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Moulay Chentouf. Coordinateur du Parti pour la laïcité et la démocratie (PLD) : «Les courants démocratiques doivent se souder dans une alliance républicaine forte»

06 décembre 2020 à 10 h 58 min

Moulay Chentouf, coordinateur du Parti pour la laïcité et la démocratie (PLD), revient dans cet entretien sur la situation politique qu’il qualifie de «catastrophique à tous points de vue». Selon lui, «le mouvement citoyen reviendra et poursuivra ses luttes de différentes manières». Moulay Chentouf commente les réactions à la résolution du Parlement européen sur les droits de l’homme en Algérie, livre sa vision sur le conflit du Sahara occident et évoque une coalition qui s’est cristallisée contre l’Algérie.

– Un mois après le référendum sur la Constitution qui a été marqué par un boycott massif, des voix appellent à la mise au placard de cette nouvelle Loi fondamentale et aller vers une transition que le pouvoir rejette clairement. Peut-on mener une transition sans le pouvoir en place ?

Ce système est en opposition totale avec les réalités du pays. Au mépris du peuple, il parachute en moins d’un an un Président de fait et une Constitution de fait également.

Figé dans ses certitudes, il déroule ainsi une feuille de route hors sol en brandissant un argument unique : le bâton de la répression. Face à un jusqu’auboutisme aveugle, il ne s’agit pas de rejeter un acte politique parmi tant d’autres, mais de donner un coup d’arrêt à un processus politique d’un système dont la seule finalité est de s’éterniser au pouvoir.

C’est pourquoi l’urgence est de basculer dans les ruptures. L’Algérie a besoin de transformations radicales pour entreprendre sa mutation démocratique par la mise en chantier d’une transition républicaine. Le système n’est pas le seul opposant à une telle ouverture politique.

Les islamistes aussi. C’est la raison pour laquelle tous les courants démocratiques doivent se souder dans une alliance républicaine forte pour pouvoir induire le basculement du rapport de forces en leur faveur et neutraliser le pacte islamo-conservateur. Mais sans une union pliée à l’exigence du ralliement des seuls démocrates, une telle perspective ne pourra pas se concrétiser.

En effet, ce n’est qu’en mettant un point final à leur émiettement que les démocrates mettront tous les atouts dans leurs mains pour faire bouger les lignes et qu’il sera possible demain de combattre, dans le cadre de la transition à venir, les deux ennemis que sont le système et l’islamisme politique, et ouvrir enfin la voie à une alternative démocratique dans le pays, et dans le meilleur des cas, ce sera le statu quo déguisé sous un nouvel habillage.

– La persistance de la pandémie du coronavirus fait installer le doute sur les capacités du mouvement populaire né le 22 février 2019 à rebondir, surtout que des fissures apparaissent entre ses différentes sensibilités. Qu’en pensez-vous ?

Le mouvement citoyen du 22 février 2019 a été exceptionnel par son souffle sur le long cours et sa résonance aussi bien nationale qu’internationale. Pendant plus d’une année, il a drainé dans son sillage des millions d’Algériennes et d’Algériens à une cadence remarquable. Au cours de toute cette période, il n’a cessé de monter en puissance et en maturité.

Si, au départ, son programme se résumait à une seule revendication – pas de 5e mandat à Bouteflika –, en quelques mois de mobilisation il a engrangé des gains politiques tels qu’il en est venu à exiger le départ de tout… le système ! L’aiguisement des luttes politiques, par ailleurs, a conduit de toute évidence à des décantations au sein du mouvement et à une plus grande polarisation des courants qui le traversent.

Mais est-ce à dire que les clivages qui se sont opérés en son sein l’empêcheront de reprendre le chemin des luttes au lendemain de la pandémie ? Ce qui est sûr, c’est que le combat focalise aujourd’hui de plus en plus sur l’enjeu central : le choix du projet de société et les luttes à venir seront plus frontales.

Notons que l’abstention massive du peuple aux dernières échéances électorales du pouvoir et l’échec de l’islamisme politique à imposer son hégémonie sur le mouvement citoyen ouvrent le champ des possibles au changement, à charge aux démocrates d’en saisir l’opportunité pour s’inscrire dans une véritable convergence et reprendre l’initiative politique.

N’oublions pas que le combat de ce grand mouvement populaire n’a pas été vain. Grâce à sa détermination et à sa lucidité, il a porté l’estocade aux Bouteflika. Bien plus, ce mouvement a mis à nu l’inanité d’un système à la face du monde et propulsé son peuple parmi les nations éligibles à la démocratie et à la modernité.

Les braises qui couvent sous ses cendres attendent le moment propice pour s’embraser avec encore plus de vigueur. Un peuple qui a su faire parler la poudre pour se libérer du joug colonial et qui a eu le génie d’inscrire son nouveau combat dans la non-violence possède toutes les ressources pour le continuer les luttes de mille manières.

