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Il a été renforcé par 11,5 millions d’arbres plantés depuis janvier

Le Barrage vert, un rempart unique contre la désertification

21 juin 2020 à 9 h 47 min

Pensée comme un véritable rempart naturel contre la désertification et autres bouleversements climatiques qui menacent la région, cette opération d’envergure s’est déclinée sous le slogan «Un arbre pour chaque citoyen». Tout un programme !

Plus de 11,5 millions d’arbres ont été plantés dans notre pays depuis le début de l’année 2020 dans le cadre du Plan national de reboisement (PNR), couvrant une superficie de 23 000 hectares à l’échelle nationale.

C’est ce qu’a affirmé ce jeudi le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Cherif Omari, lors d’une rencontre organisée à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse célébrée le 17 juin de chaque année.

Selon un compte-rendu de l’APS, la rencontre s’est tenue en présence du ministre délégué chargé de l’Agriculture saharienne et des Montagnes, Fouad Chahat, du ministre délégué chargé de l’Environnement saharien, Hamza Al Sid Chikh, ainsi que de hauts cadres de la Direction générale des forêts (DGF) et d’experts internationaux.

«Un arbre pour chaque citoyen»

Pensée comme un véritable rempart naturel contre la désertification et autres bouleversements climatiques qui menacent la région, cette opération d’envergure s’est déclinée sous le slogan «Un arbre pour chaque citoyen». Tout un programme !

Faisant le point sur les actions engagées par l’Algérie pour faire face aux dangers qui pèsent sur son couvert végétal, Cherif Omari a souligné que notre pays «a réalisé très tôt l’impact de la désertification, ce qui l’a amené à prendre les mesures susceptibles de lutter contre ce phénomène à travers la relance du programme de reboisement postindépendance, notamment le Barrage vert dans les années 70’», rapporte l’APS.

Le Programme national de reboisement revêt à l’évidence une importance stratégique en ce qu’il comporte à la fois une dimension écologique et une dimension socioéconomique. Il s’inscrit naturellement en prolongement du «Barrage vert» qui a été lancé à la fin des années 1960 sous Boumediène.

«Le Barrage vert, considéré comme un ‘‘rempart’’ à l’avancée du désert, est l’un des plus ambitieux projets agro-écologiques jamais mis en œuvre en Afrique et l’un des plus ambitieux realisés par l’Algérie depuis l’indépendance», écrit notre confrère de l’APS Mohamed Addab dans un article très documenté consacré à cette expérience (dépêche du 11 juillet 2012).

«Cette ceinture verte, poursuit-il, vise à stopper l’avancée du désert vers le Nord en créant une véritable barrière de verdure reliant les frontières algériennes ouest aux frontières est sur une longueur de 1500 km. Historiquement, le renouvellement du patrimoine forestier qui a subi de graves dommages durant la Guerre de Libération du fait des bombardements de l’aviation de l’armée d’occupation constituait l’une des priorités pour l’Algérie indépendante.

Ces préoccupations ont alors conduit les autorités de l’époque à élaborer, dès 1968, quatre projets de reboisement déployés en amont des forêts naturelles de pins d’Alep, dans les monts des Ouled-Nail (région de Djelfa)».

Comment est né le «Barrage Vert» ?

Saïd Grim, brillant ingénieur forestier, l’un des principaux (voir le principal) concepteurs du projet du Barrage vert, fournit des détails passionnants sur les grands débuts de cette aventure épique. Dans une interview accordée au site Algérie Patriotique diffusée en novembre 2017, il déclare : «Le Barrage vert a été une affaire entre Houari Boumediene et moi».

Expliquant la genèse du projet, il témoigne : «Dès 1965 et, pourrait-on dire, bien avant, il apparaissait que la forêt d’Algérie se trouvait en péril.

Or, dès le XVIIe siècle, des forestiers d’Europe tempérée, principalement de France et d’Allemagne, se sont efforcés de mettre au point des méthodes de gestion de leurs patrimoines boisés qui donnèrent des résultats positifs tangibles. Elève de l’Ecole nationale des Eaux et Forêts de Nancy, j’ai pu prendre connaissance de démarches et de doctrines qui nécessitaient bien évidemment une adaptation au contexte algérien.

Ce ne sera qu’en juin 1968 que les circonstances m’autoriseront à mettre en application mon projet, et les premiers travaux débuteront dans la forêt domaniale de Senalba Chergui, canton Mezreb El-Ali, sous la conduite d’un technicien émérite : le chef de district Abdelhamid Bérini».

Le jeune ingénieur sera très vite freiné dans son élan et butera contre des résistances au sein de sa hiérarchie : «Les choses évoluent rapidement vers un climat de plus en plus tendu, une partie de la hiérarchie forestière montrant de l’hostilité à toute initiative visant l’aménagement des forêts par un personnel d’autochtones. On considérait alors, et peut-être encore maintenant, que les techniques sortant de la routine relevaient de l’apanage des experts internationaux».

