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Repère

Le peuple réhabilite le politique

17 mars 2019 à 9 h 20 min

Après de longues décennies d’une dictature qui a fait de la chose politique un ennemi à abattre, le peuple, dans sa magnifique mobilisation et dans un formidable sursaut de dignité, a réhabilité le politique en se redonnant le pouvoir de décider de son présent et son avenir. L’autodétermination, usurpée un certain été 1962 par des militaires dépourvus d’éthique et de moralité, revient aux mains d’un peuple déterminé plus que jamais à réhabiliter son droit de s’intéresser et de faire de la politique et d’être le maître de son destin.

Il serait vain et contre-productif de nier les liens de l’histoire avec ce qui bouillonne dans cette Algérie du XXIe siècle. Outre la connexion via les réseaux sociaux, il est aussi utile de souligner ces nombreuses connexions avec l’histoire. Les jeunes ne sont pas dans le déni de l’histoire, comme l’a été le pouvoir, ils sont dans la réhabilitation de la vérité sur ce que fut le réel combat pour la liberté mené par leurs aînés quand ils avaient leur âge. Il n’est point de hasard à voir arborés dans ces marches pour la dignité, des portraits de Ben M’hidi, Abane Ramdane, Aït Ahmed et d’autres vrais héros du Mouvement de libération nationale. Il n’est pas non plus fortuit d’écouter ces masses populaires majoritairement jeunes chanter : Min Djibalina sans en oublier une strophe et acclamer Djamila Bouhired.

Même la tragique et malheureuse mort du fils de Benyoucef Benkhedda ajoute un symbole à cette dynamique populaire, qui prend son essence dans l’amour d’une patrie détournée depuis 1962 par une bande sans foi ni loi. En août 1956, le Congrès de la Soummam avait balisé, après la Déclaration du 1er Novembre 1954, les contours de l’Algérie pour laquelle se bat le peuple algérien.

Dans cette déclaration était soulignée la primauté du politique sur le militaire, comme un principe fondateur de la lutte de libération et de l’Algérie indépendante. Même si les Algériens ont pris les armes contre le colonialisme, ils avaient, grâce à certains dirigeants du FLN historique, conscience de la nécessité de faire valoir le politique sur le risque d’une militarisation despotique que des chefs militaires pourraient exercer pendant la guerre et après l’indépendance. Abane Ramdane a payé de sa vie cette position et a été assassiné par ces mêmes chefs militaires. En 1962, l’indépendance a été confisquée et à la longue nuit coloniale succéda une longue nuit du régime des clans. L’activité politique est interdite et les partis de l’opposition activent dans la clandestinité.

Les prisons algériennes ne désemplissaient d’ailleurs pas de «locataires» politiques. Mais les idées trouvaient tant bien que mal leur chemin pour atteindre un auditoire conscient de la nécessité d’en découdre avec la logique du parti unique. En 1988, la date de péremption du parti unique a sonné et les Algériens ont imposé l’ouverture démocratique. La page que les Algériens voulaient ouvrir ne fut malheureusement qu’une parenthèse. La décennie noire a laissé place à la politique du tout sécuritaire qui fera barrage à toute solution politique à la crise. L’arrivée de Bouteflika a quant à elle consisté à pervertir le politique. L’éthique politique disparaît et des lois liberticides viennent empêcher les Algériens de s’organiser en partis politiques avec une société civile agissante.

Les partis existants déjà essayent de résister face à des mouvements de dissidences fomentées dans les officines du pouvoir. Toutes les manœuvres sont utilisées afin de casser l’intérêt des jeunes à la chose politique. Interdiction des marches, interdiction des rassemblements, interdiction des réunions, arrestations, tout est mis en œuvre pour éloigner l’Algérien de l’action politique diabolisée et rendue responsable par le pouvoir de la décennie noire. Mais ce régime était loin d’imaginer, et ce, malgré toutes ses manigances, que ce 22 février 2019 signera non seulement le début de sa fin, mais aussi une éclatante réhabilitation du politique par le peuple. Celui qui a fait de l’insulte et du mépris un discours politique, se retrouve aujourd’hui face à un peuple qui lui administre chaque semaine des leçons d’éthique et de politique.

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