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Enseignement des langues

L’anglais opposé au français : l’autre diversion

03 juillet 2019 à 10 h 17 min

Deux ministres du gouvernement Bedoui se sont exprimés, ces derniers jours, sur la «nécessité» de remplacer la langue française par l’anglais. Après le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Tayeb Bouzid, qui avait annoncé, le 28 juin dernier sur sa page Facebook, le lancement d’un sondage relatif au «renforcement de l’utilisation de l’anglais dans l’enseignement supérieur», voilà que le ministre du Travail, Tidjani Haddam Hassen, lui emboîtant le pas et se disant espérer que l’anglais remplace le français, annonce que ses services vont se mettre à la traduction des documents en langue anglaise et que l’école de la sécurité sociale va l’adopter dès la prochaine rentrée.

Cette question a commencé, d’ailleurs, à faire polémique, notamment sur les réseaux sociaux, où à coups d’arguments et de contre-arguments, partisans et détracteurs s’échangent les accusations quant aux intentions exprimées ou cachées des uns et des autres. Dans un autre contexte, le débat serait certainement intéressant, pour peu qu’il soit mené par les spécialistes. Mais le fait que cette polémique soit «déclenchée» en plein «hirak», à un moment où ont proliféré les questions qui divisent, fait planer des doutes sur les intentions des auteurs de cette «proposition». D’autant plus qu’officiellement aucun projet allant dans ce sens n’a été lancé, que ce soit au niveau du ministère de l’Enseignement supérieur ou de celui de l’Education nationale.

Si Tayeb Bouzid a annoncé, sur sa page Facebook, le lancement de ce sondage, il n’y a rien sur le site du ministère de l’Enseignement supérieur. D’ailleurs, cette dernière, éditée en trois langues, dispose d’une version en anglais qui n’est pas mise à jour (en retard) par rapport aux deux autres langues (arabe et français), malgré tout l’intérêt qu’a montré le ministre en charge de ce secteur pour la langue internationale. Sur le plan pratique, basculer vers l’anglais suscite quelques interrogations qui méritent des réponses avant de se lancer dans un quelconque projet.

L’Algérie a-t-elle les moyens, sur le court et moyen terme, de basculer vers l’anglais ? A-t-elle suffisamment de formateurs par exemple ? L’expertise nécessaire ? Existe-t-il une documentation conséquente en anglais ? Les réponses à ces questions sont évidentes. Il ne suffit pas de changer une enseigne d’une faculté du français vers l’anglais pour basculer d’une langue d’enseignement et de travail à une autre. Il faudrait une stratégie, sur le long terme, mise sur pied non pas par des politiques, mais par des académiciens et spécialistes, qui prendraient en considération plusieurs aspects.

C’est un travail qui s’étalera sur plusieurs années. En somme, la légèreté avec laquelle l’«idée» a été lancée par des ministres laisse supposer qu’il ne pourrait s’agir que d’une énième «manœuvre», une tentative de dévoyer les débats essentiels de l’heure, s’articulant autour du «départ du système», et par conséquent de la démocratie et des libertés, vers des questions clivantes. Ce fut la même chose avec l’affaire de l’étendard amazigh, des supposés dangers du vide constitutionnel et de la transition, etc.

Le pouvoir en place essaye, depuis des semaines, d’«imposer» ce genre de débats afin de diviser le mouvement populaire. D’autant plus qu’il y a un soubassement idéologique à cette question. Parce qu’évoquer l’introduction de l’anglais dans l’enseignement, afin de remplacer graduellement le français, est un clin d’œil aux islamistes qui en font un de leurs leitmotivs.

En tout cas, et c’est ce qui plaide davantage pour la thèse de la diversion, ce gouvernement des «affaires courantes», qui, logiquement ne devrait pas durer longtemps (des informations font déjà état du probable départ de Bedoui dans les jours à venir), n’a pas de compétence pour lancer ce genre de réformes. Un gouvernement non reconnu par les Algériens qui réclament, chaque semaine, son départ et dont les ministres se font souvent chasser par les citoyens à chacune de leurs sorties sur le terrain, arrivant difficilement à garantir un minimum d’activités.

Ce ne sont pas ces ministres donc qui se pencheront sur des changements aussi profonds dans le système éducatif ou autre. Tout le reste n’est à cet effet qu’un discours de circonstance ayant des objectifs autres que ceux exprimés…


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