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Bouleversements sociaux et psychiques au temps du Corona

Les conseils des psys pour ne pas craquer

31 mars 2020 à 10 h 06 min

Pour affronter cette épreuve inédite et les vives inquiétudes qu’elle suscite, il va sans dire que les psychologues sont d’un précieux secours. Aussi voit-on un peu partout dans le monde des cellules d’aide et d’écoute psychologique apportant leur assistance aux personnes directement touchées ou en détresse psychique, ou encore à des soignants au bord du burn-out.

Crises d’angoisse, crises de panique, anxiété, stress, idées noires, dépression, burn-out, culpabilité en pensant aux personnes qu’on pourrait contaminer… l’épidémie du coronavirus, force est de le constater, c’est aussi une situation intenable psychologiquement pour de nombreuses personnes.

En plus d’attaquer les organismes, l’épidémie affecte également, en effet, notre santé mentale et notre état psychique, même quand on est un sujet parfaitement sain. Le monde entier semble ainsi tétanisé par l’ampleur de la catastrophe sanitaire.

«Alors que le virus continue de se propager à l’échelle mondiale, et que le nombre de cas diagnostiqués continue d’augmenter, l’anxiété liée à l’épidémie est également en hausse. En tant que psychologue, j’en fais déjà le constat dans mon cabinet», témoigne Khaled Mouhoub, psychothérapeute, dans un entretien à El Moudjahid (édition du 23 mars 2020).

Et de faire remarquer : «Bien que le fait de ressentir de l’anxiété en réponse à une menace soit une réaction humaine tout à fait normale, un niveau d’anxiété élevé et constant peut compromettre nos ressources psychologiques en temps de crise.

Et les personnes qui souffrent déjà d’anxiété et de troubles connexes sont particulièrement susceptibles de rencontrer plus de difficultés psychologiques pendant la crise du coronavirus.»

Pour affronter cette épreuve inédite et les vives inquiétudes qu’elle suscite, il va sans dire que les psychologues sont d’un précieux secours.

Aussi voit-on un peu partout dans le monde des cellules d’aide et d’écoute psychologique apportant leur assistance aux personnes directement touchées ou en détresse psychique, ou encore à des soignants au bord du burn-out.

Sous nos latitudes, on voit également de nombreux psychologues s’impliquer consciencieusement dans la «bataille du corona» pour endiguer les bouleversements induits par l’épidémie du Covid-19 et contribuer à la tranquillisation des esprits.

La SARP crée une page «soutien psychologique Covid-19»

La SARP, l’Association pour l’aide, la recherche et le perfectionnement en psychologie, a ainsi créé une page Facebook sous le titre : «Association SARP/Soutien psychologique Covid-19». «Le coronavirus Covid-19 a plongé le monde et l’Algérie dans un état nouveau, souvent plein d’incertitudes et de craintes.

L’Association algérienne pour l’aide, la recherche et le perfectionnement en psychologie vous offre à travers cette page un espace d’échanges et d’informations, destiné aux professionnels de la santé, ainsi qu’à toute personne désireuse de s’informer ou de partager ses questionnements, inquiétudes et conseils…

Afin de traverser cette crise tous et toutes ensemble, dans un élan de solidarité qui, nous l’espérons, marquera une nouvelle ère», écrit l’association.

La SARP précise, en outre, que cet espace vise à apporter un «soutien psychologique pour tous ceux qui ont besoin d’aide», incluant «les soignants et les intervenants» dans la lutte contre la maladie.

«Expliquer les objectifs de la quarantaine»

Sur la page «Soutien psychologique Covid-19» créée par l’association, des conseils sont prodigués par la psychologue clinicienne et secrétaire générale de la SARP Salima Tadjine. «Chers collègues, vos clés pour mieux gérer la détresse des personnes en quarantaine, des médecins et des soignants», peut-on lire dans ce document.

