Cette première IP a éclaté dans un climat de règlements de comptes et de querelles de pouvoir.

Une session extraordinaire du congrès national a été convoquée pour le 20 avril 2018 par le Conseil national réuni en session extraordinaire, en application des statuts et en respectant les formes. La mission de cette IP était de préparer le 6e congrès national dans un délai maximum de deux ans.

Les conflits personnels et claniques ont rejailli avec encore plus de virulence au sein de cette seconde IP. Le siège national du ffs a été l’objet d’assauts répétés pour son occupation et sa récupération. Le ffs a connu ainsi une véritable descente aux enfers.

Entre-temps, le délai de réunir un congrès national s’est écoulé et a ruiné l’espoir d’une sortie de crise consensuelle.

Trois membres de l’IP ont présenté leur démission, entraînant de fait sa dissolution et la neutralisation de toutes les structures créées par l’IP, dont le secrétariat national et le comité d’éthique. En même temps, la convocation d’un congrès extraordinaire était présentée comme une issue à la crise. 

C’est dans ce contexte que nous avons lancé un appel à un congrès d’unité et de rassemblement pour mettre fin à toutes les activités fractionnelles.

Cet appel a été signé par plus de 500 militants, parmi lesquels des anciens de 1963, des membres fondateurs de 1989, d’anciens membres des directions et des conseils nationaux antérieurs.

Il s’agissait, en appelant à un congrès de rassemblement, de tirer les leçons d’une situation qui risquait de conduire le ffs à encore plus de conflits et de fractures.

Un groupe d’anciens membres de l’IP et du secrétariat national ont pris sur eux la décision de réunir un congrès extraordinaire, d’autorité et sans passer par le Conseil national, comme le stipule l’article 31 des statuts du FFS votés par le congrès national de 2013.

Cette violation des statuts constituait une volonté de passer en force et contre la légitimité démocratique du parti. C’est pour cela que nous avons considéré comme illégal et illégitime un appel à un congrès antistatutaire.

– Que proposez-vous pour une sortie de crise salutaire, sans qu’aucune partie ne soit lésée dans ses droits ? Est-ce qu’un consensus est possible au sein du FFS ?

Pour aller à une sortie de crise, il faut identifier les tenants et aboutissants des problèmes qui sont à l’origine de cette crise. J’ai déjà évoqué la chronologie des faits et leur contexte.

Le congrès extraordinaire a été convoqué pour les 9 et 10 juillet prochain, en dehors de toute légitimité et sans le respect des différentes dispositions prévues par les différents articles des statuts du parti.

En vertu de ces statuts, il est écrit que «le congrès national, instance souveraine du parti… peut se réunir en session extraordinaire à la demande de l’IP ou des 2/3 des membres du Conseil national».

C’est cette disposition fondamentale qui n’a pas été respectée, alors qu’elle l’avait été pour la tenue du congrès extraordinaire de 2018. Il y va, donc, de l’éthique de FFS et de ses valeurs démocratiques.

Cette situation a pris une telle ampleur que les militants et représentants de la base du parti ont tenu une série de réunions, au cours desquelles ils ont exigé le respect des statuts et la convocation du Conseil national en tant «qu’instance délibérante et de contrôle qui arrête les positions du parti dans le respect des résolutions du congrès».

L’application des statuts est un engagement de chaque militant et de toutes les structures légales du parti ; elle constitue une protection du parti contre tous les abus et toutes les dérives.

C’est autour du respect des statuts que se construiront un consensus et une issue de sortie de crise.  Il appartient au Conseil national de s’autosaisir pour une réunion dans les meilleurs délais afin d’étudier la situation et de prendre ses responsabilités à un moment crucial de la vie du FFS.

– Quel regard portez-vous sur la situation actuelle du pays en butte à une grave récession due à la Covid-19 ?

Durant toute son histoire, le monde a connu régulièrement des épidémies violentes et durables, mais c’est la première fois qu’une épidémie a donné lieu à autant d’angoisses, de travaux scientifiques, de sauvetages économiques ou de réflexions philosophiques en un temps aussi courts. Pendant près de six mois, le monde a été tétanisé et a réagi sur la base d’hypothèses et d’approximations.

Aucun pays n’était vraiment prêt pour mettre en place un dispositif sanitaire, économique et social en forme de prêt-à-porter. Notre pays n’a pas échappé à toutes les conséquences de cette épidémie, et pire encore, il l’a reçue comme un boomerang à un moment politique crucial de fracture entre les différents partenaires politiques, économiques et sociaux.

L’épidémie de la Covid-19 est arrivée à un moment où l’Algérie était en perte de vitesse ou en quête de repères de sortie de crise face à un déficit de confiance important entre les opérateurs politiques et une société en ébullition.

Même la décision d’un choix thérapeutique a été prise comme un sauvetage sanitaire et aussi politique pour stopper l’épidémie et réduire le mécontentement socio-politique. La preuve en est que l’Algérie figure parmi les pays africains qui ont été le plus touchés par l’épidémie.

Durant toute cette période, beaucoup de clignotants se sont allumés chez nous pour indiquer également les nécessaires réajustements qui doivent être entrepris sur tous les plans : politique, économique, social, sanitaire, éducatif, etc. Il ne s’ agit pas de prôner l’impossible repli sur soi, mais de penser à un compter sur soi possible.

Cela commence d’abord par tourner le dos aux fonctionnements politiques dépassés qui ont provoqué un malaise dont on sort difficilement. Il nous faudra vite arrêter avec les sentiments et les déclarations d’autosatisfaction qui ne sont qu’un déni de la réalité. 



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