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Plaine de Habra à Mascara : Le cri d’alarme des agriculteurs

19 novembre 2020 à 10 h 00 min

La récolte d’agrumes risque, cette saison, d’être moins juteuse à Mascara ! «Les différentes variétés d’oranges de Barigou (Perrégaux) jadis, Mohammadia aujourd’hui, ne seront pas en abondance sur le marché. L’agriculture, en général, est laminée par la sécheresse, la salinité et la corruption», affirme un agriculteur épuisé et menacé de faillite.

La colère est lisible sur les visages de tous les agriculteurs et même les citoyens. Pis, le sentiment d’un avenir incertain met une grande partie de la population, notamment celle qui vit de l’agriculture, dans une situation d’angoisse grandissante.

«Cette année, de nombreux agriculteurs de la région de Habra voient leurs moyens d’existence anéantis à cause de l’insuffisance flagrante (pour ne pas dire la pénurie) des eaux d’irrigation et leur répartition inégale», nous dira d’un ton plein de colère un fellah, tenant son ancienne bicyclette à la main.

De nombreux agriculteurs imputent la responsabilité de cette situation, qualifiée de «catastrophique», aux responsables du ministère des Ressources en eau (MRE), l’Office national de l’irrigation et du drainage (ONID) et l’Agence nationale des barrages et transfert (ANBT) qui «n’ont pas assuré un suivi adéquat des projets d’irrigation agricole qui sont à l’arrêt et accusent des retards considérables».

Projets de l’ONID et de l’ONA en souffrance

Ce qui a accentué les effets dévastateurs de la sécheresse, le non-achèvement dans les délais des projets d’irrigation agricole relevant de l’ONID et l’ONA, pour lesquels des sommes astronomiques ont été dégagées afin de couvrir les besoins en eau d’irrigation d’environ 3000 agriculteurs de la plaine de Habra, qui englobe les communes de Mohammadia, Sidi Abdelmoumen, Mocta Douz, Bouhenni et une partie de Hacine.

C’est le cas du projet de réalisation d’une Station d’épuration des eaux usées (STEP) à Mohammadia, à 43 km de Mascara, lancé le 13 novembre 2013 pour une autorisation de programme (AP) de deux milliards de dinars, dont l’objectif était «la protection de l’oued Habra et la réutilisation des eaux épurées pour l’irrigation des terres agricoles». Ayant atteint un taux d’avancement de 80%, les travaux seront suspendus.

Le maître d’ouvrage (ONA) procède, le 17 novembre 2017, à la résiliation du contrat à tort exclusif de l’entreprise réalisatrice, en l’occurrence un groupement d’entreprises algéro-espagnol (Isolux ingenieria SA et Sarl ETUB Bouyahiaoui).

Après environ trois ans d’arrêt, les pouvoirs publics à Alger décident d’octroyer un contrat de gré à gré à l’entreprise Foremhyd Spa pour l’achèvement des travaux (20%) pour un délai de sept mois. «Espérons que le délai sera respecté», commente un fellah.

Le second projet qui peine à voir le jour et continue de provoquer le courroux des agriculteurs concerne la réhabilitation du périmètre d’irrigation Habra (9971 hectares).

Relevant de l’ONID, le projet, inscrit le 12 avril 2011, pour une autorisation du programme de 11,2 milliards de dinars, s’est vu scindé en trois lots : le premier consistant en la réalisation d’ouvrage de prise et d’adduction, pour une durée de 14 mois, a été confié à l’ETRHB Haddad pour un montant de 6,1 milliards de dinars.

Lancés le 30 mars 2014, les travaux, dont la qualité est mise en doute par les agriculteurs, sont à l’arrêt depuis plusieurs années ! «Un immense retard et personne n’a été inquiété !» dénoncent-ils.

