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Ahmed Benfares. Président du Conseil de l’Ordre des pharmaciens de la région de Blida

Les pouvoirs publics refusent d’admettre la pénurie de médicaments

24 août 2018 à 1 h 45 min

Dans un communiqué rendu public cette semaine, signé par les membres de la FAM, en l’occurrence le Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo), l’Association algérienne des distributeurs de médicaments et l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (UNOP), la Fédération confirme avoir alerté quant à la persistance des ruptures et des tensions sur certains médicaments essentiels.

– La pénurie de certains médicaments, pourtant essentiels, continue. A qui la faute ?

La pénurie des médicaments est vécue comme une malédiction par le pharmacien algérien, et par conséquent le malade. De mémoire de pharmacien, j’ai toujours connu cette contrainte tout au long de mon exercice avec plus ou moins de sévérité.

A qui la faute ? Les pouvoirs publics refusent d’admettre cette pénurie ; or, tous les intervenants du secteur, du Conseil de l’Ordre au Snapo, de la FAM aux pharmaciens en passant par les associations de malades l’ont constatée et dénoncée.

Quand les pouvoirs publics pointent du doigt les distributeurs en les accusant de faire de la rétention, ces derniers ainsi que les responsables de l’UNOP accusent les retards mis dans la signature des programmes d’importation des médicaments et des intrants pour la production, ils accusent aussi la volonté du ministère de la Santé de contingenter ces opérations par souci certainement de réduire la facture des importations.

On assiste à un véritable dérèglement de l’approvisionnement. L’angoisse quotidienne de chaque pharmacien est de ne pas pouvoir satisfaire ses clients et l’angoisse de chaque malade est de trouver facilement son traitement.

On peut trouver d’autres raisons, comme l’augmentation de la consommation liée à l’accessibilité aux soins par l’ensemble des citoyens, la pléthore des distributeurs et des pharmaciens qui atomise les quantités disponibles chez un nombre très important d’intervenants et enfin le gaspillage.

Dans une situation de pénurie contre laquelle des mises en garde ont été adressées en temps utile aux pouvoirs publics par les opérateurs, naissent fatalement des malversations comme les rétentions, les ventes concomitantes et les importations frauduleuses hautement dangereuses pour la santé des citoyens.

– N’y a-t-il pas des médicaments génériques pour compenser le manque ?

Si l’allusion est faite au remplacement des produits en rupture par les génériques de fabrication nationale, il faut savoir que depuis 2008 aucun médicament ne peut être importé s’il est fabriqué en quantité suffisante en Algérie.

Or, cette pénurie concerne autant les produits importés que ceux produits localement pour certains. Quant aux génériques d’importation, ils subissent les mêmes contraintes que les princeps, à savoir soumis aux mêmes règles d’importation, donc sujets à rupture.

– Le phénomène des ruptures aurait pour origine un déficit croissant de l’offre sur le marché face à une demande importante. Quelles sont les solutions qui s’offrent à nous pour mettre un terme à ce problème ?

Un fait est réel, c’est l’augmentation de la demande. En effet, depuis la généralisation de la carte Chifa, les Algériens dans leur quasi-totalité, et ce, quelle que soit leur condition sociale, ont droit de manière équitable à la prise en charge médicamenteuse.

Un acquis indéniable à mettre sur le compte des pouvoirs publics algériens. Ceci concernant uniquement les médicaments officinaux. L’insuffisance de l’offre liée ou non à l’augmentation de la consommation, est, quant à elle, manifeste pour de nombreux produits.

La gestion rationnelle est une nécessité absolue pour le rétablissement de l’équilibre entre l’offre et la demande. La situation économique du pays n’étant pas la seule responsable de cet état de fait puisque le phénomène des pénuries sévissait même au moment de l’embellie financière.

Tous les éléments intervenant dans le secteur doivent être révisés, que ce soit l’importation, la fabrication, la distribution ou la dispensation au détail, en prenant en compte des éléments statistiques fiables, ceci avec, évidemment, la volonté politique rigoureuse de venir à bout de ce dysfonctionnement.

L’importation d’un médicament ne doit être interrompue que si le produit est réellement fabriqué en quantité suffisante par la production nationale.

Il est intolérable qu’un médicament aussi basique, mais ô combien utile que l’acide acétylesalicylique soit l’objet d’une tension aussi grande alors qu’il est produit en Algérie. Il est nécessaire aussi d’imposer la diversification de la production nationale pour que le même médicament ne soit plus produit par 4; voire 5 laboratoires.

