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Après la commémoration de son premier anniversaire

L’An I du hirak vu par des membres de la diaspora !

23 février 2020 à 10 h 04 min

Alors que le mouvement du 22 Février a élevé son niveau, la participation sociale et politique s’exprime en dehors des structures traditionnelles dans le pays. Ce qui n’est pas forcément le cas au sein de la diaspora. Pour rester sur l’exemple majeur de la région parisienne, des formations politiques de l’opposition, toutes tendances confondues, ont joué un rôle important d’organisation et d’encadrement.

Au même titre que leurs compatriotes au pays, les membres de la communauté nationale établie à l’étranger ont bouclé, hier, une année de mobilisation citoyenne pro-hirak avec une nouvelle marche unitaire à Paris (place de la République-place Stalingrad).

Il s’agit de la septième du genre en France, sans compter les rassemblements hebdomadaires, ininterrompus depuis le 17 février 2019, et les autres actions organisées en Europe et aux Amériques. Ils ont voulu marquer ainsi, grandiosement et symboliquement, le premier anniversaire de la révolution du 22 Février dans la diaspora.

Cette occasion a été le cadre idéal pour échanger avec quelques animateurs et acteurs du mouvement populaire dans l’immigration et essayer de faire avec eux un bilan annuel qui s’impose. «Je me suis demandé si le 1er novembre 1955, les révolutionnaires algériens s’étaient attablés à une terrasse pour faire le bilan et encore moins fêter un quelconque anniversaire, et pour cause, la révolution n’est pas une fin en soi.

Son aboutissement quant à lui est une exigence. Une urgence !» affirme Akila Lazri, médecin et activiste.

Acquis et succès

«Mais puisqu’il faut faire cette analyse pour répondre aux exigences contemporaines, commençons par nos victoires. La révolution a surtout réussi à proposer un projet de convivialité aux Algériens, un nouveau contrat social, en dehors duquel aucune Algérie prospère et apaisée ne peut exister.

Il y a aussi l’irruption de la citoyenneté avec la réappropriation de l’espace public. Il s’agit de 12 mois d’éducation civique : accepter, tolérer, désirer même ce polymorphisme tant empêché ; ce barbu qui côtoie la jeune fille en mini-jupe, ce handicapé protégé par cet ancien prisonnier, cette grande-mère et ces jeunes chômeurs, sans incident, sans peur et sans angoisse.

Maintenant, nous pouvons rejeter le statu quo sans pour autant provoquer le chaos», estime la militante féministe.

Militant indépendant et tribun incontournable lors des rassemblements dominicaux à la place de la République, Abdou Bendjoudi juge que «la silmiya adoptée au long des 12 derniers mois est l’arme redoutable du hirak, avec laquelle il a neutralisé un régime autoritaire et violent».

Ce pacifisme est le principal acquis, selon notre interlocuteur, car il aurait déclenché «un processus de réconciliation entre les enfants du peuple, où qu’ils soient en Algérie et dans le monde. Il n’y a plus de barrières idéologiques, ni géographiques ni linguistiques.

Ils ont compris que le système a tout fait pendant 58 ans pour les diviser et attiser la haine, s’érigeant ensuite en garant indispensable de la stabilité du pays. Désormais, le niveau de conscience politique est à son maximum. L’Algérien s’est réconcilié avec la chose politique, qui se discute dans les cafés, les universités, les rues et les familles».

Alors que le mouvement du 22 Février a élevé son niveau, la participation sociale et politique s’exprime en dehors des structures traditionnelles dans le pays. Ce qui n’est pas forcément le cas au sein de la diaspora.

Pour rester sur l’exemple majeur de la région parisienne, des formations politiques de l’opposition, toutes tendances confondues, ont joué un rôle important d’organisation et d’encadrement. «La force du hirak c’est la richesse de sa diversité, son caractère horizontal et national, voire transnational avec l’admirable implication de la diaspora algérienne.

Naturellement, tout n’est pas encore acquis, mais nous sommes désormais face à une génération de femmes et d’hommes, de tout âges et de toutes conditions, déterminés à ne plus jamais laisser de nouveau sévir le culte de la personnalité, le despotisme, le népotisme et la privation de libertés», assure Zoheir Rouis, président de Jil Jadid Europe.

Quant à Mohand Yacoub, l’un des responsables du FFS immigration, il considère que l’un des succès de la révolution du 22 Février c’est d’avoir «réussi à ressusciter chez le peuple le sens du dialogue et l’action unitaire, en Algérie et dans la diaspora, lui permettant de retrouver l’espoir d’un avenir démocratique.

Le peuple a repris l’initiative et se réapproprie peu à peu l’espace public. La voie est toute tracée pour une nouvelle ère, dans la mesure où le mouvement maintient le cap de la rupture radicale et agit en faveur d’une véritable transition démocratique».

Malgré des critiques acerbes, lui reprochant notamment de véhiculer les thèses idéologiques du FIS, le parti non agréé Rachad a fini par trouver sa place parmi le groupement d’organisations politiques et associatives animant le hirak dans la diaspora algérienne en Europe.

Yahia Mekhiouba, l’un de ses cadres en France, se réjouit que «le hirak a permis de casser le mur de la peur érigé depuis plus de 20 ans et imposé à la rue algérienne.

