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Des intervenants évoquent l’implication de «la main étrangère» dans le mouvement

Le hirak cible d’attaques simultanées

09 juin 2020 à 10 h 04 min

Mardi dernier, l’agence officielle a fait état de la parution d’un «livre-enquête» de l’universitaire Ahmed Bensaada, intitulé Qui sont ces ténors autoproclamés du hirak algérien?

Plusieurs thèses évoquant une «main étrangère» pour ce qui est du hirak ont circulé ces deux dernières semaines.

Et bien évidemment cela suscite des réactions en chaîne, notamment sur les réseaux sociaux.

Certains, comme Ahmed Bensaada, ont juste mis en avant le fait que des «figures» du mouvement populaire se sont vu propulsées au-devant de la scène grâce au soutien d’organismes et d’ONG étrangers.

D’autres, par contre, sont allés jusqu’à dire que le hirak a été «lancé» depuis l’étranger.

Si des thèses «complotistes» ont toujours existé – durant le hirak, le pouvoir en place avait tenté d’accréditer ces thèses par divers moyens –, c’est la simultanéité de ces interventions, ces derniers jours, notamment sur les médias publics, qui a «intrigué» plus d’un.

A cet effet, mardi dernier, l’agence officielle a fait état de la parution d’un «livre-enquête» de l’universitaire Ahmed Bensaada, intitulé Qui sont ces ténors autoproclamés du hirak algérien ?

Tout en louant le hirak qui est «une prise de conscience collective qui a permis la réappropriation de l’espace public et une reconquête de la scène politique», Bensaada évoque, dans cet ouvrage de 136 pages et paru aux éditions Apic, des «célébrités» du mouvement qui, d’après lui, ont été «proposées peu de temps après les manifestations populaires par certains organismes étrangers et agitateurs professionnels».

L’objectif étant, ajoute-t-il, de «récupérer ce soulèvement populaire en vue de le dévier de sa trajectoire» et de le «mettre au service d’un plan étranger inavoué», comme rapporté dans cette présentation.

L’auteur y évoque même des liaisons «dangereuses» avec des «puissances étrangères et organismes américains, dont le NED (National Endowment for Democracy), qui finance des organisations activant en Algérie», ajoute-t-on encore de même source.

Quatre jours plus tard, samedi dernier donc, celui-ci est invité par la Chaîne 3. Il y développe son argumentaire.

«Des groupes qui se trouvent actuellement à la tête du mouvement populaire algérien sont manipulés et financés, depuis des années, par des organisations internationales, comme la Freedom House et NDI et beaucoup d’autres.»

«Il faut être clair, il n’y a aucun organisme, qu’il soit américain ou autres, qui vous donne de l’argent et qui ne demande pas un retour.

Les gens doivent comprendre que ces financements entrent dans le cadre d’une stratégie politique», a-t-il ajouté. Pour Bensaada, qui est établi au Canada, «cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas des gens qui sont de bonne foi dans le hirak».

«Je n’attaque que ceux qui mènent le hirak dans un sens qui est voulu par un agenda étranger.» Et celui-ci de citer bien entendu ceux qui plaident pour une transition.

«Quand on les entend, on a l’impression que tout le monde est pour une transition, qu’il n’y a pas ceux qui soutiennent une solution constitutionnelle, alors que ce n’est pas vrai», a-t-il lancé.

En d’autres termes, pour l’auteur de cet ouvrage, ce sont ceux qui défendent l’idée d’une transition qui sont manipulés par ces ONG étrangères.

Certaines personnalités, militants et activistes ont réagi. Le vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, Saïd Salhi, y a vu un livre «de propagande contre le hirak et ses activistes».

Et si ceux-là ont tenu à s’exprimer sur la question, c’est parce que la parution de cet ouvrage coïncide avec deux interventions, faites quelques jours plus tôt, toujours sur des médias publics, et allant dans le même sens.

Ainsi, dans un entretien accordé à l’APS et paru le 26 mai, le professeur de philosophie Mohamed Bouhamidi a affirmé que «le hirak originel n’existe plus».

«Ces organisations, dont parlent certains médias étrangers et autres ONG internationales, veulent par contre opposer cette légitimité présumée du hirak pour perpétuer une non-solution politique, maintenir le plus haut niveau possible de tension pour aboutir à une situation de chaos», a-t-il encore lancé.

Bouhamidi estime toutefois qu’il faut «dissocier les besoins politiques et culturels de ces manifestants des buts de ceux qui parlent en leur nom». Là encore, ce sont donc certaines «figures» du hirak qui sont visées.

Vingt-quatre heures plus tôt, c’est Mohamed Maougal qui a déclaré, à la Télévision nationale, que «le hirak a démarré après une réunion à Paris». Une réunion, a-t-il ajouté, «commanditée par la chaine Al Magharibia».

C’est bien évidemment la multiplication de ces interventions, évoquant la main étrangère – un discours, faut-il le préciser, cher au pouvoir en place et qu’il développe à chaque fois qu’il fait face à une contestation importante – en un laps de temps court qui pousse les uns et les autres, notamment parmi les acteurs et manifestants du hirak, à se poser des questions.

S’exprimant sur les adeptes de la théorie du complot d’une manière générale, le sociologue Nacer Djabi a écrit sur les réseaux sociaux :

«Celui qui promeut une théorie du complot et y croit, veut nous dire qu’il n’assume pas ses responsabilités en tant que citoyen, du moment que pour lui, tout a été décidé préalablement et indépendamment de sa volonté par des forces occultes qu’il ne maîtrise pas.»

Plus d’une fois, lors des manifestations des mardis et vendredis, les Algériens ont dénoncé les tentatives d’immixtion de pays étrangers dans les affaires nationales.

Caractérisé par son horizontalité, le hirak s’est toujours refusé à toute forme de représentation. Aucune personnalité ne peut donc se targuer de le représenter.

Les noms que portent les manifestants lors des marches, comme Karim Tabbou, Samir Benlarbi, Fodil Boumala, ou autres, sont quasi exclusivement ceux des détenus politiques. Certains ont été libérés, d’autres croupissent toujours dans les prisons. 



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