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Le prince héritier Mohammed Ben Salmane tient des propos inédits : Vers une «déwahhabisation» de l’Arabie Saoudite ?

09 mai 2021 à 10 h 45 min

Le bouillonnant prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane, a récemment tenu des propos peu habituels dans un pays connu pour être le bastion de l’islam rigoriste. En plaidant pour la modération dans l’application de la charia dans le système de gouvernance de son pays, le prince donne l’impression de franchir un nouveau pas dans la mise en place d’un projet révolutionnaire : la déwahhabisation de l’Arabie Saoudite.

Dans une interview à la télévision saoudienne El Arabyia, il a estimé que son pays devrait s’en tenir uniquement aux préceptes du Coran et aux hadiths dits «mutawatir», c’est-à-dire ayant plusieurs sources.

Le gouvernement, en ce qui concerne la charia, doit mettre en œuvre les règlements et les enseignements du Coran dans les hadiths mutawatir, se pencher sur la véracité et la fiabilité des hadiths ahad (rapportés par une seule source, ndlr) et ignorer entièrement les hadiths «khabar», sauf si un avantage clair y est décelé pour l’humanité.

Ainsi, il ne devrait y avoir aucune punition liée à une question religieuse, sauf lorsqu’il y a une stipulation coranique claire, et cette sanction sera appliquée en fonction de la manière dont le Prophète l’a appliquée.

Origine douteuse de certains hadiths

Dans les faits, cela veut dire que l’Arabie Saoudite pourrait abandonner certaines lois et pratiques non citées dans Le Coran, mais seulement dans certains hadiths dont l’origine est douteuse (comme, par exemple, la sanction de 100 coups de fouet pour les coupables d’adultère). «Notre Constitution est Le Coran, ça l’a été, ça l’est toujours et ça continuera de l’être pour toujours. Et notre système de gouvernance de base le stipule très clairement. Nous, en tant que gouvernement, ou le Conseil de la choura, en tant que législateur, ou le roi en tant que référence pour les trois autorités, sommes tenus de mettre en œuvre Le Coran sous une forme ou une autre», affirme Mohammed Ben Salmane.

Et de poursuivre : «Dans les affaires sociales et personnelles, nous ne sommes obligés de mettre en œuvre que des stipulations clairement énoncées dans Le Coran. Ainsi, je ne peux pas appliquer une punition de la charia sans une stipulation coranique claire ou une stipulation explicite de la sunna (…), mettre en œuvre une sanction sous prétexte qu’il s’agit d’une sanction de la charia alors qu’il n’y a pas de stipulation pour une telle sanction dans Le Coran ou dans le hadith mutawatir, est aussi une falsification de la charia.»

Il est à rappeler que le roi Ben Salmane avait créé, en 2017, un Centre des hadiths du Prophète, son siège étant à Médine, dont la mission était d’expurger les compilations de faux hadiths.

Selon les analystes, ces déclarations d’intention, si elles venaient à être concrétisées, pourraient ouvrir une brèche dans le corpus dogmatique sunnite et donner un sacré coup au salafisme qui se base essentiellement sur la sunna du Prophète. Il y a quelques années, des propos similaires tenus par cheikh El Ghazali, chantre de la «wasatya» (la voie médiane), ou encore cheikh Mohamed Abouzohra, avaient été vivement critiqués.

Rupture

Le prince ne se suffit pas de cela, ses propos annoncent une probable rupture avec le wahhabisme : «Lorsque nous nous engageons à suivre une certaine école ou un certain savant, soutient MBS, cela signifie que nous divinisons les êtres humains. Dieu Tout-Puissant n’a pas mis de barrière entre lui et les gens.

Il a révélé Le Coran et le Prophète l’a mis en œuvre.» Et de souligner : «Si cheikh Mohammed Ben Abdelwahhab était avec nous aujourd’hui, qu’il nous trouvait engagés aveuglément à ses textes et fermant nos esprits à l’interprétation et à la jurisprudence tout en le déifiant et en le sanctifiant, il serait le premier à s’opposer à cela.» «Par exemple, il y a 100 ans, lorsqu’un érudit émettait une certaine fatwa ne sachant pas que la Terre était ronde et ne connaissant pas les continents ou la technologie, etc., cette fatwa aurait été basée sur les informations alors disponibles et leur compréhension du Coran et de la sunna, mais ces choses changent avec le temps et sont différentes aujourd’hui.»

Selon la perception du prince saoudien, il n’y a pas d’écoles de pensée fixe et il n’y a pas de personne infaillible. Il appelle ainsi à l’ijtihad. «Nous devrions, affirme-t-il, nous engager dans une interprétation continue des textes coraniques et il en va de même pour la sunna du Prophète, et toutes les fatwas devraient être basées sur l’heure, le lieu et l’état d’esprit dans lesquelles elles sont émises.»

Et d’ajouter : «Tous les juristes et universitaires musulmans parlent du concept de modération depuis plus de 1000 ans. Donc, je ne pense pas être en mesure de clarifier ce concept, autant que je peux… respecter la Constitution saoudienne, qui est Le Coran, la sunna et notre système de gouvernance de base et de le mettre pleinement en œuvre dans un sens large qui inclut tout le monde.»

Il est à souligner que le prince saoudien a commencé une réforme de son pays, le réconciliant avec l’art et le cinéma (fermés depuis les années 1980) et en accordant aux femmes le permis de conduire.

Alors que l’image de l’Arabie Saoudite a été grandement écornée, notamment après les attentats du 11 Septembre 2001, la baisse des prix du pétrole, la pression américaine et la menace djihadiste contraignent Riyad à travailler afin de donner une image plus acceptable de la monarchie.
Une opération des plus ardues, requérant une capacité d’adaptation, sachant que les clercs religieux saoudiens sont réputés pour leur inflexibilité. Pour autant, il est encore trop tôt pour évoquer un «postwahhabisme».

De nombreux monarques saoudiens avaient repris l’antienne de l’islam modéré du «juste milieu», qu’ils abandonnent aussitôt que les prix du baril repartent à la hausse.

Par ailleurs, l’image du royaume saoudien s’est beaucoup détériorée à cause notamment d’actes barbares, tels que la décapitation le 2 janvier 2016 de 48 chiites, dont un mineur de 16 ans, et le meurtre de Djamel Khashoggi, séquestré, exécuté et dépecé dans le consulat saoudien d’Istanbul.

 

 

 

Aux origines du wahhabisme

Unifiée depuis 1932, l’Arabie Saoudite est un régime théocratique, dont la matrice est l’alliance nouée en 1745 entre un chef de tribu locale, Mohamed Ben Saoud, et un prédicateur religieux, Mohammed Ben Abdelwahhab (1703- 1792). Celui-ci affirme que la seule manière de réussir ici-bas et dans l’au-delà réside dans l’observation stricte d’une pensée et d’une pratique conformes à la doctrine hanbalite. Tous ceux qui n’adhèrent pas à ce dogme, notamment les mouvements soufis, sont exclus de la communauté. Pour Ben Abdelwahhab, le djihad, au sens de guerre pour défendre ou propager l’islam, devient le principal moyen de ramener les égarés dans le droit chemin. Le pouvoir est partagé comme suit : aux Ben Saoud, le pouvoir temporel, aux descendants de Ben Abdelwahhab l’éducation, la justice et le pouvoir religieux. La monarchie saoudienne a un système de succession bien particulier, de frère à frère, avec confirmation par le conseil de famille, légèrement modifié en 1992 puis en 2006 avec la création du Conseil d’allégeance.


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