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Paiement de rançons en contrepartie de la libération d’otages : Les révélations accablantes d’un terroriste

07 décembre 2020 à 11 h 00 min

Diffusées sur les chaînes de télévision privées et publiques, les déclarations du terroriste «Mustapha Al Djazaïri», de son vrai nom Mustapha Derrar, sur l’échange de plusieurs centaines de terroristes et le paiement d’une rançon de plusieurs dizaines de millions d’euros contre la libération de trois otages, une Française et deux Italiens, ont mis la lumière sur l’implication directe des autorités françaises et maliennes dans cette transaction, dont les conséquences sur la sécurité du pays seront très lourdes.

Le périple du terroriste «Mustapha Al Djazaïri», de son vrai nom Mustapha Derrar, en Libye et au nord du Mali, ses interrogatoires musclés par les militaires français et maliens, lors de son arrestation et de sa longue détention à Bamako, son élargissement dans le cadre de la libération des otages détenus par Daesh et Iyad Ag Ghali, son transfert à Kidal et son retour en Algérie, lèvent une partie du voile sur la présence des organisations terroristes au nord du Mali.

Parti pour rejoindre le groupe de Belmokhtar, qu’il dit «mort et enterré» en Libye, il nous livre des informations inquiétantes sur l’implication des militaires français dans le paiement de 30 millions d’euros et la remise dans la nature de plus de 200 terroristes au nord du Mali, contre la libération des otages.

Diffusées sur les chaînes de télévision privées et publiques, les déclarations du terroriste «Mustapha Al Djazaïri», de son vrai nom Mustapha Derrar, après son arrestation à Tlemcen, sur l’échange de plusieurs centaines de terroristes et le paiement d’une rançon de plusieurs dizaines de millions d’euros contre la libération de trois otages, une Française et deux Italiens ont mis la lumière sur l’implication directe des autorités françaises et maliennes dans cette transaction, dont les conséquences sur la sécurité du pays seront très lourdes.

Après une longue procédure, une autorisation nous a été donnée pour rencontrer Mustapha Derrar.

Son regard, ses yeux, sa gestuelle, laissent transparaître les stigmates d’une vie dramatique, inhumaine et violente qui l’ont poussé au voyage vers l’inconnu.

«Je suis passé par tout. L’alcool, la drogue, les femmes, mais à je n’ai jamais fait quelque chose qui puisse contrarier Dieu. Je voulais fuir l’enfer dans lequel je vivais», dit-il, avant de commencer son récit.

A chaque fois, il revient à «maudire» sa vie comme pour justifier son voyage vers l’inconnu, en précisant : «Je voulais mourir, mettre un terme à mes souffrances. En 2009, j’ai essayé de rejoindre l’Europe, en passant par le Maroc, mais j’ai été arrêté et renvoyé en Algérie.

Comme je n’avais rien à perdre, ni famille, ni enfants ni biens, j’ai alors décidé de rejoindre les groupes armés en Libye. C’était vers la fin de 2011. J’ai fait le voyage par bus d’Oran, Tlemcen, Ouargla, Hassi Messaoud, puis Debdeb, par où j’ai rejoint le territoire libyen à pied.» Mustapha se rappelle de tous les détails.

D’abord son arrestation par un groupe de rebelles armés. «Ils étaient à bord d’une Toyota Station et portaient des armes lourdes. Ils m’ont acheminé vers un campement à Ghadamès, où ils m’ont torturé. Ils ne m’ont pas cru lorsque je leur ai dit que je voulais rejoindre les groupes terroristes de Mokhtar Belmokhtar.

Après un mois de souffrances, ils ont décidé de me renvoyer vers l’Algérie. De Debdeb, et après un court séjour, je suis retourné à Tlemcen, mais je ne pouvais supporter l’enfer dans lequel j’étais, sans toit, sans famille et sans travail stable. J’ai décidé de rejoindre les groupes armés au nord du Mali qui combattent les troupes françaises. C’était vers novembre 2012», raconte notre interlocuteur. De Tlemcen, il rejoint par bus Adrar, au sud-ouest.