Salima Tadjine conseille en premier lieu aux professionnels appelés à répondre à la détresse de personnes en situation de confinement ou bien au personnel médical intervenant auprès des malades, de commencer par «la psychoéducation» qui doit s’articuler autour de quelques procédures-clés :

«L’information correcte et simplifiée concernant le Covid-19» ; «L’explication des objectifs de la quarantaine» et des «Réactions à attendre durant la quarantaine» ; «Donner certaines orientations sur la manière de gérer la période de la quarantaine»…

Sous le titre : «Les premiers soins psychologiques», Salima Tadjine, qui est par ailleurs maître de conférences à l’université Alger 2, préconise un certain nombre de gestes et de règles à observer, parmi lesquels : «l’écoute active», «la mise des mots sur les maux, des phrases porteuses, des gestes porteurs», «le désamorçage (pour) éviter l’aggravation de la situation» ; «rappeler l’importance de ne pas oublier de s’hydrater, de manger, ne pas renoncer au repos et au sommeil »…

La psychologue clinicienne recommande, en outre, «l’écoute des besoins spécifiques et immédiats, comme le besoin de contacter la famille, besoin de soins…» et conseille d’«aider les personnes à maintenir le contact avec leurs proches».

«Invente-toi une nouvelle routine»

Salima Tadjine a conçu un autre document consacré aux effets psychiques de la mise en quarantaine en suggérant des pistes comportementales pour les atténuer.

Stress, anxiété, apathie, ennui, colère, sentiment d’exclusion, rumination, peur de la solitude, peur de l’inconnu, problèmes de concentration, insomnies, état d’abattement et de déprime due à la suspension de son activité professionnelle et la baisse des interactions sociales, aggravation de la détresse psychique en latence avant le début de l’isolement sanitaire…

Autant de souffrances psychologiques qui tourmentent peu ou prou les individus placés en isolement.

Pour faire face à ces chamboulements, Salima Tadjine invite les personnes en quarantaine à s’inventer une «nouvelle routine» : s’entretenir, faire sa toilette quotidienne, se changer et s’habiller comme on le fait habituellement pour sortir.

Elaborer un programme de la journée en planifiant «des tâches à accomplir, et réparties dans le temps et les espaces de la maison» ; «manger sain, dormir suffisamment et pratiquer une activité sportive».

Eviter les infos anxiogènes et la surexposition aux réseaux sociaux

La psychologue insiste aussi sur le bien-être que se procurerait le sujet placé en quarantaine en évitant la surconsommation d’infos, les sites toxiques et les contenus anxiogènes charriés par les réseaux sociaux. «Ne se fier qu’aux sources sûres tout en diminuant le suivi des informations et la fréquentation des réseaux sociaux», souligne Mme Tadjine.

On gagnerait plutôt à consacrer notre temps de confinement, propose-t-elle, à des activités intellectuelles et récréatives, «apprendre une nouvelle langue, écrire, lire, réfléchir à des projets différés, pour vaincre l’ennui et maintenir une activité mentale».

Dans le même temps, elle nous incite vivement à «fixer des limites fermes à l’activité professionnelle pour éviter l’épuisement, prendre un temps pour se reposer» et puiser dans le web des contenus apaisants, y compris la musique et autres programmes relaxants.

Il faut, dit-elle encore, «se concentrer sur le positif, accorder plus d’importance aux histoires positives…», «se focaliser sur l’instant présent, ne pas trop penser au futur. Se dire que ce sont des mesures provisoires et que tu n’es pas seul».

Elle poursuit : «Et souviens-toi que tu t’aides énormément et aides beaucoup tes proches en étant en isolement.» La psychologue préconise également de puiser dans nos ressources spirituelles. «Emploie tes valeurs religieuses pour comprendre et accepter les choses et garder espoir», écrit-elle.

L’humour contre l’abattement

Salima Tadjine complète en recommandant de faire attention aux personnes de son entourage et de s’assurer qu’elles respectent elles aussi les précautions sanitaires requises.