– La résolution du Parlement européen sur les droits de l’homme en Algérie a suscité de vives réactions, notamment de formations politiques proches du pouvoir. Pourquoi autant de colère et de condamnation ?

Venons-en aux faits et interrogeons la question des droits de l’homme en Algérie et leur traduction réelle sur le terrain. Qu’en est-il des droits de l’homme ? A titre d’exemple, aujourd’hui des dizaines d’activistes, de journalistes, de blogueurs et d’hommes politiques sont broyés par une machine judiciaire aux ordres, et ce, dans l’opacité la plus totale.

Au lieu de garantir le libre exercice de la justice, le pouvoir se défausse systématiquement sur le même bouc émissaire : «La main de l’étranger». En fait, il use du même subterfuge pour faire écran au climat de répression et justifier les abus dont sont victimes les militants du mouvement citoyen.

Ce qui est terrible, c’est que l’ingérence existe mais lorsqu’elle est réelle, le système la passe souvent sous silence et la noie dans l’opacité. S’ingérer dans les affaires d’un Etat, c’est le déposséder de sa souveraineté, mais qui donc a permis l’ingérence des multinationales étrangères dans les affaires du pays sur fond de corruption et de fuite de capitaux ? Qui a mis à terre l’économie du pays ?

Qui l’a fragilisée et dévitalisée ? Qui a vidé de son contenu une indépendance chèrement acquise pour faire de l’Algérie un pays vulnérable et exsangue ? Qui a permis à des pays comme l’Arabie Saoudite ou le Qatar, coffres-forts du terrorisme islamiste pendant des décennies, de s’ingérer dans la vie politique du pays en semant le poison de l’idéologie wahhabite dans les écoles et les mosquées ?

En réalité, ceux qui poussent aujourd’hui des cris d’orfraie sont dans la complicité avec cette «main de l’étranger», mais malheureusement de telles pratiques maffieuses continueront de prospérer tant que l’Algérie n’aura pas basculé dans l’Etat de droit.

– Beaucoup d’encre a coulé sur l’état de santé du président de la République, hospitalisé le 28 octobre en Allemagne suite à sa contraction du coronavirus. Quelle appréciation faites-vous de la communication officielle sur ce sujet ?

La situation du pays est catastrophique à tous les points de vue, sociale, économique, sécuritaire… Le peuple est à l’abandon et tout donne à croire que l’Algérie est piégée dans un cercle vicieux. Nous revivons quasiment le même scénario que les années précédentes : une vacance du pouvoir dont personne n’ose se prononcer sur la durée et une opacité totale dans la gestion de la vie politique.

Mais cette fois-ci, la crise est aggravée par une pandémie généralisée dont les effets sont de plus en plus dévastateurs sur la santé des citoyens. Le pouvoir de Tebboune traîne le reliquat putréfié de ses prédécesseurs.

Un système gangrené par la sclérose ne peut pas réparer l’Algérie, ni réduire le gouffre abyssal qui le sépare du peuple. Comme attendu, il n’a tiré aucun enseignement des leçons que lui a assénées le mouvement citoyen. Ce système a abdiqué toute ambition de transformation et de vision démocratique. Il doit partir.

– Sur le plan régional, le Front Polisario a repris la lutte armée après la violation du cessez-le-feu par les forces militaires marocaines. L’Algérie, que le Maroc accuse d’être partie prenante de ce conflit, risque-t-elle d’être entraînée dans ce bourbier ?

Le contentieux du Sahara occidental est déjà vieux de 45 ans et depuis, le Maroc, soutenu par les monarchies du Golfe et la France, se refuse d’entrer en négociation avec son représentant, le Front du Polisario.

Dans ce conflit, l’Algérie a une position de principe. Elle est solidaire d’un combat de libération d’un peuple qui est disposé à mettre un terme à la guerre sur la base du principe d’autodétermination, et ce, conformément aux résolutions de l’ONU.

Cette coalition qui s’est cristallisée contre l’Algérie est très dangereuse. L’Arabie Saoudite veut, entre autres, faire payer à l’Algérie son refus de participer à la guerre contre le Yémen et la France, soucieuse de préserver son influence en Afrique, préfère prêter main forte à son meilleur ami en Afrique du Nord, le Maroc, pour mieux tenir en tenaille l’Algérie. Un autre pays lorgne du côté de l’Algérie, c’est la Turquie.

Grisé par sa victoire politique au Nagorny Karabakh et porté par le rêve de ressusciter le Califat, Erdogan ne manquera pas de manifester ses visées d’autant qu’il a déjà consolidé ses positions en Libye et avancé ses pions en Tunisie.

Dans un contexte aussi délétère, nous exhortons notre peuple à demeurer vigilant et mobilisé, et de soutenir toutes les actions de l’ANP visant à neutraliser toute tentative d’invasion étrangère du territoire ou de son démembrement.


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