Réhabilitation du périmètre d’irrigation de Habra

Il a fallu, en outre, attendre que Ali Haddad soit mis en prison pour que le ministre des Ressources en eau (MRE), Arezki Berraki, en visite de travail à Mascara le 12 septembre dernier, annonce la résiliation du contrat avec l’ETRHB Haddad sans toutefois donner plus de détails sur les mesures prises pour rattraper le retard accumulé dans l’exécution de ce projet.

Quant aux deux autres lots du projet portant sur le réaménagement hydro-agricole du périmètre Habra et l’aire de Hacine sur une superficie de 4963, 35 ha ainsi que sur le réaménagement hydro-agricole du périmètre Habra sur une superficie de 4007 ha, octroyés respectivement au groupement Amnhyd et ETPH Djaib pour 2,7 milliards de dinars et au groupe Chiali pour 1,9 milliard de dinars, ont été achevés et réceptionnés, selon un document de la direction des ressources en eau de Mascara.

Mais, «sans l’achèvement du premier lot du projet, c’est comme si rien n’a été réalisé», déclarent des agriculteurs. Le projet, notons-le, lancé en avril 2013, consiste en la réalisation d’un réseau d’adduction d’eau de 43 594 mètres linéaires (ml) et d’un réseau de distribution de 243 182 ml.

En outre, les travaux du projet de réalisation, dans un délai de 30 mois, d’une conduite d’adduction des eaux du barrage de Bouhanifia vers la retenue du barrage de Fergoug sur une longueur de 37 km, confié à l’entreprise de l’ancien patron du FCE (Ali Haddad), l’ETRHB Haddad, pour un budget de 6,4 milliards de dinars, sont carrément à l’arrêt.

«Lancés le 7 novembre 2017, le taux d’avancement des travaux de ce projet relevant de l’ONID ne dépasse pas les 7%», nous dit-on.

L’objectif du projet, dans un premier temps, est d’augmenter le rendement des transferts, qui ont lieu via le lit de l’oued pour satisfaire la demande en eau d’irrigation, puisqu’à chaque lâcher du barrage de Bouhanifia, d’importantes quantités d’eau se perdent dans la nature avant d’arriver aux terres en raison des phénomènes d’évaporation, des infiltrations et du pompage anarchique, et dans un second temps, de ralentir le phénomène d’envasement de la retenue du barrage de Fergoug.

Le ministre Berraki, rappelons-le, a annoncé lors de sa rencontre avec les agriculteurs à Mohammadia, le jour de sa visite à la wilaya, qu’il a «chargé l’entreprise publique Cosider des travaux du projet après résiliation du contrat de l’ETRHB Haddad».

Sur le terrain, les agriculteurs attendent avec patience l’apparition des engins de Cosider ! Selon une source proche du dossier, «la résiliation avec l’entreprise de Haddad n’a pas encore eu lieu».

Barrage de fergoug : fragile lueur d’espoir

Envasé à 98%, le barrage de Fergoug demeure la seule lueur d’espoir pour les milliers d’agriculteurs de la plaine de Habra. «Tant que notre barrage est complètement envasé, il n’y aura jamais d’avenir pour l’agriculture dans la plaine de Habra.

Nettoyer, par tous les moyens appropriés, le barrage de la vase qui l’envahit est l’unique revendication des citoyens en général et des agriculteurs en particulier pour augmenter sa durée de vie et sauver l’agriculture», nous dira, mercredi 21 octobre, le président du Conseil interprofessionnel de la filière agrumes (CIFA) de Mascara, Mohamed Boukhari.

Le barrage répartiteur de Fergoug a bénéficié, en 2018, d’une opération de désenvasement de trois millions de mètres cubes de boue.

Le projet lancé par l’ANBT a été décroché par l’entreprise Sarl Célar Algérie, en juin 2018, après avoir présenté l’offre la moins-disante pour un montant de 808 632 548,50 DA pour un délai d’exécution de 31 mois.