«L’émir m’a désigné pour entraîner une cinquantaine d’enfants maliens.» «Durant plus de deux mois, j’ai travaillé comme maçon, à Bordj Badji Mokhtar et à Timiaouine, le temps de ramasser un peu d’argent pour rejoindre la ville malienne Al Khallil, où on pouvait payer des places à bord de Toyota Station, appartenant à des touareg, pour rejoindre la ville de Gao. Une fois arrivé, j’ai demandé aux gens de m’orienter vers les campements des groupes armés.

Ils m’ont dirigé vers un centre de la police islamique du Mujao (Mouvement de l’unité et le djihad pour l’Afrique de l’Ouest) que dirigeait Abdelhakim El Mauritanie et qui a rejoint par la suite le groupe de l’Etat islamique, dont il est le chargé de l’information.

Dans le camp, il y avait de nombreux terroristes égyptiens qui voyaient mal ma venue, sans aucune recommandation, parmi eux, mais j’ai réussi à convaincre Abdelhakim et le mufti, Abou Mohamed Al Masri.

J’ai été transféré par l’Emir de l’organisation, Ahmed Ould Ammar (tué en 2015), avec le terroriste tunisien, Abou Abderrahmane Etounsi, vers un campement d’entraînements situé non loin de l’aéroport de Gao, où se trouvait une cinquantaine d’enfants maliens, encadrés par une dizaine de terroristes», raconte Mustapha.

Son passage par les forces spéciales de l’ANP, lors de son service national, a fait de lui l’homme idéal pour entraîner de jeunes garçons âgés de 10 à 15 ans, au maniement des armes et à l’art du combat, mais aussi à l’endoctrinement religieux.

Après quelques mois, le campement fait l’objet d’un bombardement par des avions français qui survolaient la région, faisant de nombreux morts et de blessés. «J’ai pris la fuite avec Abou Leith Elibi, Abou Abderrahmane Etounsi, et quelques enfants à bord de 4×4.

En direction de la ville de Kona. Sur notre route, nous avons rencontré un autre groupe d’une vingtaine de terroristes maliens à bord de véhicules. Ils nous ont donné l’ordre de l’émir, Ahmed Ould Amar, qui consiste à rejoindre Kona pour appuyer le groupe de Abdelhamid Abou Zeid (tué) et celui de Iyad Ag Ghali, qui s’étaient accrochés avec les troupes françaises et maliennes.

Mais, nous n’avions pas pu atteindre cette ville, en raison de l’arrivée massive des militaires français. Nous sommes restés plusieurs jours cachés dans le désert, avant de se replier vers Gao. Mais avant même d’atteindre cette ville, nous sommes tombés dans une embuscade tendue par les militaires français et maliens. C’était vers la fin de janvier 2013.

Il y a eu beaucoup de morts. J’ai réussi à me sortir du déluge de feu pour me cacher durant plusieurs jours, avant que les militaires maliens ne m’arrêtent. Ils m’ont fait subir des tortures atroces, et m’ont coupé une partie de mon oreille. Après, ils m’ont livré aux Français, qui étaient dans une caserne à Gao», révèle Derrar.

Dans cette caserne, ajoute-t-il, il passe par «un long interrogatoire effectué par des militaires français et ce sont des personnes ‘‘parlant parfaitement le dialecte algérien’’», qui servent de traducteurs, puis il est remis à leurs collègues maliens. «Durant des jours, j’ai subi les pires tortures. Puis, j’ai été transféré vers la caserne centrale de Sévaré avec plusieurs terroristes maliens.

De là, nous avons rejoint la prison de Bamako», ajoute Mustapha. Son témoignage est hallucinant. Dans cette prison, il affirme avoir fait l’objet de «maltraitance» et de «sévices corporels». «Les va-et-vient des militaires français et maliens» dans les geôles sont récurrents.

«Durant des jours, j’ai subi les pires tortures»

«Les interrogatoires ne s’arrêtent jamais et souvent, ils sont musclés. J’étais comme un pestiféré. Je n’avais droit à rien, alors que les autres pensionnaires, les membres du groupe de Iyad Ag Ghali, du MNLA ou les autres organisations, reçoivent de l’argent, des couvertures et de la nourriture.

Souvent, des militaires français leur rendent visite, pour les interroger. J’ai dû batailler pour avoir ma ration de nourriture, parce qu’il m’arrivait de ne pas manger durant des jours.

