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mercredi, 13 novembre, 2019
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Ezzedine Ghlamallah. Spécialiste en finance islamique et en assurance Takaful

«Les assurances épargne et prévoyance ont du mal à se développer en raison d’un marché financier limité»

25 août 2018 à 1 h 00 min

– Le développement de la finance islamique fait débat depuis une année. A votre avis, où en est-on exactement ?

Dans la perspective du développement du marché financier algérien et étant donné son faible niveau actuel, la mobilisation par les banques et établissements financiers des ressources d’épargne intérieure reste une question primordiale. La faiblesse des levées de fonds de la dernière tentative d’introduction en Bourse et celle de l’emprunt national en sont d’ailleurs des exemples illustratifs.

Dans le cadre du plan de modernisation du secteur bancaire algérien, la mise place d’un environnement favorable au développement de la finance islamique et du Takaful doit permettre de rendre plus efficient le système bancaire algérien et d’offrir une autre alternative au financement.

Dans ce contexte, un nouveau règlement de la Banque d’Algérie doit être promulgué pour encadrer la gestion des produits financiers dits alternatifs au niveau des banques et établissements financiers une fois qu’il aura été validé par le conseil de la monnaie et du crédit.

On ne peut que se féliciter de l’adoption future d’une réglementation particulière qui tienne compte des spécificités des opérations financières islamiques et qui permette d’en assurer la conformité quant aux différents standards actuellement en vigueur dans l’industrie mondiale.

C’est sans doute une bonne stratégie pour tester la matérialisation des potentialités du marché avant de passer à la vitesse supérieure par la création de lois spécifiques une fois que ce dernier aura prouvé son attractivité auprès des ménages et des entreprises.

Au sujet des fenêtres des banques conventionnelles souhaitant offrir à leur clientèle les produits de la finance alternative, on peut s’interroger si le futur règlement exigera une filialisation des activités, permettant d’assurer une imperméabilité totale entre les produits conventionnels et islamiques, ou si cette organisation spécifique et particulière sera uniquement interne aux différentes institutions financières de la place.

– Quid des conditions à assurer dans ce cadre ?

Il va falloir développer l’attractivité de cette nouvelle offre par l’adoption de plans marketing stratégiques et opérationnels spécifiques mis en œuvre par les opérateurs. Sans pédagogie de leur part vis-à-vis de leurs clients, ces derniers ne seront pas capables de distinguer entre produits conventionnels et alternatifs.

Pour que l’offre soit attractive, il faut nécessairement qu’elle soit compétitive, que ce soit en termes de coût ou d’innovation technologique, car la communication seule ne sera pas suffisante pour convaincre. Pour encourager le secteur à atteindre cet objectif, un incitatif fiscal visant à favoriser les opérations financières islamiques pourrait être pertinent.

Ensuite, il faudra pour les promoteurs de la finance islamique être en capacité d’instaurer la confiance, il est indispensable de garder à l’esprit que si l’on souhaite atteindre les objectifs d’accroissement de l’inclusion financière et de mobilisation des liquidités situées hors circuit bancaire, il faut réinstaurer la confiance vis-à-vis des institutions financières.

La question à laquelle nous devons répondre aujourd’hui est de savoir comment rétablir cette confiance dans le but d’optimiser la circulation des liquidités dans le système tout en luttant contre les poussées inflationnistes.

– Comment s’annonce justement l’avenir de la finance islamique en Algérie ?

Le recours à la finance islamique va permettre à l’Algérie de diversifier et de financer son développement économique. A titre d’exemple, on peut citer les banques Al Baraka et Al Salam Bank dont plus de 25% de leurs portefeuilles sont dédiés au financement de l’appareil productif.

La finance islamique peut permettre de capter les quelque  3700 milliards de dinars qui se trouvent hors circuit bancaire. La finance islamique a le pouvoir de lever les réticences des Algériens vis-à-vis du système bancaire en général et des banques en particulier.

Du côté de la Bourse d’Alger, le travail d’implantation de la finance islamique et de ses instruments suit son cours : la place développe actuellement des structures et des montages permettant l’émission de sukuk dans le but d’être pleinement opérationnelle une fois le cadre légal défini. Rappelons que d’après ICD & Thomson Reuters, le marché mondial des 2438 sukuk en circulation valait 345 milliards de dollars en 2016 et doit dépasser, à l’horizon 2022, la barre des 600 milliards de dollars.

