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jeudi, 23 janvier, 2020
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Le débat télévisé a été organisé par l’ANIE : Une «mounadhara» sans objet

08 décembre 2019 à 10 h 15 min

Le débat entre les cinq candidats à l’élection présidentielle a été diffusé, vendredi, en direct par les chaînes de la Télévision publique, la Radio nationale et les chaînes de télévisions privées.

La «mounadhara» qualifiée d’historique n’a pas été à la hauteur à tous les points de vue, comme l’ont promis ses organisateurs. Les critiques ont été formulées le soir-même par des internautes étonnés par «l’indigence» et «l’amateurisme» des initiateurs.

«Sur la forme déjà. Le plateau était très mauvais. Particulièrement ce qui servait de fond aux candidats. On dirait un écran d’ordinateur en veille. Pour un débat politique, on s’attend à un fond neutre, ou à voir derrière chaque candidat ses soutiens. Là, on voyait des espèces de bulles blanches qui allaient dans tous les sens. Cela signifie que les concepteurs ont considéré qu’il n’était pas nécessaire de capter l’attention du téléspectateur sur les orateurs», constate Ali Chibani, journaliste et linguiste.

Pour lui, les journalistes n’étaient guère prêts pour l’exercice : l’une avait la voix qui tremblait chaque fois qu’elle prenait la parole, un autre soupirait, une criait ses questions comme si elle avait peur qu’on ne l’entende pas et un autre avait l’air martial. «Le bip du compte à rebours était, poursuit-il, de très mauvais goût et renforce l’idée que les concepteurs ne se sont pas intéressés à l’attention du téléspectateur ni à la sacralisation de la parole des candidats à un événement censé être important : une élection présidentielle !»

L’ANIE, qui a visiblement bénéficié de l’aide de l’administration, a organisé un tirage au sort relatif au déroulement et à l’organisation du débat organisé au Centre international des conférences (CIC) Abdellatif Rahal (Alger), sous le contrôle «sourcilleux» de l’ANIE. Lors du débat télévisé, les candidats ont pris la parole pour s’exprimer sur des questions ayant trait à plusieurs volets (politique, économique, social, etc.).

La farce !

Mais la prestation des «débatteurs» et de leurs «contradicteurs» du jour n’a guère accroché les téléspectateurs algériens, habitués à des débats autrement plus percutants – l’exemple du voisin tunisien était dans tous les esprits. Ali Chibani estime que sur le fond, il était clair que c’était un débat pour la forme. «Je crois que le régime algérien a une si petite idée de l’intelligence des Algérien(ne)s qu’il les considère comme dupes de toutes les illusions qu’il entreprend de construire. Les questions étaient trop générales et surtout étaient tournées de façon à ce que les candidats ne soient pas tentés d’évoquer des sujets sérieux en direct. Mais cela n’a pas marché. On a vu la gêne, pour ne pas dire la terreur de Bengrina quand il a parlé de la décennie noire.» Plusieurs questions ont été éludées dans la «mounadhara» : mouvement populaire, détenus, rôle de l’armée…

«Les candidats ont tous promis une meilleure école pour mieux former les médecins et les militaires. Mais comment vont-ils améliorer l’école ? Vont-ils, comme le réclame le bon sens, prôner la suppression de l’éducation religieuse ? Vont-ils mettre un terme à l’esprit nationaliste qui domine dans les programmes scolaires ? Vont-ils laisser les enseignants faire lire Tahar Djaout et Rachid Mimouni à leurs élèves ?» s’interroge le chercheur.

Les chaînes publiques et privées s’étaient évertuées, ces derniers jours, et même après l’extinction des feux au CIC à démontrer l’«intérêt» du débat par des sondages superficiels.

Yacine Tiguia, responsable au MDS, évoque dans un post sur sa page Facebook, une «farce» : «Le débat pour l’élection présidentielle était extraordinaire : lumière, cadrage, son, dispositif journalistique étaient tout ce qu’il y a de moderne. Finalement, seuls les candidats étaient archaïques. Après une telle performance sur la voie qui mène à une Algérie démocratique, il ne manque plus qu’un deuxième tour pour que ça ressemble à une élection démocratique. Il pourrait opposer, par exemple, Tebboune et Mihoubi. Ensuite, il faudrait qu’il y ait annulation du 2e tour. Mais si lors des législatives de décembre 1991, il y a eu arrêt du processus électoral parce que nous vivions une tragédie, cette fois, il faudrait arrêter l’élection parce que nous vivons une farce.»  


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