Mon séjour à la prison m’a renseigné sur beaucoup de choses. J’ai appris que Belmokhtar a été tué et enterré en Libye, que ce c’est lui qui a mené l’attaque de Tiguentourine, mais aussi la mort de nombreux émirs dans des luttes pour l’argent, le leadership et les revenus de la contrebande», affirme Derrar.

Durant sa détention, il dit avoir connu beaucoup de terroristes, mais il cite deux Algériens, dont il garde le souvenir, Ahmed Kahoul de Batna, un sexagénaire, mort en prison et Sid Ahmed Ould M’barek, d’Adrar, libéré en 2015. En 2016, Mustapha est jugé avec quatre Touareg maliens, puis condamné à la peine perpétuelle et conduit à la prison de Koulikoro, située à une cinquantaine de kilomètres de Bamako.

Cette année, dit-il, les visites des militaires français à la prison «se sont multipliées». «J’ai appris par certains prisonniers que des négociations pour la libération de tous les pensionnaires de la prison étaient en cours par l’intermédiaire de Iyad Ag Ghali.

Au début, on nous a parlé d’une rançon de 6 millions d’euros en échange de la libération des otages détenus par Daesh, qui détenait les Italiens et le groupe d’Iyad, qui avait enlevé la Française et le Malien. Je n’avais pas une idée précise des négociations.

Mais tout le monde à la prison savait qu’elles tournaient autour de l’argent. Après, nous avions su que la somme avoisinait les 10 millions d’euros, avant d’atteindre les 30 millions d’euros. Le 4 octobre 2020, les autorités ont libéré 207 terroristes de trois importantes prisons en contrepartie de la récupération des quatre otages», affirme Derrar.

Il raconte avoir été libéré avec 70 autres terroristes de la seule prison où il était détenu. Le groupe est transporté dans des bus de l’armée malienne, jusqu’à l’aéroport de Bamako, puis embarqué sur un vol (militaire), à destination de Tigherghart, au nord du Mali.

«Sur place, il y avait trois véhicules de type 4×4, appartenant à l’Onu (la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali, ndlr), qui nous attendaient et leurs occupants, nous ont remis aux représentants du MNLA.

Ces derniers nous ont embarqués à bord de camions et dirigés vers une région à une centaine de kilomètres plus loin, où nous sommes restés durant deux jours, avant qu’un autre groupe de plus d’une trentaine de terroristes les a rejoint, pour continuer la route vers le campement de Iyad Ag Ghali, situé à quelques centaines de kilomètres de Kidal, où nous sommes restés durant trois jours.

Les membres de Ansar Eddine m’ont demandé de rester avec eux, pour mener le djihad, dans le grand Sahara, mais je leur avais répondu que j’étais déjà membre de cette organisation sous l’émirat de Abou Adnane Esahraoui.

Quelques jours après, un autre groupe d’une centaine de terroristes est arrivé au campement répartis en plusieurs petits groupes, dotés de deux Toyota Station et chacun des membres a reçu une somme de 1000 euros et un pistolet kalachnikov, puis orientés vers les campements de l’organisation.

Moi-même je suis parti avec une dizaine d’éléments vers un camp situé à Tabankort, à une centaine de kilomètres, dont l’émir Hamza, quinous a demandé d’aller ailleurs pour éviter le pilonnage par les avions militaires français. Je ne voulais pas rester. J’ai dit à l’émir que je voulais rentrer au pays.

Il n’a pas refusé. Un de ses gardes m’a remis à un contrebandier, qui m’a accompagné jusqu’à Bordj Badji Mokhtar, à bord de sa Toyota Station, moyennant la somme de 11 000 DA. Mon accompagnateur m’a fait le change des 900 euros qui me restaient.

Avec la contrepartie, j’ai assuré mon voyage par route de Tamanrasset à Tlemcen, en passant par Alger et Oran», révèle Derrar. Il ajoute : «Je suis revenu au pays pas pour ne plus retourner au nord du Mali. Je comptais retourner pour mourir.» Il ne cesse de préciser qu’il n’a «jamais pris une arme».

Derrar a été transféré de Tlemcen où il a été arrêté à Alger. Son dossier est le premier à avoir été déposé sur le bureau de la section judiciaire antiterroriste, créée récemment au niveau du tribunal de Sidi M’hamed, à Alger.

Même s’il n’a pas commis d’acte terroriste en Algérie, son «enrôlement» dans une organisation terroriste activant à l’étranger est puni par la loi.


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