Me Salem Khatri. Bâtonnier de Béjaïa : «L’avocat est le contrepoids d’un système qui peut basculer vers la dictature judiciaire» | El Watan
toggle menu
mardi, 27 octobre, 2020
  • thumbnail of elwatan05102020





Me Salem Khatri. Bâtonnier de Béjaïa : «L’avocat est le contrepoids d’un système qui peut basculer vers la dictature judiciaire»

30 septembre 2020 à 11 h 14 min

– Les avocats entreront en grève nationale à partir de demain (aujourd’hui, ndlr). Quel message voudra-t-on faire passer au-delà de la solidarité avec le barreau d’Alger ?

La grève est prévue en signe de protestation contre les conditions de travail de l’avocat dans les arcanes des juridictions, au-delà de l’affaire du barreau, qui n’est en fait que la goutte qui a fait déborder le vase.

L’avocat n’a plus sa place dans le système judiciaire actuel. Bien que toutes les lois ainsi que la Constitution lui confèrent une place de choix, la réalité amère est tout autre.

Cela est dû aux pratiques sournoises pour faire de l’avocat un faire-valoir, et cet état de fait est la résultante de l’absence de l’indépendance de la justice.

– Considérez-vous que tout ce que subissent les robes noires comme atteintes au droit de la défense est une forme de répression ?

Ces derniers temps, la répression est devenue le leitmotiv du pouvoir en place. C’est la politique et la voie préférées pour mettre au pas la société et éteindre les voix discordantes qui ne glorifient pas les pratiques d’un système rejeté par le peuple, un système obsolète, moribond et désuet.

L’avocat n’échappe pas à cette forme de répression par des pratiques, des brimades, des outrages répétés dans les procès où les libertés et les droits sont à la merci de certaines juridictions dociles ou attentives aux recommandations des maîtres de céans.

La preuve est que ces derniers jours, on a constaté une autre forme de répression par certains juges qui demandent de «donner acte» pour des termes utilisés par des confrères dans les procès de détenus d’opinion. Et cela s’est passé aux tribunaux de Bordj Bou Arréridj et M’sila, en contradiction avec l’article 24 de la loi 13/07.

– Voyez-vous, comme le soutiennent certains de vos collègues, qu’aujourd’hui la justice est déshumanisée ?

Le rôle de la justice est de mettre fin aux litiges et de régler les problèmes nés de conflits au sein de la société et de protéger celle-ci, loin de toutes considérations ethnique, raciale, culturelle, cultuelle ou de classe sociale. C’est parce que les principes régissant le fonctionnement de la justice obéissent parfois à des règles millénaires forgées par le progrès humain.

La justice comme tout secteur ne peut pas être absoute d’erreurs ou de mauvais fonctionnements, qui ne doivent être que marginaux, sinon tous les fondements de celle-ci disparaîtront. Aujourd’hui, avec l’instrumentalisation de la justice, nous avons constaté dans certains procès que l’homme n’est qu’un numéro sur un dossier.

Une justice sélective, revancharde, dirigée vers des objectifs autres que ses missions constitutionnelles, ne peut enfanter qu’une machine inhumaine et inéquitable. La surcharge des tribunaux et cours de dossiers ne permet plus une gestion humaine et équitable.

– Jusqu’où pourront aller, selon vous, les avocats pour se faire respecter comme partie indispensable dans le système judiciaire ?

L’avocat est une partie indispensable dans l’échiquier judiciaire. C’est le contrepoids d’un système qui peut, du jour au lendemain, pencher vers l’absolutisme ou ce qu’on peut décrire comme la dictature judiciaire. L’avocat qui se respecte doit être militant pour faire régner la loi et les droits. Nous ne pouvons pas nous contenter des «attendu que» répétés dans les répliques pour se dire qu’on est avocat.

La lutte pour s’imposer, imposer l’indépendance de la justice est une affaire qui concerne tous les avocats épris d’équité et de justice. Par l’engagement des avocats, il s’agit de sauvegarder les libertés individuelles et collectives ainsi que les droits fondamentaux du citoyen.

Concernant le barreau de Béjaïa, nous ne laisserons jamais piétiner les droits de la défense, quoique à la cour de Béjaïa et les juridictions y afférentes nous n’avons pas enregistré les dépassements constatés ailleurs, car nous avons toujours prôné le dialogue pour régler les incidents quotidiens. Globalement, notre force c’est notre unité, notre union.

Au-delà des divergences conjoncturelles, nous devons nous unir pour faire face à un certain acharnement contre la robe noire. Les actions prônées pour réhabiliter la profession, même si elles sont insuffisantes, ne sont qu’un prélude à d’autres actions plus consistantes qui peuvent durer dans le temps si les choses ne changent pas.

– L’imposition de la visioconférence est-elle une atteinte aux principes d’un procès équitable ?

La visioconférence qui devrait être une exception a été généralisée pour des raisons évidentes d’enlever la tribune d’expression pour les détenus d’opinion et les détenus politiques.

Un procès équitable exige le respect de tous les droits dès l’ouverture de l’information judiciaire au niveau de la police judiciaire jusqu’à la tenue du procès, chose qui n’est pas assurée chez nous.

Les restrictions aux droits à la défense sont palpables et évidentes dès lors que la systématisation de la procédure du procès par visioconférence est une atteinte aux droits des prévenus et une restriction flagrante des droits de la défense.

– Que reste-il aujourd’hui du droit de la défense ?

Le droit à la défense est une pratique quotidienne qui a tendance à être réduite par certains qui voient en l’avocat un ennemi au lieu d’un partenaire pour l’établissement d’une bonne justice. Consacrer les droits ne peut se faire sans unité des avocats malgré les diversités.

Advertisements


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!