L’attribution du projet à cette sarl a provoqué l’inquiétude et la colère des agriculteurs du périmètre irrigué de Habra, qui ont exprimé leur doute quant à la capacité de l’entreprise, dont le siège social est à Oran, d’achever le projet dans les délais contractuels et d’assurer des travaux de qualité !

Lors de sa visite au barrage, le ministre (ancien PDG de l’ANBT) Arezki Berraki a été surpris de l’ampleur du mécontentement des agriculteurs, qui hurlaient leur colère et réclamaient «le départ pur et simple de Célar et l’octroi du projet à une entreprise plus efficace». M. Berraki, devant une telle situation, a annoncé «l’octroi à Célar un délai de deux mois pour relancer les travaux.

Le cas échéant, elle retire son matériel et quitte le chantier». Une déclaration qui a un peu «calmé» les esprits d’une population assoiffée. A la fin du mois d’octobre, «le contrat avec Célar a été résilié à l’amiable», nous dit-on.

Des sommes astronomiques ont été englouties, ces dix dernières années, dans des projets d’infrastructures hydrauliques pour le développement de l’agriculture et atteindre une superficie irriguée de 10 000 hectares dans la plaine de Habra.

Les résultats sont là, palpables. «C’est la pire année, il n’y a ni qualité ni quantité», martèle avec amertume M. Boukhari.

Les agriculteurs réclament des autorisations de forage

Devant la sécheresse et les quotas insuffisants d’eau d’irrigation attribués par l’ONID, de nombreux agriculteurs exerçant au niveau de la plaine de Habra ont constitué des dossiers pour l’obtention de l’autorisation de creuser des puits ou de réaliser des forages.

«On ne comprend pas pourquoi les autorités de la wilaya de Mascara refusent de nous accorder des autorisations pour creuser des puits et sauver nos vergers d’agrumes et l’oliveraie ?» s’interroge un fellah.

D’autres agriculteurs, très nombreux, sont contraints d’acheter de l’eau à des prix exorbitants, allant de 3500 à 4000 DA l’heure auprès des propriétaires de puits privés pour irriguer leurs cultures.

«Le tour d’irrigation de trois jours coûte entre 25 à 28 millions de centimes. Certains fellahs n’ont pas les moyens financiers pour payer ces dépenses !» nous révèle le président du CIFA.

Dans ce contexte, l’Etat a entamé, en septembre dernier, l’opération de forage de six puits dans la plaine de Habra, gérés par l’ONID, pour renforcer l’irrigation agricole.

Le 21 octobre, les travaux de forage du premier puits à Mohammadia étaient toujours en cours, a-t-on constaté. «Nous espérons que l’opération de forage de puits touchera les zones affectées par la sécheresse», dira M. Boukhari.

Et d’ajouter : «Autoriser les fellahs à creuser des puits individuels ou collectifs et accélérer l’opération de forage des six puits mettront un terme au commerce florissant de la vente des eaux d’irrigation.»

En outre, des agriculteurs, par le biais d’une pétition adressée aux ministres des Ressources en eau et de la Justice, dont une copie est en notre possession, demandent l’ouverture d’une enquête sur «la gestion des eaux d’irrigation à Mohammadia» et «la privation de 366 agriculteurs de la plaine de Habra de leurs parts en eau d’irrigation».

Selon un document de l’ONID daté du 1er octobre 2020, deux lâchers d’eau du barrage de Bouhanifia, d’un volume global de 9 millions de mètres cubes, ont eu lieu du 8 au 29 juillet et du 17 au 24 septembre.

Seulement 3 832 488 m3 sont arrivés au barrage de Fergoug, dont 2 601 185 m3 ont été distribués aux 2610 sur les 2991 agriculteurs inscrits.

Les deux quotas d’eau ont permis, selon le même document, d’irriguer une superficie de 6740 sur les 7600 hectares de la plaine de Habra. Des chiffres que contestent les agriculteurs qui réclament un changement à tous les niveaux.


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