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La PCH enregistre une rupture de médicaments : Le calvaire des cancéreux

06 octobre 2020 à 11 h 08 min

La situation inquiète sérieusement les patients et les médecins traitants redoutent la progression de la maladie et les rechutes qui peuvent être fatales pour les patients.

Les services d’oncologie au niveau national souffrent d’une grave pénurie de médicaments depuis quatre mois, notamment le méthotrexate et l’acide folinique utilisés essentiellement pour le traitement des cancers, en l’occurrence des tumeurs osseuses, les leucémies et les lymphomes pour les enfants et les adultes.

Ces deux molécules indispensables pour la guérison de ces maladies sont en rupture de stock au niveau de la PCH depuis le mois de juillet dernier, dont une grande quantité de méthotrexate ayant atteint les délais de péremption à cette date, soit le mois de juillet.

Une situation qui inquiète sérieusement les patients et les médecins traitants qui redoutent la progression de la maladie et les rechutes qui peuvent être fatales pour les malades.

«Cela dure depuis quatre mois. Nous avons fait plusieurs commandes et à chaque fois on nous répond par la négative. Nous nous sommes débrouillés en pleine pandémie entre nous avec les différents services des autres hôpitaux, en se prêtant quelques flacons pour pouvoir poursuivre le traitement de nos patients durant tout l’été, mais là ce n’est plus possible de continuer.

On se dépanne entre nous, le CPMC et le CHU Mustapha, c’est le cas aussi pour l’unité oncologie des Chu Parnet et de Beni Messous.

Le problème se pose aussi dans d’autres hôpitaux du pays. Je vous disque le problème est national», s’offusque le Pr Houda Boudiaf, chef de service de pédiatrie oncologie au CHU Mustapha Bacha. Elle précise que «la pharmacienne de l’hôpital a fait ses prévisions comme chaque auprès de la PCH.

Nos commandes n’ont pas été livrées comme prévu, malgré les nombreux rappels et nous avons l’historique des bons de commandes.»

Et de signaler : «Les malades n’ont jamais raté leur RDV, malgré la pandémie. Une période durant laquelle nous avons travaillé sans relâche. D’ailleurs, une dizaine de notre personnel a été contaminé, dont des infirmières qui ont contaminé leurs parents.

Nous avons géré la situation tant bien que mal et nous continuons à le faire avec des patients qui arrivent des différentes wilayas du pays. Notre service prend en charge près de 200 patients entre hospitalisation et hôpital du jour.»

Pis encore, le Pr Boudiaf, en colère, regrette qu’avec un telle rupture, «les chances de guérison des enfants atteints de ces maladies (lymphones et leucémies) sont compromises. Nous sommes contraints de changer le protocole pour ne pas perdre nos patients».

Et de souligner : «Je ne fais de politique, je n’attaque personne, je veux juste les médicaments pour mes patients.» Le constat est malheureusement semblable au niveau des autres structures.

Le Pr Fatiha Gachi, chef de service oncologie pédiatrique au CPMC, qui enregistre 200 patients par an, explique que les deux médicaments en rupture représentent le traitement majeur des tumeurs osseuses chez les enfants.

On ne peut pas donner l’un sans l’autre. «Le méthotrexate est administré à forte dose, l’acide folinique est utilisé en antidote pour éviter les brûlures. Sans ces molécules, le pronostic est compromis.

La maladie peut mal évoluer, notamment vers des métastases, voire l’amputation des membres atteints», relève le Pr Gachi, précisant que 16 patients dont l’âge varie entre 10 et 16 ans sont actuellement sous traitement.

«Chaque patient reçoit 20 g par semaine. 7 cures sont donc prévues en préopératoire et 12 cures en post-opératoire, soit 20 g par cure/par patient.

A défaut de ces molécules, nous étions obligés de changer le protocole pour ne pas laisser la maladie évoluer malgré la pandémie. Mais cela n’est pas aussi efficace que le méthotrexate, dont le dosage varie de 3 à 8 g selon le stade de la maladie.

Un médicament utilisé également chez l’adulte en oncologie et en hématologie», a développé le Pr Gachi indiquant que les commandes ont toujours été faites dans les délais.

Pour le Pr Noria Benmouffok, chef d’unité oncologie pédiatrique au CHU Parnet, «le méthotrexate est notre pain quotidien. C’est un médicament utilisé dans tous les protocoles pour le traitement de toutes les formes de leucémie et avec des dosages différents qui sont actuellement en rupture de stocks au niveau de la PCH.

