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Ils reversent leur pension pour soutenir des associations algériennes

Le beau geste d’anciens appelés de la «guerre d’Algérie»

09 juillet 2018 à 2 h 20 min

Association 4ACG (Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis contre la Guerre). C’est le nom que s’est donné cette organisation citoyenne fondée en 2004 par des «vétérans» de l’armée française qui ont servi durant la «guerre d’Algérie», et qui ont décidé de reverser leur pension de retraite militaire dans des projets de partenariat avec des associations algériennes.

On connaît la «Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la Guerre d’Algérie» dite «Manifeste des 121». On sait que beaucoup de jeunes appelés sous les drapeaux avaient choisi la désobéissance durant la période 1954-1962.

Quelque 15 000 Français ont ainsi fait le choix de l’insoumission, ont été déserteurs ou objecteurs de conscience selon la thèse de l’historien Tramor Quemeneur : «Une guerre sans «non» ?: insoumissions, refus d’obéissance et désertions de soldats français pendant la guerre d’Algérie» (thèse soutenue en octobre 2007).

Si ces faits sont plus ou moins connus, le geste ô combien symbolique des fondateurs de l’association 4ACG, l’est beaucoup moins. «A 65 ans, nous avons reçu notre pension de combattant.

Et là, tout a été remis en question. Au début, nous nous sommes dit qu’on allait la refuser. Mais on n’allait pas en faire cadeau à l’Etat.

Alors, nous l’avons reversée à des associations algériennes», expliquait Rémi Serres, l’un des fondateurs de l’association, dans un témoignage rapporté par ladepeche.fr (articlé daté du 7 juillet 2015).

Les trois autres membres fondateurs sont Georges Treilhou, Armand Vernhettes et Rémi Delsaux. L’Etat français leur a alloué une pension mensuelle de 700 euros, et c’est cette somme qui est reversée nette à l’association par chacun de ces anciens soldats, pour financer, ensuite, des initiatives citoyennes franco-algériennes.

Quand on sait que l’association a pu compter dans ses rangs au moins 200 anciens appelés, cela en fait une coquette somme avoisinant les 140 000 euros mensuels.

Des représentants de 4ACG nous ont rendu visite hier, à El Watan, accompagnés de jeunes de SOS Bab El Oued guidés par notre ami Nacer Meghnine, l’emblématique président de l’association algéroise. SOS Bab El Oued est justement l’une des associations partenaires en Algérie de 4ACG.

Et tout ce beau monde de s’engouffrer gaiement dans le bureau de M. Belhouchet, le directeur d’El Watan, pour un échange très instructif et très convivial.

Omar Belhouchet n’a pas manqué de rappeler toutes les épreuves et les péripéties que le journal a traversées.  «C’est un journal de résistance, d’abord par rapport au terrorisme islamiste, considérant que l’islam politique n’est pas du tout la solution pour notre pays, mais aussi un journal de résistance par rapport à l’autoritarisme, estimant que notre pays a besoin de démocratie, et la démocratie, c’est un combat» a-t-il déclaré, résumant la ligne du journal.

«C’est l’argent du sang»

Colette Drogoz, membre du conseil d’administration de l’association 4ACG, est revenue de son côté sur les circonstances de la création de l’association en disant : «Lorsqu’ils ont reçu leur retraite d’anciens combattants (les fondateurs de l’association, ndlr), ils ont dit on ne veut pas de cet argent, c’est l’argent du sang. Ils ont donc décidé de reverser entièrement leur retraite de combattants. Ils étaient plus de 200, maintenant ils sont 120.»

Avec l’argent de ces pensions cumulées, «on essaie d’aider des associations en Algérie, surtout des associations de jeunes (…) entre autres SOS Bab El Oued». «Nous sommes venus dans l’espoir de tisser des liens entre les jeunes Français et les jeunes Algériens», souligne Colette Drogoz.

Véronique Siau, autre membre du conseil d’administration, a indiqué que 4ACG compte aujourd’hui 450 membres en incluant les Amis de l’association. Elle a mis l’accent au cours de son intervention sur le travail de transmission effectué par beaucoup d’anciens appelés : «Ils font un gros travail dans les collèges, dans les lycées en France, pour témoigner de ce que représentait cette guerre d’Algérie pour eux.»

«Mais aujourd’hui, ils souhaitent absolument que le flambeau soit passé à une autre génération, à des gens plus jeunes qui vont transformer cet engagement et ce combat qui est le leur (…) en quelque chose d’encore plus constructif et plus pérenne.» Et de lancer : «C’est grâce à des associations comme SOS Bab El Oued que nous pouvons tisser des partenariats durables.» Nacer Meghnine, le président de SOS Bab El Oued, nous a précisé que ses hôtes sont arrivés mercredi dernier pour un séjour qui s’étalera jusqu’au 15 juillet.

«On les a invités pour la cérémonie du 5 Juillet.

Ils ont assisté aux festivités qui se sont tenues à la place des Martyrs, et l’après-midi, ils ont pris part à la rencontre organisée par RAJ (sur le 56e anniversaire de l’indépendance).» Pour Nacer, «il était important qu’ils viennent fêter le 5 Juillet avec le peuple algérien».

Le président de SOS Bab El Oued estime que l’intérêt de ces échanges est de «préparer la génération future à vivre ensemble, à faire des choses ensemble». «La transmission est là, les jeunes adhèrent à cette démarche.

La résistance est chez les politiques, pas chez le peuple», insiste-t-il. La délégation française, composée d’une dizaine de personnes, devait se rendre hier à Tipasa, après avoir effectué une visite à La Casbah, samedi.

Prochaine étape : Ath Yenni, en Kabylie, avant de boucler son séjour, en beauté, à Oran. C’est Brahim Djellouadji, directeur de l’agence de voyages Mediterranée Europe Tourisme (MET), basée à Marseille, et qui est par ailleurs membre de l’association, qui a concocté ce magnifique circuit.

Parmi les membres de la délégation qui nous ont rendu visite hier figure Jérôme Vernhettes, 37 ans, éducateur sportif à Castres, près de Toulouse. Jérôme est le fils d’Armand Vernhettes, l’un des membres fondateurs de l’association. Armand est décédé le 13 février dernier.

Jérôme nous dit que son père s’était longtemps muré dans le silence sur ce qu’il avait vu et vécu en Algérie. «C’était un sujet plutôt tabou. Mon père était gêné par rapport à ça. Mais grâce à l’association qu’ils ont créée, la parole s’est libérée.» Et de nous confier : «Lors des premiers voyages de 4ACG, il n’y avait que les anciens appelés. Mon père est venu en 2010.

C’était très émouvant pour lui. Il a rencontré des moudjahidine du même âge, ils ont discuté, ils ont fraternisé. Quand il en parlait plus tard, on sentait que c’était très important pour lui. ça lui a fait du bien d’être ici. Je pense qu’il est parti un peu plus en paix avec lui-même.»

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