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Nabil Djemaah. Expert en économie et finance : «Les déclarations des pouvoirs publics ont enflammé les taux de change»

20 décembre 2020 à 10 h 28 min

Ces derniers jours, il a été constaté une augmentation fulgurante des taux de change sur le marché parallèle. Une hausse qualifiée d’historique par plusieurs experts des finances. Un marché qui profite des dysfonctionnements du système bancaire et du besoin des Algériens à avoir de la devise pour voyager une fois les frontières rouvertes. Pour comprendre ce phénomène, nous avons sollicité l’avis de l’expert Nabil Djemaah, qui a bien voulu répondre à nos questions.

– Comment peut-on expliquer la hausse du marché parallèle de la devise ?

C’est simple : la hausse des taux de change sur le marché algérien est due essentiellement aux déclarations des pouvoirs publics début décembre, qui laissaient entendre que dans 15 jours, il y aura l’ouverture du passage aérien et des frontières.

Les cambistes se sont tout de suite préparés : après que 1 euro faisait 190 DA, il a augmenté à 208 DA. Il y a aussi les déclarations sur l’importation des véhicules neufs de moins de trois ans, la valeur de l’euro s’est ainsi envolée et les cahiers des charges qui sont sortis relatifs à l’importation de matériels et équipements de moins de 5 ans.

Au niveau des banques, il a affiché 131,46 DA alors que sur le marché parallèle il a été de 208 DA, c’est-à-dire l’équivalent de 77 DA de différence, donc plus de 35%. C’est le montant des 60 millions de dollars qui sont thésaurisés dans le marché informel.

Les 35% représentent les 40% de la thésaurisation du marché informel. Certains sont en train d’enrichir ce marché parallèle. La hausse de l’euro sur le marché parallèle en Algérie a atteint un pic historique de 208 DA l’unité en décembre, contre 131,46 DA dans les banques. Ce sont des problèmes exogènes.

– Cela veut dire qu’il y a aussi des problèmes endogènes…

Absolument, et je pense particulièrement à la fuite des capitaux. Il ne faut pas avoir peur de le dire : alors qu’il y a une paralysie de l’économie algérienne, les gens qui ont amassé de l’argent sur le marché algérien se préparent pour se sauver suite au problème politique du pays. Certains achètent la devise pour la fuite des capitaux vers l’étranger. Même la Banque centrale a déclaré cela.

Par ailleurs, signalons la déclaration négative du ministre des Finances, qui dit qu’on ne va pas ouvrir les bureaux de change. Cela veut dire que l’Etat n’est plus capable de mettre sur le marché des devises pour les Algériens.

Rappelons l’existence de la loi de 2006 sur la lutte contre le blanchiment d’argent et la corruption, suite à la convention qu’on a signée avec l’ONU. Les articles 9 et 10 de la convention stipulent clairement que le marché parallèle est un blanchiment d’argent. La réglementation est bafouée en Algérie et certains en profitent.

– Le marché parallèle a-t-il encore de beaux jours devant lui, ou va-t-il disparaître à moyen terme ?

Non, il n’a plus de beaux jours devant lui parce que le FMI et la Banque mondiale n’acceptent pas ces circonstances. Normalement, si on va adhérer à l’OMC, il doit disparaître.

Les fondements du taux de change en Algérie de la Banque centrale, tels que définis dans les années 1980 et 2000, stipulent que le dinar algérien est flottant par rapport à quatre fondements : la croissance économique, le prix du pétrole, la concurrence de l’économie algérienne par rapport aux économies étrangères et l’inflation et la situation de la balance des paiements.

Alors que les fondements étaient positifs dans les années 2006/2008, les autorités financières et monétaires n’ont pas réévalué le dinar algérien. Le baril était à 140 dollars, la croissance hydrocarbure et hors hydrocarbure était de 6 à 7% et la balance de paiement était de 200 milliards de dollars.

On a fait une erreur, il ne fallait pas adhérer au processus du flottement du dinar. Après 7 ans de crise, chaque année, on consomme 28 milliards de dollars de réserve de change (2015-2020). C’est un problème de gestion et de dilapidation des devises.

On a enlevé l’autonomie à la Banque centrale : c’est devenu politique. Du 1er décembre 2019 au 1er décembre 2020, le dinar a été dévalué de 50%. On continue d’appliquer les orientations du FMI et de la Banque mondiale.

Dernier détail : avant, il y avait que les Algériens qui achetaient les devises, aujourd’hui, les grands groupes étrangers sont en train de la faire, et même les ambassades (Chinois, Turcs). Personne ne les contrôle.

Après une année où les Algériens n’ont pas voyagé, si les frontières s’ouvrent, le taux de change peut aller jusqu’à 250 euros. On conseille aux autorités de ne pas faire de déclaration à l’encontre du consommateur algérien, ce qui risque d’enflammer les cours. 


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