Elle poursuit : «Observe, sois à l’écoute, rassure au maximum» ; « Si tu n’es pas soumis à des règles d’isolement individuel strictes (…), essaie de venir en aide à ceux qui en ont besoin en accomplissant certaines tâches pour eux» ; «Reste en contact avec tes voisins, tes collègues, tes amis, ta famille ; prends de leurs nouvelles par téléphone, par sms ou via les réseaux sociaux.»

Dans le même registre, elle propose : «Fais profiter les autres de tes expériences positives et efficaces dans la mise en quarantaine.»

Enfin, pour garder le moral, Salima Tadjine nous exhorte à nous dérider les zygomatiques quand on a la force de rire de nos malheurs. «Utilise l’humour et les blagues de façon appropriée pour tempérer le sentiment d’abattement», glisse-t-elle.

Autre page repérée sur Facebook : «Covid-19 Béjaïa – Officiel» qui se présente comme la «page officielle de la cellule d’information et de suivi de l’APW de Béjaïa».

Et sur cette page, on peut visionner une vidéo très instructive de Ryad Bekkaoui, psychologue clinicien spécialiste en psychologie du développement et du handicap, et animant des sessions d’éveil psychologique.

«Le psychologue clinicien Ryad Bekkaoui vous explique comment gérer le confinement pour faire face au coronavirus», indique donc la page «Covid-19 Béjaïa».

«Ce n’est pas parce que tu es confiné que tu es condamné»

Ryad Bekkaoui a le mérite de prodiguer ses conseils dans une langue accessible, avec pédagogie, en utilisant largement le kabyle. «Nous sommes à vos côtés pour vous aider à gérer l’anxiété liée au coronavirus», rassure d’emblée le psychologue.

Certaines attitudes observées font penser que les gens sont parfois au bord de la «psychose», constate l’intervenant dans la vidéo. «Les gens sont nerveux, stressés, angoissés. Ils ont peur. Certains se posent des questions au moindre rhum, se disant je suis touché par le coronavirus.»

Et le psychologue clinicien de livrer quelques recommandations pratiques «pour s’adapter à ce nouveau mode de vie» en parlant du confinement. «Il y a nombre d’activités qu’on avait différées, c’est l’occasion de les réaliser», positive le psy.

«Deuxième chose : il faut éviter de prêter oreille à toutes les rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux et n’écouter que les informations fiables», insiste M. Bekkaoui. «Ici, à Béjaïa, nous avons la cellule de communication de la wilaya. Il y a la page créée par l’APW (Covid-19 Béjaïa – Officiel, ndlr) qui informe régulièrement sur toute nouvelle situation.

On a également la cellule de communication du CHU Khelil Amrane ainsi que le SAMU de Béjaïa. Il faut citer aussi Radio Soummam. Ce sont autant de sources fiables. Elles ont toutes leur page Facebook.» Ryad Bekkaoui estime que «les rumeurs créent des situations de panique». «Il faut éviter les sources d’information négatives», martèle-t-il.

«Être à l’écoute des plus vulnérables»

Autre recommandation : «Il ne faut pas penser que, du fait que tu es tenu de rester confiné chez toi, tu es condamné. Il faut créer des loisirs à l’intérieur du foyer. Il faut créer des activités. Il y a des activités manuelles que tu peux faire, par exemple des opérations de recyclage», suggère le psychologue.

Ryad Bekkaoui appelle à porter une attention particulière aux personnes âgées pour qui «il n’est pas facile de changer leurs habitudes». Il conseille, en outre, de chasser les idées noires et «ne pas penser à la mort». «Il faut toujours être optimiste et positif dans ses pensées, il faut écarter l’idée de la mort.»

Ryad Bekkaoui alerte par ailleurs sur les effets de l’isolement social à l’intérieur même de nos foyers en nous incitant à développer une communication attentive envers les plus vulnérables parmi nos proches et être en permanence à leur écoute pour éviter aux plus fragiles d’entre nous «le repli sur soi» qui peut mener à la dépression.



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