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vendredi, 04 décembre, 2020
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Le chanteur est décédé à l’âge de 70 ans : Idir, une voix éternelle

04 mai 2020 à 10 h 15 min

Né le 25 octobre 1949 à Ath Lahcene, un petit village des Ath Yenni, Idir, qui avait fait des études universitaires en géologie, est venu à la chanson en 1973, un peu par hasard. A un radio-crochet organisé par la Chaîne 2, la radio kabyle, il s’est vu contraint de pourvoir à l’absence de la chanteuse Nouara pour interpréter Rssed Rssed a Yidhes, la petite berceuse qu’il lui avait composée. Sans vraiment le vouloir, il tombe ainsi dans le monde de la musique qu’il ne quittera jamais.

Avec juste un prénom qui sonne comme une injonction pour vivre, il s’est construit l’un des noms les plus illustres de la «chanson du monde». L’immense Idir, Hamid Cheriet de son nom d’état civil, a tiré sa révérence. Il est décédé dans la nuit de samedi à dimanche dans un hôpital parisien des suites d’une longue maladie.

On le savait malade, luttant âprement contre une fibrose pulmonaire qui rongeait ses forces et le privait de ce souffle vital qu’il avait le don de transformer en mélodies universelles. Idir est parti sans faire de bruit, avec cette discrétion légendaire qu’on lui connaissait, cette élégance des grandes âmes qui l’a toujours caractérisé.

«J’ai la Kabylie dans la tête», disait-il. Tout au long de sa carrière qui aura duré près de 50 ans, Idir a chanté et magnifié la langue, la culture et l’identité berbères aux quatre coins de la planète. L’hommage que les Algériens et les étrangers lui rendent sur les réseaux sociaux depuis l’annonce de son décès dit combien cet artiste a marqué d’une empreinte indélébile la chanson algérienne.

Né le 25 octobre 1944 à Ath Lahcene, un petit village des Ath Yenni, Idir, qui avait fait des études universitaires en géologie, est venu à la chanson en 1973, un peu par hasard. A un radio-crochet organisé par la Chaîne 2, la radio kabyle, il s’est vu contraint de pourvoir à l’absence de la chanteuse Nouara pour interpréter Rssed Rssed a Yidhes, la petite berceuse qu’il lui avait composée.

Sans vraiment le vouloir, il tombe ainsi dans le monde de la musique qu’il ne quittera jamais. Il enregistre sur sa lancée un 45 tours, sur la face A, la berceuse Rssed rssed ayidhess, sur la face B A Vava Inouva. Sa voix si douce et si suave est accompagnée de deux guitares sèches, tout simplement.

Ce deuxième titre va avoir un retentissement immense sans même qu’il le sache, alors qu’il fait son service militaire comme tous les jeunes de son âge. Idir a un jour raconté comment sa maman lui avait confié son admiration pour cette merveilleuse chanson, A Vava Inouva, qui passait à la radio, sans savoir que c’était son propre fils qui en était le compositeur-interprète.

Le pionnier de la World Music

Un jour de l’année 1975, un certain Claude Jacques, qui se trouve être l’un des plus grands directeurs artistiques de France, débarque à Ath Yani, plus précisément au village d’Ath Lahcène, et frappe à la porte de la maison familiale d’un certain Hamid Ath Larvi, de son nom kabyle, Hamid Cheriet, pour l’état civil. «On vous a cherché partout. On voudrait vous faire un disque, un 33 tours, à la suite de ce que vous venez de faire», dit-il au jeune homme cheveux dans le vent qui venait de lui ouvrir la porte. Cette anecdote, c’est le chanteur lui-même qui l’a confiée à votre serviteur.

Produit en France chez Pathé Marconi, A Vava Inouva, le titre phare de l’album, va devenir un tube planétaire adapté dans beaucoup de pays et en plusieurs langues. Idir est pour ainsi dire le précurseur de ce qui va devenir un peu plus tard la «world music», cette musique du monde qui va permettre à des peuples et à des civilisations oubliés, inconnus ou marginalisés de se faire une petite place au soleil des grandes nations.

Idir va devenir, de fait, cet ambassadeur de la chanson kabyle, en particulier, et des peuples berbères en général. Ces peuples amazighs sur lesquels pèse un voile lourd de siècles de silence et qui luttent pour faire reconnaître leur langue et leur culture.

A Vava Inouva marque un tournant important dans l’histoire de la musique et de la culture berbères. Sous la plume d’un Benmohamed, son parolier attitré de l’époque qui va signer les paroles de plusieurs de ses tubes, Idir puise dans le répertoire traditionnel kabyle et dans une littérature orale millénaire très riche. Il dépoussière, insuffle une nouvelle vie et renouvelle aussi bien la langue que la musique.

En la projetant résolument dans la modernité, Idir, le pionnier, trace une nouvelle voie et de nouvelles perspectives pour la chanson kabyle, fer de lance du mouvement pour la reconnaissance de la langue, de la culture et de l’identité berbères.

Mieux encore, il va inspirer au-delà de sa propre communauté kabylophone ou berberophone. La musique moderne de l’époque, c’était le rock, pop-music, la folk et le blues des Anglo-Saxons principalement.

