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Les prix du pétrole en chute libre : Avis de tempête sur l’Algérie

10 mars 2020 à 10 h 15 min

Le gouvernement se trouve aujourd’hui devant l’urgence et l’obligation de revoir ses calculs et le recoursà une loi de finances complémentaire devient une exigence afin de revoir le niveau des dépenses budgétaires allouées à chaque secteur.

Les cours de pétrole s’effondrent et l’Algérie met un deuxième pied dans l’incertitude. Alors que la situation politique est prisonnière du statu quo, avec des face-à-face peuple-gouvernants qui ne finiront pas tant que le pouvoir ne cédera pas aux exigences de la rue, voilà que le seul levier économique dont dispose le pays cède face au nouveau choc pétrolier en présence.

La fin de la rente pétrolière qui se profile précipitera-t-elle une solution politique viable ? Probablement, si l’on présume que le régime politique n’a pu tenir jusqu’à présent que grâce à cette rente pétrolière et la manne qu’il distribuait à sa clientèle.

Mais la situation sera bien plus difficile à supporter pour les Algériens, qui devront faire face à une nouvelle réalité économique encore plus difficile, marquée par une hausse des prix des biens à la consommation.

Le spectre d’une banqueroute n’est pas à écarter, surtout que les réserves de change censées protéger le pays dans ces situations de crise inattendues ont fondu comme neige au soleil.

Avec à peine quelques soixantaine de milliards de dollars comme Fonds de réserves de change, la baisse drastique des prix du pétrole va faire plonger le niveau des rentrées en devises et le déficit commercial n’en sera que plus affecté. Surtout que les calculs budgétaires établis par la loi de finances 2020 sont aujourd’hui complètement obsolètes et en décalage énorme avec la réalité de la situation financière du pays.

Un baril de référence de 50 dollars pour la LF-2020 est complètement caduc et fausse tous les calculs budgétaires. Le gouvernement se trouve aujourd’hui devant l’urgence et l’obligation de revoir ses calculs et le recours à une loi de finances complémentaire devient une exigence afin de revoir le niveau des dépenses budgétaires allouées à chaque secteur.

Avec un baril d’une trentaine de dollars (des experts de la Banque Goldman and Sachs n’écartent pas un baril à 20 dollars dans le proche avenir), le seuil de l’alerte est largement atteint, surtout si l’on considère que l’Algérie a besoin d’un baril à 100 dollars afin de pouvoir atteindre un équilibre budgétaire.

L’écart entre les besoins et la réalité des prix est énorme et fait craindre le pire pour une économie comme celle de l’Algérie, qui n’a pas su sortir de la dépendance aux hydrocarbures et n’a pas développer une alternative à la rente pétrolière.

La réunion du Conseil des ministres, qui s’est tenue un jour après l’échec de la réunion de l’OPEP, n’a pas apporté la réponse attendue en pareille situation de la part de l’Exécutif, qui est sommé de trouver de vraies solutions.

Le ministre de l’Energie ainsi que le président de la République se sont contentés lors de cette réunion de parler de transition énergétique et de l’impérative sortie de la dépendance des hydrocarbures, sans toutefois parler des actions concrètes à engager dans l’immédiat. Un discours redondant qui n’a aucun effet direct sur la situation économique du pays actuelle.

Les ventes des hydrocarbures, qui couvrent à plus de 90% nos importations, se sont contractées ces dernières années et les recettes fiscales se sont amenuisées du fait de la baisse des quantités exportées ainsi que des cours sur le marché international.

A la fin 2019, les exportations d’hydrocarbures se sont établies à 33,24 milliards de dollars alors que la facture de nos importations atteignait les 41,93 mds usd. Les exportations hors hydrocarbures ne représentent qu’à peine 2 mds usd. Le déficit commercial, qui était de l’ordre de 6,11 mds usd à la fin 2019, risque de s’élargir davantage dans les mois à venir si rien n’est entrepris pour faire face à ce cas de figure.

Le gouvernement tentera de puiser dans les recettes fiscales et les transferts sociaux risquent d’être touchés ainsi qu’une révision des décisions d’exemption d’impôts pourrait être adoptée. Il restera aussi à l’Exécutif actuel de recourir à l’endettement extérieur, mais à quel prix ?

Le gouvernement a déjà annoncé, en février dernier, son intention de recourir à des institutions internationales, comme la Banque africaine de développement ou le Fonds arabe de l’investissement pour contracter des prêts financiers.

Des délégations du Fonds monétaire international se sont entretenues avec les hauts responsables algériens, mais aucune information n’a émané de ces discussions. L’Algérie est-elle en mesure d’imposer ses conditions pour éviter des retombés dramatiques de l’endettement extérieur sur la situation sociale, notamment sur les couches les plus vulnérables ?

Elle aurait pu l’être si elle avait recouru il y a deux ans à l’endettement extérieur au lieu d’aller vers l’option de la planche à billets, qui n’a fait que fragiliser davantage la situation économique du pays. Ce qui est sûr aujourd’hui, c’est que l’Algérie n’a plus les mêmes choix qu’avant et se retrouve contrainte à opter pour des solutions qu’elles voulaient éviter.

La situation est telle que plus de bricolage et de populisme achèveront ce qui reste encore de l’ossature financière du pays. Le temps est à l’action et à la prise de décisions révolutionnaires à même de recréer le schéma économique national et changer du tout au tout de modèle. L’Exécutif actuel en sera-t-il capable ? 


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