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vendredi, 07 mai, 2021
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La liberté de la presse vue par le professeur Brahim Brahimi : Les préceptes lumineux d’un intellectuel critique

04 mai 2021 à 10 h 50 min

L’amphithéâtre Zahir Ihaddaden de la Faculté des sciences de l’information et de la communication, à Ben Aknoun, a accueilli ce dimanche, une passionnante journée d’étude dédiée à la pensée et aux travaux du professeur Brahim Brahimi, Ahmed pour les intimes, cet immense universitaire qui nous a quittés le 22 septembre 2018, et dont la parole précieuse continue à résonner dans l’esprit de toutes celles et tous ceux qui ont eu la chance de l’avoir comme prof.

Sous le titre «Les contributions du professeur Brahim Brahimi en matière de liberté de la presse», cette rencontre académique a été organisée par le Laboratoire Usages et réception des productions culturelles et médiatiques en Algérie, en collaboration avec le Laboratoire Législations des médias et éthique et déontologie de la profession, les deux laboratoires relevant de la Faculté des sciences de l’information et de la communication (Université Alger 3).

Cette rencontre, qui intervenait la veille de la Journée mondiale de la liberté de la presse, a drainé beaucoup de monde, faut-il le signaler, entre universitaires, amis, anciens collègues, étudiants, chercheurs et autres praticiens du métier d’informer.

La rencontre s’est déroulée également en présence de membres de la famille du docteur Brahimi, dont son épouse, Farida Benzidoun Brahimi, ainsi que son fils Badis.

«La presse traverse l’une de ses périodes les plus critiques»

Un menu très dense a été concocté pour cette studieuse journée où, sous les auspices bienveillants de la «pensée brahimienne», les participants ont eu à revisiter ses préceptes en disséquant et déconstruisant au passage quelques notions-clés du monde des médias, et en dressant un état des lieux de la presse en Algérie, ceci dans un contexte particulièrement difficile pour la profession.Dans une brève allocution liminaire, la professeure Malika Atoui, doyenne de la Faculté des sciences de l’information et de la communication, a prononcé un mot de bienvenue où elle a d’emblée rappelé l’engagement du professeur Brahimi en faveur de la liberté de la presse dont il était, dira-t-elle, «un ardent défenseur».

La professeure Fethia Maâtouk, directrice du Laboratoire Usages et réception des productions culturelles et médiatiques en Algérie, a pris soin, pour sa part, de baliser le débat en dessinant les contours de cette journée d’étude. Celle-ci vise, expliquera-t-elle, à «mettre en relief la notion de liberté de la presse chez le professeur Brahim Brahimi, en examinant son analyse, son interprétation et sa position scientifique et académique vis-à-vis des développements ainsi que des entraves politiques, juridiques, économiques et sociales auxquelles est confrontée la presse en Algérie». Dressant un tableau peu reluisant du paysage médiatique national, Fethia Maâtouk constate : «L’expérience algérienne en matière de liberté de la presse manque de traditions politiques, juridiques et médiatiques capables de s’ériger en source d’inspiration pour la formation et la pratique journalistiques.» La conférencière relève dans la foulée que «la presse traverse actuellement l’une de ses périodes les plus critiques en raison de la crise économique mondiale de manière générale et plus particulièrement de la crise de son modèle économique».

Et d’alerter sur la situation précaire des entreprises de presse qui sont constamment ballottées, dit-elle, entre «le contrôle du gouvernement» et la soumission au pouvoir de l’argent et «aux intérêts de certains groupes économiques». Cette aliénation «est de nature à aggraver la dépendance de la pratique journalistique vis-à-vis de la propagande politique ou de la publicité commerciale», estime le Dr Maâtouk. «Et dans tous les cas, poursuit la spécialiste, le droit du public à l’information et le droit des journalistes à une pratique conforme aux exigences du métier et aux règles déontologiques s’éloignent davantage.»

