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mardi, 22 juin, 2021
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Ils ont pris hier le relais des marches du hirak de lundi : Les étudiants réinvestissent la rue à Alger

24 février 2021 à 11 h 04 min

Après la démonstration spectaculaire de ce lundi 22 février où le hirak a marqué son grand retour dans la capitale après plus de onze mois d’interruption, les étudiants ont tenté leur tour, hier, de réinvestir la rue et de reprendre leur rituel du mardi. Mais leur marche sera violemment contrariée par l’intervention des forces de l’ordre. Alger était bouclée par un dispositif policier impressionnant afin d’empêcher justement le «hirak universitaire» de faire son retour.

A la mi-journée, ils étaient un petit groupe d’étudiants cantonnés devant la Fac centrale, encerclés par la police. Ils ont tenté de gagner la Place des Martyrs, point de départ habituel des manifestations étudiantes, mais ils ont été repoussés à Bab Azzoune. Ils se sont rassemblés ensuite près du Square Port-Saïd, à hauteur du café Le Tantonville où il ont réussi, malgré l’étroite surveillance policière qui leur était imposée, à entonner leurs chants et donner de la voix.

La petite foule massée à quelques encablures du TNA scandait : «Dawla madania, machi askaria  (Pour un Etat civique, non au régime militaire) ; «Yasqot yasqot hokm el askar, tayha eddwla el madania  (A bas le régime militaire, vive l’Etat civique) ; «Winek winek ya adala, had el hirak dayer hala  (Où es-tu justice, le hirak fait fureur) ; «Djazaïr horra dimocratiya  (Algérie libre et démocratique) ; «Sahafa horra adala moustaqilla  (Presse libre, justice indépendante)…

Parmi les mots d’ordre martelés, on pouvait noter un certain nombre de messages pensés avec soin qui constituaient une réponse aux dernières réformes institutionnelles initiées par M. Tebboune. «Hall el Barlamane masrahia, wel mochkil rafo fe echarîya  (La dissolution de l’APN est une comédie, le problème est dans la légitimité) ; «Taâdil eddoustour masrahiya, wel mochkil raho fe echarîya  (L’amendement de la Constitution, c’est de la comédie ; le problème est dans la légitimité). Bousculés par la police, les manifestants rétorquent par un tonitruant : «Ahnaya tollab, machi irhab  (Nous sommes des étudiants, pas des terroristes). Des voix lançaient l’un des slogans emblématiques du Hirak : «Silmiya ! Silmiya !» (Pacifique, pacifique).

Le cortège a tenté par la suite de marcher vers le centre-ville. La police colle de près les frondeurs. A un moment donné, ils se verront cernés par un cordon de sécurité en contrebas de la mosquée Ben Badis, près du tribunal de Sidi M’hamed.

Interrogé sur cette reprise chahutée, Abdenour, étudiant en biologie à Bab Ezzouar, une des figures de proue du mouvement, commente : «En fait, cette manifestation ne marque pas la reprise du hirak étudiant mais la reprise des marches. Le hirak ne s’est jamais arrêté. On a suspendu les marches pour des considérations sanitaires. Maintenant que la pandémie a nettement reculé, c’est le moment de revenir.»

«On doit rester sur la même lancée»

Abdenour ajoute qu’après le retour tonitruant du hirak populaire ce lundi, les étudiants se devaient de confirmer cet élan citoyen. «Nous, on suit le peuple. On fait partie du peuple et on est l’élite de ce peuple. On doit donner l’exemple. Si les étudiants ne sortent pas, ne revendiquent pas les droits du peuple algérien, s’ils ne se montrent pas solidaires avec lui, ils vont se disqualifier. C’est aux étudiants de guider cette révolution comme nos aînés l’ont fait lors de la grève du 19 mai 1956. On doit rester sur la même lancée que le 22 février 2019. On ne doit pas s’arrêter. On aurait aimé qu’il y ait plus d’étudiants. Ce matin, nous étions au début une trentaine. Nous avons été pourchassés (par la police) depuis la Fac centrale jusqu’à la Place des Martyrs. On n’a pas pu organiser notre marche comme on le souhaitait. On a été confrontés à un dispositif monstre. C’est à croire qu’ils ont affaire à des terroristes alors que nous sommes juste des étudiants pacifiques», dénonce le fougueux activiste.

Sur ces entrefaites, un policier en uniforme nous interrompt en pleine interview pour nous demander nos papiers en exigeant un ordre de mission en bonne et due forme si nous voulions continuer à faire notre travail. Il y avait beaucoup de nervosité dans l’air, une tension à fleur de peau alors que les étudiants encerclés étaient à peine quelques dizaines.

Ces derniers finissent par briser le siège bleu marine où ils suffoquaient et déferlent comme des météorites sur la rue Abane Ramdane en criant : «L’Istiqlal ! L’Istiqlal !» (L’indépendance !). Ils s’engouffrent dans les escaliers qui montent vers la rue Tanger avant de foncer sur la rue Larbi Ben M’hidi. Ils enchaînent par l’avenue Pasteur avant de descendre par le boulevard Khemisti, puis continuer jusqu’à Tafourah.

Les forces de police ne savaient plus où donner de la tête. Chaos général. Certains éléments des corps de sécurité perdent fâcheusement leur sang-froid et bastonnent les manifestants avec brutalité. Une jeune fille est en larmes près du jardin Khemisti. Elle est sous le choc après avoir subi des violences injustifiées. Son seul tort est d’avoir filmé les manifs avec son téléphone portable.

Malgré ce climat répressif, les manifestants tiennent le choc. Arrivés à la station de bus des étudiants, à Tafourah, ils entonnent Qassaman. Il est 14h. L’émotion se lit sur les visages. Ils sont exténués mais fiers d’avoir gardé le cap jusqu’au bout. «Il était important de marquer le coup aujourd’hui», observe un chercheur en physique nucléaire, l’un des piliers du hirak universitaire. «On s’inscrit ainsi dans la continuité de la grande mobilisation d’hier (lundi, ndlr) et on prépare le terrain pour vendredi»


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