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Les ONG plaident pour un cadre légal dans la gestion des migrants : Les opérations de «rapatriement» au compte-gouttes

16 septembre 2018 à 1 h 05 min

Les opérations de refoulement des migrants subsahariens n’ont pas cessé, mais elles n’ont plus la même ampleur. A Oran, l’une des villes les plus touchées par les opérations de «rapatriement», les services de sécurité ont mené leur dernière action fin août. «Les refoulements sont moins fréquents qu’au début de l’année. 70 à 80% des refoulements se sont faits avant début juin», précise Fouad Hassam, militant des droits de l’homme et activiste d’Alarm Phone qui suit de près les opérations dans la ville de l’Ouest.

Dans cette wilaya, il ne resterait que quelques migrants, particulièrement au centre-ville. «Les migrants étaient dans les bidonvilles aux Planteurs, et dans toute la périphérie de la ville. Ils sont maintenant concentrés au centre-ville, dans des hôtels ou louant des appartements», relève Hassam, qui explique que ces personnes, originaires particulièrement de trois pays (Côte d’Ivoire, Guinée et Cameroun), ont un objectif : traverser la frontière et rejoindre l’Europe. «Les ressortissants subsahariens n’ont pas l’intention de rester en Algérie. Ils veulent passer la frontière. Mais leur nombre est moins important qu’il y a deux ans.

Les départs vers le Maroc par Maghnia (Tlemcen) ont baissé», signale Hassam qui dit travailler sur le cas d’un passeur arrêté par les gardes-frontières en train de prendre des photos qu’il a envoyées à un de ses amis via WhatsApp, «pour retrouver son chemin». «Les services de sécurité l’accusent d’espionnage», poursuit l’activiste.

Lancées en 2014, les opérations de rapatriement des migrants des pays subsahariens se sont poursuivies, ces derniers mois, à un rythme soutenu avant de baisser juste après le Ramadhan. Selon l’ONG Amnesty International, la «répression» exercée par les autorités algériennes contre les ressortissants subsahariens s’est poursuivie pendant l’été. «Nous avons constaté que pendant les dernières semaines, les opérations d’arrestation se sont déroulées, suivies d’expulsions collectives ou d »abandon à la frontière de centaines de personnes de différentes nationalités de l’Afrique subsaharienne.

La ville d’Oran en particulier a été le théâtre, encore une fois, de nombreuses rafles dans les maisons de migrants», constate, dans une déclaration à El Watan, Debora Del Pistoia, chargée de campagne (Algérie, Maroc et Sahara occidental) à Amnesty International.

Un cadre légal à promouvoir

Selon cette ONG, qui s’appuie sur des rapports de sa représentation locale, depuis août 2017, plusieurs milliers de personnes ont été visées par des «arrestations arbitraires, des détentions, des éloignements sommaires à l’extrême sud du pays et des expulsions reposant sur un profilage ethnique». Au moins 16 000 de personnes nigériennes et de diverses autres nationalités subsahariennes, dont des migrants demandeurs d’asile et réfugiés en situation régulière, ont été «sommairement» expulsées vers le Niger voisin, détaille l’organisation.

«En parallèle, depuis mai 2017, les autorités ont abandonné au moins 11 000 ressortissants de pays subsahariens à la frontière avec le Niger, et plus de 2000 à la frontière avec le Mali. Ils ont dû marcher dans le désert avant d’être secourus par des organisations internationales», précise l’ONG, qui affirme avoir «documenté» tous ces cas (communiqués disponibles sur le site de l’organisation).

Réagissant aux accusations sur l’«abandon» de migrants dans le désert ou de la «maltraitance» dont ils seraient victimes, Hassen Kacimi, président du comité interministériel chargé de l’étude et du suivi des problèmes migratoires, affirme que les coupables sont tout indiqués : les passeurs.

Visitant fin juin le centre d’accueil de Zéralda (Alger), à la veille de la plus grande «opération de rapatriement humanitaire» menée par l’Algérie, en présence des représentants d’organisations internationales (HCR, OIM, etc.), M. Kacimi a indiqué que pas moins de 52 000 migrants subsahariens ont été secourus par l’Etat algérien, qui a dépensé depuis 2015 pas moins 12 millions d’euros pour leur prise en charge. Le plus grand contingent était composé des ressortissants nigériens (32 000).

La Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH) ne note «aucune évolution» sur ce dossier malgré les assurances des autorités. Celles-ci, explique Saïd Salhi, vice-président de cette ligue, n’a pas répondu à l’appel lancé en mai dernier par la société civile pour la prise en charge des migrants : «A ce jour, aucune information n’est donnée au sujet de l’appel de la société civile, dont la LADDH, pour la mise en place d’un cadre légal relatif à la migration et au droit d’asile, malgré les engagements donnés par le gouvernement dans ce sens.

Les opérations d’interpellations des migrants subsahariens se poursuivent, car elles n’ont jamais été arrêtées, et ce, malgré les appels incessants de la société civile et des instances onusiennes à cesser ces opérations d’expulsions collectives et à traiter les demandes d’asile et de migration au cas par cas.

La dernière opération de « rapatriement » des migrants nigériens, bien qu’elle soit entourée de toutes les précautions de respect des procédures et accompagnée par une campagne médiatique en réponse aux accusations de mauvais traitements des migrants, est faite sans impliquer la société civile qui travaille sur la thématique, hors le CRA aucune organisation n’est associée dans ce dossier.»

Selon ce militant, il y a un déficit «en matière d’information, de dialogue autour du dossier qui reste encore du domaine du tabou et presque de l’interdit». «En parler, c’est prendre le risque d’être accusé d’intelligence avec l’étranger… pour nuire à l’image du pays. On a eu l’expérience de l’appel « Nous sommes toutes des Migrant-e-s »», regrette-t-il.

 

L’Algérie peut jouer un rôle «pionnier», selon la LADDH

La Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH) considère que la situation de la gestion des flux migratoires ne concerne pas seulement l’Algérie mais aussi tous les pays du voisinage, à l’instar du Maroc qui a été le théâtre d’un refoulement récent des migrants vers les frontières algériennes (El Watan 8 septembre 2018).  Cela, indique à El Watan le vice-président de la LADDH, complique encore plus la situation chez nous. «D’où l’urgence d’un dialogue régional autour de cette situation dans le respect du standard universel des droits humains, la solution est régionale et mondiale. L’Algérie peut jouer le rôle de pionnier de par sa forte position en Afrique et sa proximité avec l’Europe. Elle est un partenaire et un acteur incontournable dans toute solution, l’Europe, qui tient encore à sa politique d’externalisation de ses frontières au motif de garantir sa sécurité, doit être à l’écoute de ses voisins», soutient-il.

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