Parmi les autres noms du panel d’intervenants : le professeur Redouane Boudjemaâ qui a gratifié l’assistance d’une brillante communication dans laquelle il est revenu sur «le projet scientifique et le parcours professionnel du professeur Brahimi». Dans son exposé exhaustif, le Pr Boudjemaâ s’est attaché à décortiquer le background philosophique et académique qui sous-tend les travaux du Dr Brahimi. «Avec lui, nous avons à la fois affaire à un professeur universitaire et à un intellectuel critique qui intervient dans le débat public», souligne le conférencier. Il précise que celui qui a fondé et dirigé l’Ecole nationale supérieure de journalisme et des sciences de l’information (ENSJSI) de 2009 à 2013 «avait deux backgrounds scientifiques : celui des sciences politiques et celui des sciences de l’information et de la communication». Et ce double référentiel, selon l’orateur, a structuré toutes les recherches du professeur Brahimi et a inspiré et alimenté tous les modules qu’il a enseignés.

Une pensée solidaire pour Rabah Karèche

Redouane Boudjemaâ fera remarquer, en outre, que les écrits et les travaux de Brahim Brahimi «s’articulaient autour de la triangulaire : le pouvoir, la presse et les intellectuels». Oui, comme le titre de son ouvrage majeur paru en 1989 chez L’Harmattan, et qui est tiré de sa thèse de doctorat en sociologie politique soutenue à l’Université Paris 2 en 1987 sous le titre : «Le Pouvoir et la presse en Algérie : doctrine de l’information et idéologie politique». «Dans tous ses travaux, il se posait comme un intellectuel critique», insiste le Pr Boudjemaâ. Il interrogeait en permanence, ajoute-t-il, «la philosophie du pouvoir dans la configuration du paysage médiatique, critiquait le monopole des médias et critiquait aussi le fait de considérer la presse comme un secteur de souveraineté, ce qui induit une gestion bureaucratique et sécuritaire du champ médiatique». A la suite de son mentor, Redouane Boudjemaâ considère que «tous les textes, depuis 1962 jusqu’à 1988, confortent cette vision». Et cette doctrine, «même si elle a disparu des textes après 1988, elle persiste néanmoins comme structure mentale qui est toujours à l’œuvre dans l’esprit de nos dirigeants et reste présente dans les pratiques».L’orateur souligne, par ailleurs, que le projet scientifique du professeur Brahimi est fondamentalement «lié à la question des droits de l’homme».

A ce titre, il s’affirmait comme un défenseur farouche du «droit à l’information qui s’inscrit dans les droits de deuxième génération dans les chartes et les traités internationaux liés aux droits humains». «Il défendait le droit du citoyen à être informé. Et cette approche est le corollaire de la philosophie des libertés et de la philosophie de la citoyenneté», explique le conférencier.Et pour donner une idée plus approfondie de l’œuvre de M. Brahimi, le Pr Boudjemaâ s’est livré, lors de sa conférence, à une analyse très fouillée des trois ouvrages-clés qui immortalisent la pensée de son ancien professeur : Le pouvoir, la presse et les intellectuels en Algérie (Paris, L’Harmattan, 1989) ; Le pouvoir, la presse et les droits de l’homme en Algérie (Alger, éditions Marinoor, 1998) ; «Le droit à l’information à l’épreuve du parti unique et de l’état d’urgence» (Alger, SAEC-Liberté, 2002).Redouane Boudjemaâ a mis l’accent également, au cours de son intervention, sur la bataille de la formation qu’a menée le professeur Brahimi lorsqu’il était à la tête de l’ENSJSI, gage, aux yeux du visionnaire qu’il était, d’un journalisme de qualité. Nous apprenons ainsi que parmi les chantiers importants que le défunt avait lancés, la formation de journalistes spécialisés, notamment dans le journalisme économique, le journalisme culturel et le journalisme scientifique. «Aujourd’hui, le journaliste écrit tous les jours et sur tous les sujets. Il n’a pas de recul. Il s’est transformé en écrivain public», observe le conférencier. Evoquant les pressions exercées sur les journalistes durant les années 1990 sous l’effet du rouleau compresseur sécuritaire, le chercheur note à regret que ce paradigme autoritaire continue à sévir. Et d’exprimer une pensée solidaire pour notre confrère Rabah Karèche, le correspondant de Liberté à Tamanrasset, qui se trouve en détention depuis le 18 avril pour ses articles de presse. «C’est l’un de nos meilleurs journalistes et il est emprisonné pour ses écrits», déplore Redouane Boudjemaâ.    


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