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mercredi, 21 octobre, 2020
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Brahim Senouci. Historien : «Le martyrologe algérien est infini…»

05 juillet 2020 à 10 h 04 min

– Les crânes des résistants algériens viennent d’être rapatriés après une «attente séculaire». Quel est votre sentiment ?

Un sentiment de joie, évidemment. Comment pourrait-il en être autrement quand un rêve qui a duré plus de quatre années finit par se réaliser au moment où on l’attendait le moins ? Une grande émotion devant ces cercueils dont on sait que leurs occupants s’apprêtent à occuper leurs dernières demeures et y trouver l’éternité de l’âme qui leur a été déniée pendant 170 années entières.

– Pourriez-vous nous rappeler la genèse de cette opération prise à bras-le-corps par vous et par la société civile des deux rives de la Méditerranée ?

Cette opération a été rendue possible par la découverte par Ali Belkadi de ces fameux crânes, qui ont défrayé la chronique. J’ai bénéficié d’un concours de circonstances favorable. Je collaborais de façon irrégulière avec le journal L’Humanité et mon premier billet évoquait le scandale de ces restes humains assignés à demeure dans de vulgaires boîtes à chaussures.

Ce billet n’est pas passé inaperçu. Des historiens l’ont évoqué et se sont interrogés sur la nécessité de creuser cette piste. Des rapprochements se sont opérés. Les télévisions du service public sont venues aux nouvelles. Des radios françaises ont assuré des couvertures importantes. Des échos sont venus du monde entier. BBC, CNN, la télévision turque se sont emparés de l’affaire. La pétition, qui se traînait face au mur des deux mille signataires, a explosé pour atteindre en peu de temps près de 300 000 signataires. Sur le plan quantitatif, la partie était gagnée.

Une tribune publiée dans Le Monde par des historiens et des universitaires de France, en soutien à la pétition, a fini d’assurer son ancrage et sa pérennité… L’expression «société civile des deux rives», longtemps galvaudée, a rarement été aussi bien portée.

Vous considérez que l’affaire ne doit pas s’arrêter là et que les crimes de la colonisation doivent être «révélés au grand jour». Vous estimez également que nos compatriotes doivent être conscients de l’ampleur de la tragédie qu’a été la présence française dans notre pays…

Oui, bien sûr que les choses ne doivent pas en rester là. Le martyrologe algérien est infini. Il va falloir parler des enfumades, des tortures, des gouffres de Guelma, de Sétif et de Kherrata dans lesquels ont été précipités des milliers d’Algériens. Nous aspirons au repos après avoir emmagasiné tant de tragédies. Il faut que ces tragédies soient verbalisées, que leurs auteurs soient connus. Notre repos collectif est à ce prix…

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