Les Oranais se réapproprient leur histoire | El Watan
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dimanche, 05 avril, 2020
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37e vendredi de mobilisation à l’Ouest du pays

Les Oranais se réapproprient leur histoire

02 novembre 2019 à 10 h 14 min

Le 37e vendredi a été marqué par une mobilisation record à Oran. La manifestation avait un parfum particulier en cette historique journée, coïncidant avec le 1er Novembre, marquant le 65e anniversaire du déclenchement de la lutte armée pour le recouvrement de l’indépendance de l’Algérie. Les citoyens oranais ont tenu à faire de cette date symbole un référent pour leur combat émancipateur.

«Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir.» Cette célèbre citation de Frantz Fanon, le défunt écrivain et militant de la cause indépendantiste algérienne, résume parfaitement la réappropriation par les Algériens de leur histoire à travers ces manifestations pacifiques.

Les jeunes d’aujourd’hui veulent s’inspirer de leurs aînés qui avaient héroïquement affronté l’une des plus grandes armées du monde pour enfin arracher l’indépendance après une longue lutte pour une décolonisation chèrement acquise. Soixante-cinq ans après, la jeunesse reprend le flambeau pour s’émanciper d’un pouvoir autoritaire et pour arracher des droits démocratiques fondamentaux.

Comme à l’accoutumée à Oran, la manif’ de ce vendredi s’est ébranlée de la mythique place du 1er Novembre (ex-place d’Armes) en direction du siège de la wilaya en passant par l’itinéraire habituel : le boulevard Emir Abdelkader et la rue Larbi Ben M’hidi.

Dès 14h, les rangs des manifestants n’ont eu de cesse de grossir. Les rues étaient noires de monde. «Echaab yourid listiqlal !» (Le peuple veut l’indépendance), «El Djazaïr teddi lestiqlal !» (L’Algérie finira par accéder à une réelle indépendance), scandent les dizaines de milliers de manifestants sur fond de youyous de milliers de femmes. «Pour une Algérie libre, démocratique et sociale», lit-on sur une large banderole brandie par des militantes et militants progressistes. «Libérez les détenus d’opinion !» «Non à la répression !» «Pour les libertés démocratiques !» «Pour un Etat civil !» étaient les slogans les plus scandés par les manifestants.

Ces derniers appellent les autorités à «mettre fin immédiatement à l’usage excessif de la répression et mettre un terme à l’emprisonnement de manifestants pacifiques, notamment dans la capitale». Fait marquant, comme à chaque vendredi, les femmes étaient aussi en première ligne. «Il n’y a pas d’Algérie sans la démocratie et il n’y a point de démocratie sans l’égalité entre les femmes et les hommes», lance une militante. Autre fait marquant : depuis le début du mouvement de protestation populaire en février dernier, les manifestants oranais rivalisent d’inventivité et d’ironie dans la rue et sur les réseaux sociaux.

Dans une ambiance festive à souhait, les protestataires ne se sont pas non plus empêchés de conspuer longuement le régime et de dénoncer les dérives d’un pouvoir basé sur l’arbitraire. Les citoyens rejettent massivement le simulacre électoral que compte organiser, le 12 décembre prochain, la clientèle d’un régime aux abois, et aspirent à l’enclenchement d’un crédible et consensuel processus de transition démocratique. «Walah manvoti behadh tariqa !» (Je n’irai pas voter de cette manière), ont martelé les manifestants, qui défilaient, dont certains portant une écharpe ou l’emblème national en scandant : «Révolution pacifique, révolution pacifique !»

A l’issue de la manifestation, l’hymne national a retenti, chanté par une marée humaine qui s’est rassemblée devant le siège de la wilaya. L’émotion était à son comble. La lutte patriotique et le combat démocratique se rejoignent.

Ce 1er Novembre a été tout simplement historique à Oran, à l’instar de tous les Algériens, les Oranais se sont réappropriés, hier, leurs référents symboliques. L’histoire est sortie, hier, des manuels scolaires et des ouvrages savants pour entrer dans l’action. Elle a fait irruption dans la rue, portée par des manifestants qui dénoncent le laminage des droits fondamentaux, comme l’ont fait leurs aînés durant la lutte de Libération nationale.

«Les jeunes se nourrissent ainsi du passé glorieux de leurs aînés, et qu’il faut en tout cas redécouvrir, réhabiliter, dépoussiérer pour le mettre au service d’un devenir», affirme M. Benssassi, un enseignant universitaire. «L’histoire est très présente dans le combat contemporain des jeunes pour la démocratie. L’Algérie démocratique et sociale de Novembre et de la Soummam est une ambition historique de nos jeunes à même d’ouvrir une alternative démocratique à la hauteur des aspirations et des sacrifices de notre peuple», poursuit cet universitaire.

Et ce dernier d’analyser : «L’opposition démocratique et le mouvement citoyen veulent construire un projet alternatif inspiré des valeurs qui ont permis de rassembler et de libérer le peuple algérien du colonialisme. La question des droits de l’homme, l’égalité entre les femmes et les hommes, l’identité nationale, la laïcité, l’indépendance de la justice et l’éducation sont en bonne place dans les revendications du mouvement populaire qui manifeste chaque vendredi en Algérie.»

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