La preuve, c’est le retour de la femme sur la scène militante en force dans toutes les villes du pays ; la réappropriation de notre histoire, de la Révolution de Novembre 1954 et des martyrs par les jeunes générations ; le fait d’imposer les véritables sujets de débat politique autour, à l’instar de la primauté du civil sur le militaire».

Échecs et ratés !

Abordant la question des éventuels échecs ou ratés du hirak durant son «An I», les militants politiques sont prudents. «En soi, le hirak n’a pas de ratés, mais une série de succès qui témoignent de la maturité et du degré de responsabilité de celles et de ceux qui le font. Nous avons le choix de voir le verre à moitié plein ou à moitié vide.

Pour ma part, je préfère parler des victoires du hirak et ne pas être dans une posture nihiliste qui non seulement n’apporte rien mais au contraire rabaisse le hirak, dénigre ses victoires et annihile sa capacité à se projeter victorieux», répond Rouis.

Cependant, il poursuit : «Valoriser les acquis du hirak n’interdit pas d’avoir un regard lucide sur le chemin parcouru. Nous aurions pu gagner à mieux fédérer les énergies et à mieux et davantage travailler en synergie.

Force est de constater que cela n’a pas été suffisamment fait, pas suffisamment souhaité par tous. Au mieux, considérons le comme un apprentissage et un passage obligé, car il faut aussi reconnaître que le régime n’a jamais facilité la vie aux acteurs politiques et a toujours tout fait pour qu’ils ne se parlent pas, ne se rencontrent pas et ne puissent pas agir de concert».

Un peu plus concret, Mekhiouba retient que «le hirak n’a pas pu organiser une grève générale au niveau national, action qui s’est limitée à quelques wilayas du centre du pays».

Du côté de la société civile, Lazri pense que les «limites» du mouvement sont liées à «l’agressivité du pouvoir», qui a fait que certains acquis tardent encore à se concrétiser : l’ouverture médiatique, l’indépendance de la justice, etc.

Sans langue de bois, elle ajoute : «Il faut aussi repenser les modes opératoires de la révolution. Les marches ont été la manière choisie pour exiger le recouvrement de la souveraineté populaire. Or, ce mode n’a pas permis d’arracher le pouvoir de son autisme.

Et hélas, ce qui a été possible en mars ne l’est plus après, il y a eu un temps propice à la désobéissance civile. Nous avons, à mon sens, raté le rendez-vous et il est difficile d’envisager cette possibilité maintenant, ce qui ne veut pas dire qu’elle est exclue.»

Quel avenir ?

Afin de rendre possibles d’autres victoires à l’avenir, la militante est persuadée que la priorité est d’ «amener le pouvoir à reconnaître l’existence d’un mouvement révolutionnaire inédit, et pour ce faire, il ne s’agit pas de structurer le hirak.

Parler de structuration est une hérésie. En revanche, aller vers une organisation est plus approprié. Nous nous dirigeons malgré tout vers une période où le rôle de chacun des acteurs sera identifié, où les initiatives qui semblent disparates vont s’unir afin de proposer une réelle alternative».

Dans le même ordre d’idées, Bendjoudi est «convaincu que le hirak vaincra et mettra à genoux le pouvoir réel – moisi, ringard et corrompu – car il représente les forces vives et libres de notre pays, avec une jeunesse qui met ses capacités et compétences au service de la nation et de son développement».

Mais il conditionne une telle victoire par le maintien de la nature et des modes d’auto-organisation du mouvement. «Le hirak n’est pas un mouvement politique, il n’a pas vocation à se structurer. C’est plus un rapport de force populaire, un outil de pression sur le système et ses relais dans un contexte d’absence de contre-pouvoirs», martèle-t-il.

Partageant le même avis sur la question de la structuration et de la représentativité du hirak, particulièrement en Algérie, Mekhiouba croit que «le choix de ne pas choisir des représentants est très judicieux.

C’est un sujet qui aurait pu ouvrir la boîte de Pandore et semer ainsi la division au sein de la révolution pacifique. Notre peuple a été très lucide en refusant de tomber dans le jeu de représentativité nominative».

Nuancées, les réflexions de Yacoub et Rouis admettent néanmoins que la «pérennité» du mouvement est due, en grande partie, à sa forme organisationnelle actuelle. «La structuration doit être conçue dans la perspective de garantir la pérennité de la révolution, seul moyen de pression sur le pouvoir afin qu’il admette son échec et négocie son départ et le transfert des pouvoirs vers des instances de transition.

Un mouvement politique de telle ampleur, transcendant les partis, ne peut donc être représenté par une personne ou un groupe», assène le premier.

«De manière immédiate et stratégique, le hirak doit se poursuivre pour garantir la mise en œuvre de ses revendications essentielles relatives à l’établissement de l’Etat de droit. Et le pouvoir actuel a exprimé sa volonté de les réaliser et propose pour cela d’engager un dialogue avec l’ensemble des acteurs engagés de la société.

Pour renforcer ces acteurs politiques, seule la détermination du hirak et sa mobilisation pacifique donneront de la force à un dialogue nécessaire pour arracher au pouvoir un maximum de garanties réelles destinées à engager le pays sur la voie de la démocratie», conclut le second. 



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