A notre niveau, nous avons pu maîtriser la situation, mais là il est très difficile de continuer, puisque la deuxième molécule l’acide folinique est aussi en rupture.

Le protocole ne peut pas être administré sans cette molécule», a souligné le Pr Benmouffok qui signale que vu le nombre des cas de cancer pédiatrique, les quantités de médicaments sont insuffisantes.

«Depuis le mois de janvier jusqu’au mois de juin, 81 patients ont été pris en charge au sein de notre unité d’oncologie pédiatrique dotée de 27 lits, dont 7 sont dédiés à l’hôpital du jour», a-t-elle indiqué.

Elle explique que face à cette pénurie de médicament, «le protocole thérapeutique a été modifié pour éviter les rechutes. Mais on doit rattraper ce traitement par la suite pour éviter les risques que cela pourrait engendrer.

L’acide folinique indispensable dans le traitement de ces cancers est utilisé 36 heures après l’administration du méthoterxate, et 12 injections sont prévues pour chaque patient», tout en signalant que «la pandémie de Covid-19 a eu effectivement un impact sur le déroulement des activités médicales et surtout pour l’hospitalisation de nos patient, mais nous nous sommes jamais arrêtés et les patients ont continué à venir».

Les hôpitaux de Rouiba et de Beni Messous ont eu également à gérer cette rupture avec des patients sur les bras, grâce à la solidarité entre services et professionnels, notamment les chefs de service en se partageant le peu de quantités de flacons dont ils disposent en priorisant les stades avancés.

«Les médicaments qui manquent sont le méthotrexate, 5 fluorouracile, l’acide folinique, les anthracyclines, la doxorubicine, la zorubicine, l’idarubicine…

Ces médicaments manquent depuis quatre mois», a déclaré le professeur Kamel Bouzid, chef de service d’oncologie au CPMC et président de la Société algérienne d’oncologie médicale.

Il rappelle que ces molécules sont de vieux médicaments génériques dont les coûts sont dérisoires. «On ne comprend pas ce qui se passe.

Il est grave qu’on tombe en rupture de ces médicaments qui permettent de guérir les leucémies aiguës, les lymphomes et les tumeurs osseuses dans le deux tiers des cas», a dénoncé le Pr Bouzid.

Il fait savoir que les services du CPMC ont travaillé pendant toute la durée de la pandémie de Covid-19. Comme il déplore au passage, la non-commercialisation des molécules innovantes pour le traitement des cancers des poumons, du côlon et de la peau.

«Ce sont une trentaine de molécules qui sont indiquées et ont prouvé leur efficacité pour ces formes de cancers à travers le monde. Il ne s’agit pas seulement de l’immunothérapie, comme veulent le faire croire certains qui conseillent le ministre de la Santé», a-t-il déclaré.

Du côté de la PCH, on affirme que les deux médicaments suscités sont effectivement en rupture. «Pour le méthotrexate, des quantités de stocks de 2018 et 2019 sont arrivés à préemption en juillet dernier et le bon de commandes pour l’importation pour 2020 a été fait le 1er avril dernier, mais avec l’apparition de la pandémie, tout a été bloqué.

Notre fournisseur n’a pas pu nous approvisionner, puisque lui même a eu des difficultés, surtout que l’Inde et la Chine qui fournissent les matières premières étaient fermés.

Nous avons pu avoir à la mi-septembre une quantité de 6000 ampoules que nous avons remis aux hôpitaux en attendant les prochaines livraisons dans les jours à venir», affirme Mme Fatima Ouakti, directrice générale de la PCH, nommée intérimaire en mai dernier après la mise en détention provisoire du directeur général Tarek Djan-boub.

«Concernant l’acide folinique, une quantité de près de 40 000 ampoules de 200 mg est en cours d’expédition, fournie par un autre laboratoire que celui qui devait nous approvisionner en 2019 et qui n’a pas respecté ses engagements» a-t-elle souligné. «Sa commande a été annulée par la commission des marchés de la PCH à cause du retard enregistré.

Une nouvelle consultation a été alors engagée auprès d’un autre laboratoire. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes retrouvés en rupture», a- t-elle expliqué.

En attendant, des listes de malades sont élaborées par chaque service d’oncologie et des démarches sont entreprises à la recherches de quelques boîtes non utilisées par les hôpitaux en attendant l’arrivée des commandes de la PCH.


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