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Saïd Sadi qualifie la prochaine présidentielle «d’épiphénomène»

«Le nouveau destin ne sera pas le fait du pouvoir»

14 février 2019 à 12 h 00 min

L’ancien président du RCD, Saïd Sadi, rompt le silence. Après une absence de plusieurs mois, il intervient dans le débat politique très animé en cette période préélectorale.

Dans une longue contribution rendue publique, hier sur sa page Facebook et reprise par plusieurs médias électroniques, le Docteur, comme l’appelle ses anciens camarades du RCD, établit un diagnostic approfondi de la situation nationale à la veille du scrutin présidentiel du 18 avril prochain qu’il qualifie «d’épiphénomène».

Dans ce document, intitulé «L’épreuve de vérité», l’ex-candidat aux présidentielles de 1995 et 2004 livre, comme il le précise, une analyse «aussi claire que possible de la situation algérienne avec, hélas, ses avatars présents et ses sombres présages». Mais avant d’entamer cet exercice, Saïd Sadi fait d’abord une précision concernant ses intentions en publiant cette contribution. «L’auteur de ces lignes n’est ni candidat à quelque poste que ce soit ni partie prenante de l’une ou l’autre des mises en scène qui se profilent sous nos yeux depuis maintenant plusieurs semaines», souligne-t-il.

«Le pouvoir peut être associé à une sortie honorable»

Ensuite, il entame son analyse en rappelant un constat déjà fait auparavant et qui reste encore d’actualité : «L’Algérie a manqué son départ d’après-guerre.» Faisant une rétrospective des ratages du pays, depuis la Révolution et avec notamment le coup d’Etat perpétré contre le Congrès de la Soummam en 1957, il donne des pistes à suivre en vue «de réaliser un nouveau destin» dont rêvent les Algériens.

Celui-ci, explique-t-il, ne viendra pas du pouvoir. «La mise en perspective d’un nouveau destin ne sera pas le fait du pouvoir. Il ne sait pas et ne voudra pas le faire. Il peut, dans le meilleur des cas, être associé à une sortie honorable consacrant sa fin de vie. Aucun des acquis qui viennent d’être rappelés n’a été le fruit d’une décision du régime. Il en sera de même pour la recherche d’une nouvelle configuration nationale à laquelle appellent depuis des années les opposants les plus raisonnables», explique-t-il. Pour lui, il est inutile d’attendre un geste du pouvoir, car le temps presse.

«Sauf que si on attend de voir le pouvoir s’y résoudre, ce sera trop tard, car, cette fois, le sujet tient du one shot. On peut toujours rattraper un retard ou corriger une trajectoire sur un chantier si lourd et si complexe soit-il, mais l’histoire n’offre pas beaucoup d’exemples de nations ressuscitées quand elles ont sombré. Or c’est bien la survie de la nation qui se joue sous nos yeux», met-il en garde.

Selon lui, la «menace islamiste, qu’on ne manquera pas de brandir, ne vaut que s’il y a une volonté du régime de l’instrumentaliser pour justifier un maintien que son bilan condamne». Car, il y a des garde-fous à mettre en place : «Imposer un cahier des charges où les principes démocratiques seraient des postulats auxquels doit souscrire tout compétiteur est une chose faisable et éprouvée avec succès chez nos voisins.»

«L’enjeu du destin national»

Le prochain scrutin présidentiel, affirme dans la foulée Saïd Sadi, «est, au fond, un épiphénomène face à l’enjeu du destin national». «Ceux qui, ignorant les enseignements du passé, ont, malgré tout, voulu s’y engager vérifient quotidiennement, et à leurs dépens, la vanité de disputer dans son antre la victoire à un spectre représenté par son image», rappelle-t-il.

Et d’enchaîner : «Qu’ils se retirent au dernier moment ou qu’ils crient leur indignation le soir des résultats est, en vérité, anecdotique. L’essentiel et l’urgence sont ailleurs.» L’auteur insiste, dans ce sens, sur la nécessité pour tous les acteurs «de se repenser à travers de nouvelles valeurs et par des mécanismes opérationnels étrangers à la grammaire politique du système».

Même si, indique-t-il, la bataille «sera rude», cela «ne veut pas dire qu’elle ne sera pas loyale, si nous nous donnons les moyens de la préparer avec clarté et méthode». «C’est bien connu, il n’y a de bataille perdue que celle qui n’a pas été livrée. A ceux qui seraient impressionnés par les menaces d’apparatchiks vantant la capacité du régime à contenir la rue, il faut rappeler cette vérité. Les Algériens n’ont pas gagné leur indépendance parce qu’ils disposaient d’une force supérieure à celle de l’armée française. Ils se sont libérés le jour où ils ont compris qu’il n’y avait rien à espérer de l’ordre colonial», ajoute-t-il.

Saïd Sadi n’a pas manqué cette occasion pour critiquer certains candidats à la candidature. En plus «du président à vie», il consacre aussi une importante partie de sa contribution au MSP et à Ali Ghediri, sans le nommer. 

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