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Le procès de la îssaba n’accroche pas le Hirak

08 décembre 2019 à 10 h 25 min

Ouvert le 4 décembre après un premier report, le procès de deux anciens Premiers ministres de Bouteflika, Sellal et Ouyahia en l’occurrence, et de tout un aréopage de ministres et d’hommes d’affaires ne semble pas avoir capté l’intérêt des Algériens, engagés dans le hirak depuis le 22 février.

Bien qu’il ait occupé une grande place dans la presse écrite et audiovisuelle, ce procès de hauts dignitaires du régime n’emballe ni la rue ni la Toile. Par leurs commentaires et leurs réactions, les Algériens s’inscrivent au-delà du jugement d’une affaire de corruption, fusse-t-elle celle de hauts responsables du pays.

De nombreux internautes estiment que l’objectif du hirak n’est pas seulement de juger les responsables de la corruption qui a gangrené le pays mais d’en finir avec le système politique qui a permis cette corruption à grande échelle. Aussi, les manifestants, qui se sont fortement mobilisés durant le 42e vendredi de marche, n’ont pas fait dans leurs slogans référence à ce procès qui se poursuit pourtant, avec évocation de montants de corruption qui donnent le tournis.

La raison ? Les Algériens sont au courant, depuis de longues années, de la prolifération du fléau de la corruption dans les rouages de l’Etat, grâce notamment à de multiples scandales éclatés et révélés dans la presse nationale et parfois étrangère, impliquant de hauts responsables et des hommes d’affaires.

Abdelghani Badi, avocat, estime que le peu d’intérêt accordé aujourd’hui au procès de corruption, impliquant deux ex-responsables de l’Exécutif s’explique par «la confiance perdue entre le citoyen et les autorités à la suite des accumulations de longues années de corruption, de pots-de-vin et de népotisme». «Ce passif jette toujours une ombre sur la scène judiciaire, ajoute cet avocat, pour lequel l’autorité judiciaire, qui est passée par des pouvoirs non judiciaires, n’a toujours pas gagné une large confiance des Algériens.» «Le citoyen, qui voit qu’on lui impose un agenda politique qu’il n’a pas choisi et n’a même pas consulté, qui voit des poursuites judiciaires contre des militants qui n’ont fait qu’exprimer leur opinion et qui assiste à des restrictions sur la liberté d’expression, est conscient que le pouvoir judiciaire n’est pas indépendant», soutient cet avocat, qui considère que «les procès populaires qui précèdent la véritable transformation politique suscitent toujours débat».

De son côté, Saïd Salhi, vice-président de la LADDH, souligne que «le jugement des responsables de la corruption et de la gabegie est une demande populaire». Mais, poursuit-il, «le choix de programmer ce procès en pleine campagne électorale et à quelques jours de la date prévue des élections rejetées par le peuple, ce procès, qui aurait été un moment important de l’histoire du pays, suscite de la suspicion et de la méfiance, au point où réellement il n’intéresse pas l’opinion». «C’est un non-événement perçu non pas comme un procès qui devra servir d’exemple à l’avenir, mais une opération de marketing politique, qui vise à duper l’opinion pour l’attirer au vote. Le citoyen se pose la question sur qui juge qui, le système peut-il juger les siens ?» s’interroge M. Salhi. Selon lui, «le citoyen a perdu confiance en ce système, d’autant que le procès se déroule au tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, ce même tribunal qui a brillé par son caractère d’exception dans l’affaire du drapeau amazigh».

Contrairement donc à ce qu’il aurait pu susciter comme intérêt en raison du statut politique des principaux prévenus qui ont occupé de très hauts fonctions durant de longues années, ce procès passe au second plan d’un paysage politique marqué par un rendez-vous électoral rejeté par des pans entiers de la société et donc risqué. Un procès que certains tournent en dérision et que d’autres commentateurs considèrent comme «un appât pour mordre à l’hameçon électoral».

Pour les observateurs les plus avisés, il aurait été plus judicieux d’assainir d’abord la situation politique, de concrétiser la revendication du hirak d’un changement profond pour ensuite passer au jugement de tous ceux qui étaient responsables de la situation de crises multiples dans laquelle se trouve actuellement le pays.


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