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Des dizaines de bâtisses menacent ruine : Le patrimoine immobilier oranais en péril

24 mars 2021 à 10 h 32 min

Il n’existe pas un quartier, une ruelle, dans le centre-ville oranais, où nous ne pouvions lire ce SOS lancinant, en forme de graffiti, adressé aux autorités locales : «Habitat précaire, familles en danger».

L’épineuse problématique du vieux bâti a fait couler beaucoup d’encre à Oran ces dernières années. Il n’existe pas un quartier, une ruelle, dans le centre-ville oranais, où nous ne pouvions lire ce SOS lancinant, en forme de graffiti, adressé aux autorités locales : «Habitat précaire, familles en danger».

Parfois, les appréhensions de ces familles s’avèrent vraies, et des bâtiments entiers s’écroulent, comme ce fût le cas durant la soirée du 9 janvier dernier, dans le quartier populaire de Plateau, où un immeuble s’est affaissé de façon spectaculaire, suite aux violentes intempéries qui ont frappé en amont la wilaya d’Oran.

Fort heureusement, ce soir-là, les membres de la Protection civile, alertés à temps, sont intervenus pour évacuer manu-militari les occupants de l’immeuble vétuste, et les sauver de l’écroulement de la bâtisse qui allait s’ensuivre.

Quelques jours plus tard, quelle ne fut pas la détresse des nombreuses familles qui ont vu leurs logis vaciller à mesure qu’Oran était secouée par un tremblement de terre de plusieurs secondes, qui s’élevait à 3,5 sur l’échelle de Richter. Là aussi, si aucune perte humaine n’a été déplorée, beaucoup ont vu leurs habitations davantage se fissurer et des pans entiers de murs s’affaisser.

Si on remonte un peu plus loin dans le passé, aux premiers mois de la pandémie, l’effondrement d’un immeuble a eu lieu pendant la première quinzaine du Ramadhan, à Saint-Pierre, plus précisément à la rue Serrar Mohamed, en sandwich entre la placette du quartier et la cité Perret. Ce triste incident, qui n’a fort heureusement pas fait de victimes, a mis en émoi toute la population oranaise, d’autant que son affaissement a été filmé en direct et la vidéo mise sur les réseaux sociaux par les voisins de l’immeuble d’en face.

«SOS familles en danger»

Où qu’on aille à Oran, on peut constater de visu la vétusté des immeubles, et subodorer, de facto, les drames qui peuvent en découler. Certes, à la fin des années 2000 et au début des années 2010, lorsque les caisses de l’Etat étaient pleines, un ambitieux programme de restauration du vieux bâti a été mis en place, en faisant appel à la technicité des Espagnols et Italiens, en vue de réhabiliter, dans les règles de l’art, le patrimoine oranais, laissé de longues décennies en abandon.

Depuis, si nombre d’immeubles prestigieux du centre-ville, essentiellement ceux des rues Larbi Ben M’hidi et Khémisti, les boulevards Maâta et Emir Abdelkader, ont bénéficié d’une réhabilitation (qui a surtout consisté en un ravalement de façade et l’étanchéité des parties communes), force est d’admettre que nombre d’autres immeubles, pourtant retenus pour l’opération de restauration, attendent toujours de bénéficier du fameux «lifting».

Certains observateurs, à cette époque, avaient pointé du doigt la cadence avec laquelle se menaient les opérations de réhabilitation, très poussive, et qui faisait qu’il fallait un siècle, au bas mot, pour voir tous les immeubles du centre-ville d’Oran réhabilités. Autrement dit, il faudrait plus de temps à restaurer ces immeubles qu’à les construire.

Certes, il n’a jamais été question de réhabiliter la totalité du patrimoine immobilier de l’ère coloniale à Oran, et certains immeubles, complètement irrécupérables, ne pouvaient connaître un autre sort que celui de «passer au bulldozer» après le relogement de leurs habitants.

Cela a été le cas, notamment, dans les quartiers de Saint-Pierre et de Saint-Eugène, mais là encore, ces opérations de «lutte contre l’habitat précaire» ne sont jamais allées jusqu’au bout, et de nombreuses familles, jusqu’à ce jour, continuent à vivre la peur au ventre de voir leur habitation s’écrouler sur leurs têtes et les engloutir.