Les émissions de sukuk souverains peuvent être une solution de financement des projets étatiques grâce à la mobilisation de l’épargne de la population au travers de produits de capitalisation des assurances de personnes qui pourraient être distribués via la bancassurance.

Non seulement l’utilisation des sukuk va permettre à l’Algérie de diversifier ses sources de financement externes en lui donnant accès aux investisseurs institutionnels islamiques, mais elle va aussi contribuer au financement de ses entreprises nationales qui pourront, une fois que le marché sera mature, trouver en ces titres hybrides participatifs une solution de financement à leurs problématiques de trésorerie, sans pour autant passer par une introduction en Bourse ou avoir recours à des émissions obligataires.

Quant à l’offre de produits bancaires grand public, elle aura pour premier effet de soutenir le marché de l’immobilier et de la construction grâce à l’octroi de nouveaux crédits.

Grâce à la mise sur le marché d’une offre grand public de comptes d’épargne sans intérêt et/ou participatifs, les banques arriveront à drainer de nouvelles ressources dormantes, thésaurisées hors circuit bancaire ou en circulation sur le marché informel. L’ensemble de ces mesures doit permettre à l’Algérie de mieux financiariser son économie affaiblie par des exportations insuffisantes et le poids du marché informel.

L’utilisation des sukuk et la création d’une offre grand public remplissent le même objectif de financement de l’économie algérienne, leurs contributions à l’atteinte de cet objectif ne s’effectuent cependant pas de la même manière, mais restent néanmoins complémentaires. Il y a donc fort à parier que l’Algérie émette un sukuk souverain dans un avenir proche et que le développement de la finance islamique s’accélère.

– Qu’en est-il de l’assurance islamique ?

D’après le Conseil national des assurances (CNA), le chiffre d’affaires réalisé par les assurances dommages (assurances de biens et de responsabilités) représente une part de marché de plus de 90%. Le montant des primes d’assurance/habitant s’élève à l’équivalent de 40 dollars, contre une moyenne mondiale de 662 dollars.

Les assurances de personnes sont en phase de démarrage avec 9% du marché, dans les pays où l’assurance est bien développée elles représentent généralement plus de 75%. L’assurance Takaful n’existe qu’à travers Salama Assurances, créée en 2000, et ce, en dépit de l’inexistence d’une réglementation spécifique. Elle est une filiale d’un groupe international d’assurance et de réassurance spécialisé dans le Takaful, Salama lslamic Arab Insurance Company (IAIC).

Le peu d’assurances obligatoires, le manque de culture assurantielle et de communication sont de véritables freins au développement de l’assurance Takaful en Algérie.

Par ailleurs, les assurances épargne et prévoyance ont du mal à se développer en raison d’un marché financier limité, alors qu’elles doivent contribuer au financement de l’économie du pays. Il est important de rappeler que le cadre réglementaire impose, depuis juin 2011, aux compagnies qui souhaitent commercialiser des assurances de personnes de disposer de filiales spécialisées. Malgré ces freins, l’avenir semble prometteur.

Le développement d’internet va profiter au secteur des assurances en général et au Takaful en particulier. Avec la possibilité de réaliser des devis en ligne, de déclarer des sinistres et de gérer les contrats souscrits, le secteur de l’assurance va se démocratiser et s’étendre à l’ensemble du pays.

Par ailleurs, l’assurance Takaful famille (assurance de personnes) va permettre d’apporter des solutions répondant aux nouveaux enjeux socioéconomiques par le développement de complémentaires santé et de garanties des accidents de la vie.

Certes, les assurances catastrophes naturelles et risques automobiles ont été rendues obligatoires, cependant, si l’on veut assister à un véritable essor de l’assurance en Algérie qui permette d’assurer le développement et le financement de l’économie, il est nécessaire de légiférer afin de rendre d’autres branches d’assurances obligatoires et de donner un cadre juridique spécifique à l’assurance Takaful comme ont su le faire nos voisins tunisiens et marocains.


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