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Mohamed Achir. Docteur en économie à l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou : «L’Algérie devant une véritable impasse budgétaire»

10 mars 2020 à 10 h 13 min

– Les prix du pétrole sont en chute libre à cause de l’épidémie du nouveau coronavirus et de l’échec du dernier sommet de l’Opep à Vienne. Quelles sont les retombées sur l’économie nationale, qui tire l’essentiel de ses revenus des hydrocarbures ?

Le choc est avant tout un choc de l’offre, c’est-à-dire de la production mondiale, surtout des biens industriels manufacturés. En effet, la Chine, qui est au centre des chaînes de valeurs mondiales, a affecté directement et sensiblement l’économie mondiale.

Certaines prévisions ont déjà revu à la baisse la croissance chinoise, soit à 1% pour l’année 2020 et une perte de 5% du PIB. La reprise est également reportée pour 2021, et ce, même si les autorités chinoises parviennent à circonscrire l’effet de la pandémie. C’est toute une dynamique de croissance qui est pratiquement paralysée.

Cette crise nous donne donc un enseignement très important par rapport à la fragilité des économies faibles et extrêmement extraverties, à l’instar de l’économie algérienne qui justement présente une double fragilité. Une offre de production domestique très limitée et une dépendance des échanges extérieurs dans les approvisionnements et dans l’exploration des hydrocarbures (principale source des revenus en devises).

Plus grave encore, c’est une économie qui n’a pas su se diversifier, même dans des situations d’abondance financière, et aujourd’hui avec la fonte des réserves de change, elle se retrouve pratiquement sans aucune résilience financière.

Il ne faut pas perdre de vue que nous sommes dans une guerre économique avec des formes non conventionnelles et toutes les économies doivent impérativement construire leur capacité de résilience pour amortir les différents chocs.

Avec cette chute libre et inattendue des prix du baril, l’économie algérienne fera face à une nouvelle tempête qui risque d’emporter ses équilibres macroéconomiques déjà précaires et exposer l’Etat à la quasi-faillite budgétaire.

Les déficits courants et structurants du budget de l’Etat risquent, à court et moyen termes, de paralyser plusieurs missions régaliennes, provoquer des ruptures dans plusieurs services publics et surtout rendre encore plus problématique le déficit de la caisse de retraire, prévu à 700 milliards de dinars.

Faut-il rappeler que le budget de l’Etat pour 2020 a prévu initialement un déficit de 1500 milliards de dinars. C’est une véritable impasse budgétaire.

– Les perspectives de l’économie nationale s’assombrissent dans ce contexte de crise. quelle est, à votre avis, la marge de manœuvre du gouvernement, avec un prix de baril de pétrole qui passe sous la barre des 50 dollars ?

Les marges de manœuvre sont extrêmement limitées avec cette nouvelle donne. Nous n’avons pas d’alternatives financières internes face à ce violent choc externe qui intervient dans une situation déjà extrêmement fragile.

Nous avons même épuisé les mesures monétaires et financières conventionnelles et non conventionnelles depuis la chute des prix du pétrole à partir du deuxième semestre de 2014 (dépréciation du dinar, taux directeurs de la Banque d’Algérie, emprunt obligataire, financement non conventionnel).

Donc, il ne reste pas beaucoup de marges pour les arbitrages relevant de la politique de changes et de celle monétaire et, à mon avis, ils ne parviendront pas facilement à endiguer le choc, surtout que les fondamentaux de l’économie (taux de croissance et inflation) demeurent très fragiles.

Par ailleurs, sans recours au financement extérieur, une thérapie de choc au plan budgétaire n’est pas à exclure, surtout pour le réajustement des comptes publics et la stabilisation des déficits budgétaires. La dette publique intérieure est à 41,4% du PIB, le solde global du Trésor est à -2386 milliards de dinars et les prévisions de dépense budgétaire dans la loi de finances pour 2020 sont estimées à 8200 milliards de dinars.

Avec la baisse des prévisionnelles de la fiscalité pétrolière pour cette année, la situation sera extrêmement difficile à maîtriser et ce n’est pas une loi de finances complémentaire seule qui pourra répondre à de telles problématiques.

– Les déficits vont certainement se creuser davantage et les réserves de change vont inévitablement fondre à un rythme plus soutenu. Comment appréhendez-vous cette situation et quelles sont les différentes alternatives qui se présentent à une économie dévastée par la mauvaise gouvernance et la corruption ?

Effectivement, d’autant plus que des échéances politiques électrodes sont en perspective et nécessitent des budgétisations spéciales, rajoutant à cela les dotations du fonctionnement de l’Etat, la suppression de l’IRG pour les revenus de moins 30 000 DA, la confirmation en poste d’environ 400 000 salariés, le nouveau découpage territorial et administratif…

Une contrainte budgétaire qui n’a pas de réponse dans la sphère réelle de l’économie avec un poids de l’informel qui avoisine les 50% du PIB et une faible bancarisation de l’économie. Les recettes de la fiscalité ordinaire ne peuvent pas répondre rapidement à cette contrainte.

L’économie algérienne est piégée par une croissance structurellement tirée par la commande publique et qui se maintient grâce l’injection des dépenses pour garder la croissance et l’emploi. Donc, toute mesure d’austérité aura inévitablement un coût pour la croissance.


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