Vrais problèmes, fausses solutions

Quand on pose la question à Kouider Métaïr, président de l’association Bel Horizon, consacrée à la sauvegarde du patrimoine oranais, sur la définition du vieux bâti dans le cas de la ville d’Oran – si elle renvoie davantage à l’âge du bâtiment, à la technique de construction ou bien si elle a un rapport avec l’état de dégradation –, il nous répond qu’il opte plutôt pour ce dernier critère «parce que ça permettra d’inclure des cités construites en béton armé durant la période postindépendance et qui sont dans un état de dégradation avancée en raison de l’état des parties communes : problème d’étanchéité au niveau des terrasses, marches des escaliers dégradées et caves souvent inondées, ce qui, à termes, a fini par affaiblir la structure même du bâtiment».

Pour le président de l’association Bel Horizon, nous subissons aujourd’hui les choix qui ont été décidés il y a quatre décennies de cela, en l’occurrence la loi de copropriété de 1981, qui a notamment permis aux locataires de devenir copropriétaires. «Depuis cette loi, les parties communes ont subi de fortes dégradations puisque l’on a supprimé le syndic et la conciergerie, en laissant le soin aux coproprios de s’organiser.» Depuis, se désole-t-il, le bilan est catastrophique et tout est devenu vieux et ingérable.

Abordant la question du relogement des familles, que ce soit celles qui vivent dans des les vieilles bâtisses menaçant ruine et celles des bidonvilles qui ceignent la ville d’Oran, Kouider Métaïr dira que l’opération de relogement systématique peut devenir, à terme, une politique sans fin. «On ne peut pas éradiquer tous les bidonvilles, certains peuvent être restructurés et réaménagés. Il faut avoir à l’esprit qu’on ne peut pas reloger les occupants de tous les bidonvilles qui entourent la ville d’Oran.»

De même qu’il soulignera que le concept même du logement gratuit est une fausse solution, car «c’est un appel d’air à la spéculation, aux protestations». «Telle que pratiquée, cette politique s’est avérée une fausse solution parce que le logement est un projet de vie et il faut favoriser le marché locatif, comme dans trous les pays du monde, qui demeure chez nous insignifiant et non réglementé.»

Enfin, il est de toute importance de se pencher sur la problématique des immeubles précaires du centre-ville, vidés de leurs occupants, et qui se retrouvent aussitôt «réoccupés par d’autres, qui seront, de facto, de futurs postulants au relogement, comme les terrains récupérés après relogement qui sont en grande partie réinvestis».

Devant cette situation, argue-t-il, il préconise de mettre en place un «projet urbain», une méthodologie de travail qui a fait ses preuves dans d’autres villes du monde. «Ce projet urbain, outil consensuel et intersectoriel, préconise un retour de la ville sur elle-même, un projet qui pense la ville durable, la ville où s’articule l’urbanisme et l’architecture, règle de manière méthodique la réaffectation des terrains et bâtiments récupérés, réglemente les cas des démolitions, de réhabilitation et de restauration selon les cas, en particulier s’agissant du centre historique qui, en dépit du fait qu’il soit érigé en secteur sauvegardé, continue à se dégrader de manière inquiétante et voit sa population le quitter par manque de perspective, ce qui est d’ailleurs le cas de la plupart des centres historiques, comme La Casbah d’Alger, la Souika de Constantine, etc.», conclut-il.

CHIFFRES-CLÉS

4 600 immeubles, relevant du patrimoine immobilier d’Oran, ont été retenus pour bénéficier d’une opération de réhabilitation à la fin des années 2000. Depuis, une partie de ces immeubles a bel et bien été réhabilitée alors que d’autres sont toujours en stand-by

4 48 autres immeubles du centre-ville, 29 à la rue Larbi Ben M’hidi et 19 de la rue Khémisiti, ont bénéficié, en 2014, d’une opération de réhabilitation, initiée par l’OPGI. Une opération qui se poursuit jusqu’à ce jour, pour un montant de 2 milliards de dinars

4 130 squats d’immeubles sont recensés à Oran, et cela depuis l’année 2008, aux dires du chef de la daïra d’Oran lors d’un point de presse animé dernièrement.

4 2015 est l’année où le gouvernement a signé un décret pour faire de Sidi El Houari «un secteur à sauvegarder», mais tout porte à croire qu’il s’était davantage agi d’un effet d’annonce que d’une volonté de restaurer ce quartier historique


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