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samedi, 08 août, 2020
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Appel de Abdelghani Hamel au 29 juillet : Les prévenus refusent d’être jugés pour des raisons sanitaires

27 juillet 2020 à 10 h 06 min

Le procès en appel de l’ancien patron de la police, Abdelghani Hamel, a été renvoyé au 29 juillet courant, après un rude échange de propos entre le président de la chambre pénale, qui voulait à tout prix juger l’affaire après trois renvois, et les avocats qui s’y opposaient en «l’absence de conditions d’un procès équitables». Tous les prévenus ont déclaré qu’ils n’étaient «pas prêts moralement» à être jugés en raison de la pandémie, qui a emporté certains de leurs codétenus.

Prévu hier à la cour d’Alger, le procès en appel de Abdelghani Hamel, ancien patron de la police, son épouse et ses quatre enfants, n’a pas eu lieu. Les nombreux avocats constitués dans cette affaire se sont opposés à son examen en clamant son renvoi «en raison de la pandémie». Après avoir terminé une série de procès par visioconférence, le juge a appelé les parties vers 16h, certains détenus n’étaient pas encore arrivés.

L’audience est levée, puis reprend 30 minutes plus tard. Sept prévenus, Abdelghani Hamel, ses trois enfants, Amyar, Chafik et Mourad, Abdelghani Zaalane, Mohamed Rehaimia et le directeur des Domaines, Bouamirirene, sont dans le box, alors que onze autres seront jugés tout en étant libres, dont les deux anciens walis Moussa Ghelaî de Tipasa, Zoubir Bensebbane de Tlemcen, et Abdelmalek Boudiaf d’Oran, tous poursuivis pour plusieurs griefs dont «octroi d’indus avantages, abus de fonction, trafic d’influence, incitation d’agent public pour l’octroi et l’obtention d’indus avantages».

D’emblée, les avocats demandent le renvoi de l’affaire, prétextant l’absence des témoins et les conditions sanitaires liées à la pandémie. Le président s’y oppose en disant : «Nous avons le temps. Nous avons jusqu’à 21 heures pour faire avancer le dossier et nous reviendrons demain pour le terminer. Pour les témoins, nous avons les procès-verbaux d’audition».

Les avocats persistent. «Pourquoi cet acharnement à vouloir faire passer coûte que coûte l’affaire ?», lance Me Bergheul avant que le magistrat ne réplique : «Je vous ai déjà accordé deux renvois. Le 29 juin dernier, je vous ai dit que ça sera le dernier renvoi. Où voyez-vous la célérité ? Ce dossier doit être jugé…». L’avocat revient à la charge : «Le virus est en train de faire des victimes. Nous avons perdu des avocats, des magistrats et des greffiers. Comment voulez-vous que nous puissions plaider ou que les prévenus puissent répondre aux questions avec cette peur au ventre ?

Leur moral est au plus bas. Ils ne sont pas prêts à être jugés. Abdelghani Hamel a vu partir le défunt Moussa Benhamadi, qui était avec lui dans la cellule. Tout le monde se demande qui sera le prochain à être happé par ce virus et si lui va sortir vivant de la prison. Non M. le président, nous sommes tous en danger. Vous, nous les avocats, les policiers, les journalistes et les prévenus. Jeudi dernier, Me Dahlouk, qui est le représentant du Trésor public, et qui était avec nous lors du dernier procès de Tahkout, est décédé. Nous sommes sous le choc et chaque jour nous attendons le suivant…».

Il rappelle au juge que les mis en cause risquent des peines allant jusqu’à 15 ans de prison, «ils ne peuvent être jugés sans être confrontés aux témoins, tous absents. Un procès équitable ne peut être garanti sans la présence des parties et surtout de bonnes conditions morales et physiques des prévenus».

Des déclarations qui ne font pas reculer le président. «Cette affaire sera jugée. Je refuse de la renvoyer», répond-il à la défense. Celle-ci lui demande de prendre acte de ce refus, mais le magistrat s’oppose. «Maintenant, nous comprenons pourquoi vous voulez la faire passer…», lance un avocat suscitant l’ire du magistrat.

«C’est une procédure légale. Ce dossier a trop duré. Il n’a pas à être renvoyé», crie-t-il. Me Bitam prend le relais : «Les conditions sanitaires ne permettent pas la tenue d’un tel procès. J’étais dans l’affaire Tahkout, et aujourd’hui j’ai fait le test pour savoir si j’ai été contaminé comme l’ont été beaucoup de mes confrères, dont Me Dahlouk, décédé jeudi dernier.

Nous avons tous peur et vous devriez tous vous éloigner de moi parce que si je porte le virus, vous serez tous contaminés. Les prévenus doivent être jugés dans de bonnes conditions. Ils refusent tous d’être jugés maintenant. Renvoyez le procès à la rentrée, peut-être que la situation sanitaire sera meilleure».

Le magistrat se tourne vers le box. Il demande à chacun d’eux s’il veut être jugé, et tous répondent : «Non, je ne veux pas». Irrité, le juge déclare nerveusement : «La loi me permet de ne pas tenir compte du refus des prévenus de répondre aux questions et du boycott de leurs avocats, et de juger l’affaire. Mais je ne l’ai jamais fait».

Il lève l’audience pour délibérer et après une trentaine de minutes, il revient. «Je tiens à vous préciser que durant toute ma carrière, je n’ai jamais reçu d’instructions ou d’ordre de qui que ce soit. Je voulais juger cette affaire, parce qu’elle a été ajournée à deux reprises et qu’au bout de deux ou trois jours, elle sera tranchée, et les gens peuvent rentrer chez eux pour les fêtes de l’Aïd.

Mais, puisque vous n’êtes pas d’accord, le procès est renvoyé au 29 juillet courant», annonce le président avant de s’adresser au représentant du ministère public pour lui demander de convoquer les témoins et de faire extraire les détenus des prisons d’El Harrach et de Koléa, mercredi prochain.



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