Une politique du remboursement courageuse qui tiendrait compte des fortunes des uns et des autres ainsi que du service médical rendu des médicaments concernés par le remboursement préservera certainement les moyens de l’Etat et réduira le phénomène du gaspillage.

Beaucoup d’espoir réside dans l’application de la nouvelle Loi sanitaire avec, d’une part, la notion d’établissement pharmaceutique (Art. 219), où la responsabilité de l’approvisionnement en médicaments est bien déterminée et, d’autre part, avec la mise en service de l’Agence du médicament qui concentrera les activités d’enregistrement, d’homologation et de contrôle des médicaments (Art. 225).

– L’interdiction des importations ne devait-elle pas avoir des répercussions positives sur l’industrie du médicament, car elle encourage la production ?

Les médicaments produits en Algérie en quantité suffisante pour satisfaire la demande sont automatiquement interdits à l’importation. Ceci est une mesure d’encouragement de la production nationale.

Les questions qui se posent sont : ces laboratoires ont-ils les capacités de production suffisantes (humaines et matérielles) pour couvrir les besoins nationaux selon leurs déclarations ? Les fabricants nationaux ont-ils tous les moyens et avantages nécessaires à leur développement ? Les matières premières nécessaires à leur production sont-elles disponibles en temps voulu et en quantités suffisantes ?

Et enfin, le transfert de technologie est-il suffisant pour assurer la production de gammes importantes de médicaments dans la sécurité absolue du patient ? Il ne suffit pas d’interdire l’importation pour encourager la production nationale, il faudrait aussi lui donner beaucoup de moyens et l’encadrer convenablement pour son efficacité.

– Certains pharmaciens profitent de la situation et augmentent le prix de certains médicaments. N’y a-t-il pas une commission qui surveille ce genre de comportement ?

Ce phénomène existe hélas, mais il reste néanmoins limité dans sa pratique, le nombre de pharmaciens véreux qui s’adonnent à ces pratiques spéculatives étant fort heureusement réduit.

La situation de pénurie ouvre la voie à tous les dépassements possibles, allant de l’augmentation illicite des prix des produits rares jusqu’à l’importation frauduleuse des médicaments en rupture (les fameux produits cabas autour desquels se sont constituées de véritables filières de trafiquants).

Des commissions mixtes ont été constituées pour contrôler les officines dans cet aspect et d’autres, mais leur efficacité est très limitée. En effet, ce n’est pas en débarquant à 10 dans une officine qu’on va découvrir les malversations.

Il faut privilégier et exploiter le renseignement dans ce type d’affaire, ceux qui s’y adonnent sont très prudents, mais si la volonté de les neutraliser existe, il est très facile de mettre fin à leurs agissements nuisibles à la société et à la réputation de notre profession.

– Seize médicaments à base de Valsartan, traitant l’hypertension artérielle, jugés nocifs, ont été retirés du marché sur instruction du ministère de la Santé. Les médicaments ne sont-ils pas contrôlés avant d’être mis sur le marché ?

En date du 18 juillet 2018, le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière a publié un communiqué ordonnant le retrait sur la «base du principe de précaution» de 16 spécialités pharmaceutiques à base de Valsartan, et ce, suite «à une alerte internationale» mettant en garde la présence d’une impureté, la NDMA, dans une substance active fabriquée par une société chinoise, le Valsartan.

Dans ce communiqué, l’impureté supposée cancérigène mais qui ne présente pas «de risque aigu pour le patient» a été découverte et signalée par le laboratoire chinois. La mondialisation ainsi que la recherche des meilleurs coûts à la production font que la grande majorité des fabricants nationaux et même européens s’approvisionnent auprès de fournisseurs chinois et indiens en matières premières médicamenteuses.

Ces fournisseurs ont une envergure et une crédibilité internationales, les intrants sont normalement accompagnés d’un dossier technique qui répond aux exigences internationales et à celles éventuellement du client. La contamination du valsartan ne concerne pas uniquement le produit importé par les laboratoires algériens, de nombreux pays européens sont concernés par l’alerte.

Ceci étant la preuve qu’il n’y a pas eu de défaillance dans notre système de contrôle. La mission de contrôle des médicaments avant leur mise sur le marché est dévolue au Laboratoire national de contrôle des produits pharmaceutiques qui opère selon un cahier des charges précis.

La nouvelle Loi sanitaire attribue cette responsabilité à l’Agence nationale des produits pharmaceutiques. Art. 243. — «Le contrôle de la qualité, l’expertise, la veille et le recensement des effets indésirables induits par l’usage des produits pharmaceutiques et dispositifs médicaux sont assurés par l’Agence nationale des produits pharmaceutiques».

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