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mardi, 20 octobre, 2020
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Alors qu’il a connu deux renvois successifs

Le procès de la mystérieuse «Mme Maya» reporté au 7 octobre

01 octobre 2020 à 11 h 07 min

Encore une fois, la troisième, le procès de la mystérieuse «Mme Maya», présentée comme «la fille secrète» du président déchu, Abdelaziz Bouteflika, a été renvoyé hier au 7 octobre par le tribunal de Chéraga, à Alger. Le juge a évoqué, comme motif, l’absence de nombreux témoins, dont des officiers de police, mais aussi la grève des avocats, qui ont délégué certains de leurs confrères pour demander un ajournement au 21 octobre, rejeté par le magistrat.

La salle d’audience du tribunal de Chéraga, où devait se tenir le procès tant attendu de «Mme Maya» ou «Lemaâlma» (La patronne), de son vrai nom Zoulikha-Chafika Nachinach, présumée fille cachée du Président déchu, a été vidée hier des quelques citoyens ayant assisté aux nombreuses affaires de droit commun, jugées en début de matinée, en l’absence des avocats, avec l’accord des prévenus.

Il était 11h passées, lorsque la mystérieuse dame, un voile en dentelle blanche sur la tête, a fait son entrée au box, mains menottées et entourée par de nombreux gendarmes, policiers et agents de l’administration pénitentiaire.

Du regard, elle fait le tour de la salle à la recherche de ses deux filles, Imène et Farah, poursuivies avec elle, mais laissées en liberté. Elle tente de leur parler, mais les policiers l’en empêchent.

Mme Maya comparaît aux côtés de l’ex-patron de la police, Abdelghani Hamel, de l’ex-ministre des Travaux publics et ancien wali d’Oran, Abdelghani Zaalane, de l’ex-ministre du Travail et ancien wali de Chlef et de Annaba, Mohamed Ghazi, du fils de ce dernier (Chafik), son ancien chef du protocole, Mustapha Boutaleb, et d’autres prévenus, Miloud Benaiche, Belkacem Bensmina, Karim Goujil et Mohamed Cherif, dit Siousiou, en situation de fuite.

Tous doivent répondre de plusieurs chefs d’inculpation dont «trafic d’influence», «abus de fonction», «blanchiment d’argent», «incitation d’agents publics pour l’obtention d’indus avantages», «corruption», «octroi d’indus avantages» et «violation de la réglementation des changes».

D’emblée, le juge fait l’appel des prévenus, puis d’une vingtaine de témoins. Pour la première fois, Mohamed Rougab, l’ancien secrétaire particulier du Président déchu, répond présent.

Petite taille, menu, des lunettes de vue sur le nez, décontracté, il est assis au coin du deuxième rang, après le box des prévenus.

Elément-clé dans cette affaire en raison du rôle qu’il a joué dans l’introduction de la présumée «fille cachée» du Président déchu auprès des walis et des ministres, son audition en tant que témoin est exigée avec insistance par la défense de l’ancien ministre du Travail, Mohamed Ghazi.

De nombreux officiers de police, des témoins à charge ne sont pas dans la salle d’audience.

Le juge fait savoir aux prévenus : «Etant donné la grève des avocats, un droit consacré que je respecte, si vous acceptez d’être défendus sans votre défense, le tribunal vous constituera une autre d’office.»

Mme Maya est la première à réagir. «Je ne veux pas être jugée sans mes avocats», dit-elle d’une voix haute, suivie par les autres prévenus, à l’exception de Abdelghani Zaalane, qui déclare : «Je fais confiance au tribunal.»

Au nom de ses confrères, une avocate remet au président du tribunal une demande d’ajournement du procès pour le 21 octobre, en avançant comme argument la grève des robes noires. Le juge prend acte et suspend l’audience pour une quinzaine de minutes.

A son retour, il déclare : «En raison de l’absence de nombreux témoins, qui doivent impérativement être présents au procès, au refus des prévenus à être jugés sans leurs avocats et de la grève de ces derniers, le procès est renvoyé au 7 octobre.»