Le concepteur du Barrage vert reprend : «Parallèlement à ces opérations intéressant les formations forestières apparaissait la nécessité d’étendre le patrimoine boisé de la région de Djelfa pour des raisons autant économiques (production ligneuse) qu’environnementales (frein à la désertification déjà bien perceptible).

Le premier périmètre retenu fut celui de Moudjebara, du nom d’un bourg situé à une vingtaine de kilomètres au sud de Djelfa. Les contours du projet seront définis avec le concours bénévole d’un ingénieur de la météorologie nommé Mohamed Andaloussi.

On procéda à une sorte de bilan de tout ce qui avait été envisagé lors d’un séminaire organisé à Djelfa les 18 et 19 septembre 1968. Le regroupement se déroula dans une ambiance houleuse et fut prématurément interrompu au début de l’après-midi du 19 septembre. La hiérarchie forestière laissa malgré tout se poursuivre les travaux, pensant, à tort, que je bénéficiais de soutiens aux échelons élevés de l’Etat».

Saïd Grim raconte ensuite comment les circonstances l’ont aidé, de façon tout à fait inespérée, à exposer son plan à Boumediène : «En 1969, les autorités préparent un plan spécial de développement pour la wilaya du Titteri, dont relevait la sous-préfecture de Djelfa.

Il fut décidé, avec l’accord du sous-préfet d’alors, M. Bessaieh, et du maire, Saïd Boukhelkhal, de faire des projets forestiers de la région des moteurs majeurs de promotion à la fois économique et sociale pour un territoire jusque-là passablement oublié.

En septembre de la même année 1969, le président Houari Boumediene et une partie de son gouvernement se déplacent à Djelfa pour une visite d’information et de travail.

A la surprise des autorités locales, le protocole de la Présidence décide que les questions forestières soient débattues en forêt. Le cortège présidentiel arrive au canton Mezreb El Ali et c’est moi qui suis désigné par les autorités de Djelfa pour présenter le programme proposé pour la région.

Des propositions de même nature furent suggérées pour l’ensemble des territoires atlasiques méridionaux et des Hautes-plaines attenantes. L’entretien avec Houari Boumediene dura environ deux heures. Le Président était un redoutable débatteur, ses questionnements aussi pertinents que les vôtres, mais un ingénieur de 29 ans ne pouvait y répondre qu’en puisant dans ses ultimes réserves d’énergie et de savoir.

D’un discret signal, Abdelmadjid Allahoum indique que la visite présidentielle arrive à son terme. Houari Boumediene se tourne vers ses collaborateurs : ‘‘Vous venez d’entendre comme moi ce que vient de dire cet ingénieur. Avez-vous des remarques à faire ?’’ Personne parmi ses conseillers et ministres n’ayant souhaité intervenir, le président Boumediene prit à nouveau la parole : ‘‘Puisque vous n’avez aucune objection à formuler, ce qui vient d’être dit constituera dorénavant notre politique forestière’’».

Création d’une «Agence nationale de l’environnement saharien»

Et pour ne pas perdre le fil de l’actualité et revenir à la rencontre de ce jeudi, M. Omari a inévitablement mentionné ce projet homérique (le Barrage vert) pour dire qu’il «a été relancé à l’aide d’un nouveau mécanisme supervisé par le secteur, avec l’implication d’autres secteurs concernés, pour l’activation du programme de reboisement, la fixation des dunes, la promotion des activités forestières et l’amélioration des sols». Il a indiqué dans la foulée que «les opérations de reboisement couvrent une superficie de 816 723 hectares de différents types d’arbres, dont 300 000 hectares d’arbres fruitiers».

Il a, par ailleurs, précisé que les zones steppiques, les pâturages et les zones alfatières ont été sujettes à des travaux d’aménagement avec, à la clé, la plantation d’une superficie de 422 000 hectares d’arbustes. Afin de les protéger, ces zones sont sous le coup d’une «interdiction de pacage» sur une superficie d’environ 3 millions d’hectares.

De son côté, le ministre délégué chargé de l’Environnement saharien, Hamza Al Sid Cheikh, a annoncé que son département s’apprête à créer une Agence nationale de l’environnement saharien.

Il est prévu, en outre, la création d’un «Observatoire national de la biodiversité doté d’un système d’alerte précoce», d’après l’APS. Hamza Al Sid Cheikh a plaidé pour «la nécessité de renforcer le barrage vert par une autre ceinture forestière afin de lutte contre la désertification».

Pour sa part, Fouad Chehat, ministre délégué chargé de l’Agriculture saharienne et des Montagnes, fera observer que plus de 8 millions d’hectares sur l’ensemble du territoire national étaient des zones montagneuses menacées par l’érosion des sols, ce qui nécessite l’intensification des opérations de reboisement pour y remédier.

A noter enfin que lors de cette même rencontre, un accord a été signé entre la Direction générale des forêts et l’Agence spatiale algérienne. Cet accord permettra aux deux organismes d’échanger des informations et de mesurer les indicateurs de la désertification en utilisant les techniques de télédétection et de cadastre.

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