Quand des jeunes prenaient une guitare, ils chantaient ou imitaient The Beatles, Simon and Garfunkel ou Elvis Presley. Le génie d’Idir était de montrer qu’on pouvait faire de la musique moderne en étant soi-même. Ce premier album aura suffi pour faire de lui une icône et une légende. Il aura fait l’essentiel : tracer une nouvelle route.

Un pont entre les peuples et les cultures

Idir s’installe en France, qui deviendra ainsi son deuxième pays, sans jamais couper les liens et les racines qui le rattachent à cette terre de Kabylie dont il chantera les peines et les joies, les traditions et les coutumes, les exils et les désespérances, l’âme et l’identité. Avec 7 albums studio en 50 ans de carrière, Idir n’aura pas été vraiment prolifique, mais chaque opus aura été un événement longtemps attendu, car le chanteur était un orfèvre perfectionniste et un esthète méticuleux qui ne laissait absolument rien au hasard.

Chaque œuvre composée devait d’abord longuement mûrir et se bonifier comme un bon millésime. Etabli en France, sa notoriété lui assure de se produire un peu partout dans le monde sauf, paradoxalement, dans son pays. Il aura fallu attendre janvier 2018 pour que l’ONDA, l’Office national des droits d’auteur, lui organise deux grands galas à la coupole.

Sur le plan musical, Idir, qui aura signé entre-temps avec la major Sony Music, fait surtout des reprises de ses propres chansons mais toujours avec les autres. Comme un passage à témoins. Ainsi dans l’album Identités, sorti en 1996, il réunit autour de lui une pléiade de chanteurs, comme Manu Chao, Maxime Le Forestier, Karen Matheson, Dan Arbraz et d’autres talents de la deuxième ou troisième génération issue de l’émigration, comme Zebda ou l’ONB, l’Orchestre national de Barbes.

En 2002, il sort l’album Deux rives, un rêve, sur ce thème de la fusion, du partage et de la double culture qui lui est si cher. Dans le dernier album, Ici et ailleurs, édité en 2013, ce sont les grands noms de la chanson française qu’il fait chanter en kabyle autour de lui, comme Francis Cabrel, Charles Aznavour ou bien encore Bernard Lavilliers. Idir aura également fait des duos avec Cheb Khaled et Cheb Mami, les stars du raï.

Un sage et un grand humaniste

Idir aura été une voix qui compte et son soutien à tous ceux qui luttent pour la réhabilitation de la culture amazighe aura été constant. Ces interventions dans le débat public sont à l’image du personnage : sages, pondérées, constructives et toujours pertinentes. Idir n’élève jamais la voix, il préfère élever le niveau et le débat. Son immense public qui ne le connaît qu’à travers ses chansons découvre un homme profondément humaniste, un sage et un philosophe.

Personnage discret, ce père de deux enfants est un taiseux qui pèse ses mots et soigne ses apparitions publiques. C’en est tellement vrai qu’il dit ne pas aimer parler quand il n’a rien à dire.

Revendiquant sa liberté de penser, il se méfie de la récupération politique tant est si bien qu’il a toujours refusé de se produire en Algérie en dépit des multiples sollicitations et des ponts en or qu’on lui dressait. «Je n’ai rien à vendre sinon mes disques, confie-t-il un jour à l’auteur. Je suis celui que j’ai toujours été.» Autre facette que ne connaissent que ceux qui ont eu le privilège de le connaître de près, l’homme a l’esprit très aiguisé et possède un sens de l’humour très raffiné.

Il adore rire et faire rire autour de lui. Pour l’avoir suivi durant trois jours lors de son retour en 2015 pour parrainer un festival en Kabylie, votre serviteur a eu l’occasion de découvrir que son immense notoriété n’avait d’égale que sa modestie et son humilité. Assailli pendant des jours par des milliers de fans qui réclamaient de lui un geste, une photo ou une parole, il n’a jamais, à aucun moment, montré le moindre signe de contrariété ou d’impatience. Il répondait à tous avec la même bienveillance et le même sourire malgré la fatigue et la maladie.

«Ce sont des moments très forts avec une charge émotionnelle considérable. Tu es entouré de gens qui sont venus pour toi, qui t’accueillent avec joie et tu es au centre de leurs préoccupations et intérêts. Tu as souvent les yeux humides et la nature extraordinaire de cet accueil t’encourage et te porte. Je dois dire que cet engouement je ne m’y attendais pas trop. Cela m’a rassuré. Il y a cette affection qui est là malgré l’absence.

Ce que l’on a semé est toujours là. La nature extraordinaire de cet accueil change un peu la donne. Tu te surprends à vouloir donner plus. Si je peux faire quelque chose, si je peux amener quelque chose, ce sera avec plaisir. La seule chose qui pourrait m’en empêcher ce serait un problème de santé et rien d’autre», nous avait-il confié ce jour-là. A l’heure de l’épidémie du coronavirus et du confinement, on ignore encore dans quelles circonstances ses obsèques se dérouleront et où Idir sera enterré.

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