Présence de Mohamed Rougab, l’ex-secrétaire particulier de Bouteflika

Du fond du box, Mohamed Ghazi, d’une voix éteinte et les mains tremblantes, lance : «Je suis malade. Je veux être jugé en étant en liberté.» Le magistrat ne semble pas (ou fait mine de ne pas) avoir entendu la demande du prévenu.

Il explique que «l’expertise médicale demandée par la défense du prévenu a été faite. Le rapport se trouve dans le dossier». Cette expertise avait été exigée par Me Hadjouti, avocat de Ghazi, le 26 août dernier, devant le même tribunal.

L’avocat s’était offusqué de l’absence d’une telle expertise alors que son mandant avait fait des malaises, y compris en pleine audience. «Nous ne comprenons pas pourquoi cette expertise est introuvable. Le prévenu est très malade. Il souffre de plusieurs pathologies.

Même s’il a été gardé tout le temps à l’infirmerie, son état n’a cessé de se détériorer et nous ne savons même pas s’il va tenir jusqu’au 30 septembre», avait-il déclaré le 26 août dernier, avant d’exiger l’audition comme témoin de Mohamed Rougab, l’ancien secrétaire particulier du Président déchu.

Le juge lève l’audience vers 11h30 et à ce moment précis, Mme Maya tente d’échanger quelques mots avec ses filles, mais en vain.

Les gendarmes lui menottent les mains au même titre que les autres prévenus et l’emmènent, sous les pleurs de l’une de ses filles.

Il faut dire que c’est l’une des affaires les plus mystérieuses, celle d’une femme qui a réussi à avoir accès aux cercles de décision les plus fermés au sommet de l’Etat et de ses institutions en se présentant juste comme «la fille cachée» du Président déchu.

Un statut de «privilégiée», grâce auquel son niveau de vie va basculer, en quelques années, de couturière habitant un F2 dans quartier populaire à Alger, à celui d’une femme «d’affaires», possédant un empire financier et des biens en Algérie et à l’étranger.

Une fortune qu’elle a réussi à amasser en monnayant l’obtention de terrains, de concessions, le déblocage de projets industriels au profit d’hommes d’affaires, la nomination aux postes de ministre ou de wali dans des régions florissantes, la promotion de walis, de chefs de daïra, de cadres de l’Etat, etc.

Autant de services, qui lui ont permis d’être l’une des femmes les plus courtisées et les plus sollicitées et de s’offrir un train de vie luxueux.

Très attendu, le procès de Mme Maya pourrait faire la lumière sur les mystères qui entourent son ascension fulgurante, les promotions qu’elle a vendues à de nombreux hauts responsables, dont certains sont toujours au pouvoir, et surtout la réalité de sa relation avec le Président déchu, son ancien secrétaire particulier Mohamed Rougab, son frère conseiller Saïd Bouteflika.

Le procès devrait aussi permettre de comprendre à quel titre Mme Maya possédait-elle une garde rapprochée, une surveillance policière permanente de ses trois villas, situées à la zone d’Etat Moretti, à l’ouest de la capitale, et d’apporter des réponses aux nombreuses questions sur l’identité des auteurs (et des raisons) de la mise sous le coude durant deux ans de cette affaire, qui a éclaté en juin 2017, après la saisie, dans la villa de Mme Maya, d’un montant de 430 millions de dinars, d’importantes sommes en devises et 17 kg d’or en bijoux.

Elle n’a été exhumée qu’en juillet 2019, date à laquelle l’ancien patron de la gendarmerie en personne (en fuite à l’étranger), le général Ghali Belkebir, a procédé à l’arrestation de la mystérieuse «Lemaâlma», ses deux filles, qui vont entraîner avec elles plusieurs personnalités.

Dans le communiqué du tribunal de Chéraga, il est fait état de la récupération de 120 millions de dinars, 270 000 euros, 30 000 dollars, 17 kilogrammes de bijoux en or et plusieurs documents de voyage dans la somptueuse villa 143 de Mme Maya, qui servait pour les dîners et les soirées mondaines, où se monnayaient les services rendus.

Pour les plus avertis, cependant, il ne faut pas s’attendre à des révélations. Selon eux, à ce niveau d’implication, le silence devient inévitablement la meilleure monnaie d’échange contre un sort plus clément. 

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